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Attaque au couteau à Romans-sur-Isère: le point sur l'enquête

Deux policiers à Romans-sur-Isère, après l'attaque au couteau, le 4 avril 2020.

Deux policiers à Romans-sur-Isère, après l'attaque au couteau, le 4 avril 2020. - Jeff Pachoud - AFP

Qui sont les victimes? Quel est le profil de l'assaillant? Pourquoi le parquet antiterroriste s'est-il saisi de l'enquête?

Des passants et des clients de commerce ont été poignardés en plein confinement à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, samedi matin. L'assaillant est un réfugié soudanais né en 1987. Voici ce que l'on sait de cette attaque au couteau à ce jour.

Qui sont les victimes ?

Vers 10h50, le 17 reçoit plusieurs appels pour signaler une attaque au couteau rue Ernest-Gelly à Romans-sur-Isère. D'abord l'assaillant qui habitait dans le centre-ville, "s'est rendu dans un bureau de tabac" dont il a attaqué le patron, a indiqué Marie-Hélène Thoraval, la maire de la commune. La femme du patron "est intervenue et a été blessée aussi", a-t-elle déclaré.

Ensuite l'assaillant est allé dans une boucherie, tuant une première personne. "Il a pris un couteau, en sautant par dessus le comptoir et a planté un client, puis est reparti en courant", relate Ludovic Breyton, le patron de l'établissement. "Ma femme a essayé de porter assistance à la victime, en vain."

L'homme a poursuivi sa course dans le centre de cette ville de 35.000 habitants, attaquant des passants, notamment devant une boulangerie. "Ceux qui avaient la malchance de se trouver sur son passage ont été agressés", précise la maire.

Selon un témoin, la seconde victime a été tuée alors qu'elle était sortie dans la rue pour ouvrir ses volets. Il s'agit de Julien V., qui cogérait avec son père et son frère le café-théâtre La Charrette.

"Tous les Romanais les connaissent", souligne Sandrine Nodon, représentante de l'association des commerçants du centre-ville.

Lorsque six policiers arrivent sur place, le forcené s'agenouille, lâche son couteau et psalmodie en arabe, selon une source proche de l'enquête. Il est arrêté sans difficulté.

Ce dimanche matin, selon cette même source, deux blessés sont en soins intensifs mais stables. Un troisième est en salle de réveil et deux autres ont quitté l'hôpital.

Que sait-on de l'assaillant ?

L'homme interpellé est né en 1987 et est de nationalité soudanaise. Il a obtenu le statut de réfugié en France le 29 juin 2017 et un titre de séjour de dix ans en juillet de la même année par la préfecture de la Drôme.

Il est inconnu des services de police ou de renseignement français ou européens, d'après le Parquet national antiterroriste. L'homme de 33 ans a dit aux enquêteurs "ne pas se souvenir de ce qui s'est passé".

Son audition avait été un peu retardée parce qu'il était très agité après son interpellation, selon une source proche de l'enquête. Une expertise psychiatrique est prévue ce dimanche.

L'auteur présumé a d'abord vécu à Moras-en-Valloire, dans le nord du département, "accompagné par les services de l'État et le secours catholique", et "suivait un contrat de professionnalisation et une formation en maroquinerie", selon un communiqué du maire de la commune, Aurélien Ferlay.

"Rien absolument rien ne laissait présager l'acte immonde dont il serait l'auteur", d'après lui.

Il se serait installé fin 2019 dans le centre de Romans-sur-Isère dans un logement à quelques mètres des lieux de l'attaque.

A-t-il agi seul?

L'auteur a perpétré seul son attaque. Mais samedi, deux autres Soudanais ont été placés en garde à vue. L'un a 28 ans, il est également réfugié et a été rapidement interpellé au domicile de l'assaillant, selon une source proche de l'enquête.

De même source, c'est lors d'une perquisition au domicile de ce second homme que les policiers en ont arrêté un troisième, demandeur d'asile également. Il a été déplacé en garde à vue samedi en début de soirée. 

Pourquoi le parquet national antiterroriste s'est-il saisi ?

Le Parquet national antiterroriste, le PNAT, a "évalué" la situation toute l'après-midi de samedi puis a annoncé vers 19h30 ouvrir une enquête, notamment pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Les premiers éléments de l'enquête "ont mis en évidence un parcours meurtrier déterminé de nature à troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur", selon le PNAT.

De même source, lors d'une perquisition à son domicile, ont été trouvés "des documents manuscrits à connotation religieuse dans lesquels l’auteur des lignes se plaint notamment de vivre dans un pays de mécréants", "a priori" écrits par lui.

Aucune référence au groupe jihadiste Daesh ou une autre organisation terroriste n'a été trouvée "à ce stade, mais les exploitations commencent à peine", souligne une source proche de l'enquête.

C. S. avec AFP