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Arrêté puis relâché à Lyon, le parcours de l'assaillant de Marseille en question

Un policier devant la gare Saint-Charles, à Marseille, le 1er octobre 2017.

Un policier devant la gare Saint-Charles, à Marseille, le 1er octobre 2017. - BERTRAND LANGLOIS / AFP

Dimanche, un ressortissant tunisien a poignardé mortellement deux jeunes femmes à la gare saint-Charles de Marseille. Interpellé à de nombreuses reprises, dont la dernière fois deux jours avant son crime puis relâché, présent illégalement sur le territoire français, sa trajectoire, qui lui a permis de passer entre les mailles du filet judiciaire, est visée par une enquête administrative.

On sait que l'homme qui a assassiné au couteau deux jeunes femmes dans la gare marseillaise de Saint-Charles dimanche était un ressortissant tunisien, comme l'a confirmé le ministre de l'Intérieur ce mardi devant les députés. On sait également que, connu des services de police, arrêté deux jours avant son passage à l'acte et présent illégalement sur le territoire français, il est passé entre les mailles du filet. Ce que l'on ignore, au moins partiellement, en revanche, c'est l'enchaînement qui a permis à cet individu de rester dans la nature. Une enquête administrative est justement en cours pour démêler les tenants et aboutissants de cette affaire. 

Les services de police ont appris à le connaître à compter de 2005. L'homme a été interpellé sept fois, pour des faits de droit commun (au nombre desquels des actes de vol, recel, stupéfiants, infraction à la législation sur les étrangers qui n'est pus un délit depuis 2012). A chacune de ces arrestations, il a donné une identité nouvelle et n'a écopé d'aucune condamnation. 

Les conclusions de l'enquête administrative attendues sous une semaine

La dernière fois que les forces de l'ordre lui ont mis la main au collet remonte à vendredi dernier. Ce jour-là, il est arrêté à Lyon, au centre commercial de la Part-Dieu où il a cherché à voler une veste. Il est alors placé en garde à vue et entendu par la police judiciaire. Cependant, la procédure a fait long feu: faute d'éléments, il a été décidé de la classer sans suite. Il était alors en possession d'un passeport tunisien sans visa en règle, une lacune qui aurait dû lui valoir de se voir notifier une obligation de quitter le territoire français, avec, possiblement à la clé, un placement en rétention. Il n'en a rien été. Relâché samedi après-midi, à 15h, il n'a pas été admis dans un centre de rétention administrative. La structure lyonnaise était pleine samedi matin, mais la question de savoir si des places s'étaient libérées entre temps ou même si la demande de placement avait été faite. Aucun arrêté préfectoral n'avait été pris contre lui.

"Il y a-t-il eu réellement communication, coup de téléphone entre la police et la préfecture? Ce que nous disent en tous cas certains syndicats policiers ici, c’est que le profil de l’individu ne laissait aucunement présager un tel acte. Ils n’ont malheureusement vu aucun signe précurseur", a expliqué notre journaliste à Lyon, Isabelle Gollentz. 

Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, a formulé ses interrogations au micro de France Inter ce mardi: "Comment a-t-il été possible que cette personne ne soit pas placée en centre de rétention. (...) Il faudra aussi poser la question de savoir comment on peut avoir sept identités différentes et ne pas, à un moment donné, rendre des comptes à la police et à la justice. Je vais essayer d’apporter des réponses avec mon administration pour qu’un tel drame ne se reproduise plus." C'est l'Inspection générale de l'administration qui est chargée de cette enquête. Ses conclusions sont attendues d'ici une semaine. Dès mercredi, des inspecteurs seront à pied d'œuvre à Lyon pour s'entretenir avec plusieurs responsables de la préfecture. 

Robin Verner