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Arbitrage Tapie : la mise en examen du juge Estoup, « un tremblement de terre »

"Cette affaire apparaît comme ce qu’elle est, c’est-à-dire une manœuvre montée, réfléchie de longue date, pour spolier le contribuable français", estime François Bayrou.

"Cette affaire apparaît comme ce qu’elle est, c’est-à-dire une manœuvre montée, réfléchie de longue date, pour spolier le contribuable français", estime François Bayrou. - -

L’un des juges du tribunal arbitral qui a donné raison à Bernard Tapie dans l’affaire du Crédit Lyonnais a été mis en examen pour « escroquerie en bande organisée ». Il est soupçonné d’avoir influencé la décision pour faire verser 403 millions d’euros à l’ancien homme d’affaires.

Coup d'accélérateur dans l'enquête sur l'arbitrage rendu en faveur de Bernard Tapie : le juge arbitre Pierre Estoup a été mis en examen à l'issue de sa garde à vue pour « escroquerie en bande organisée ».
L'ancien haut magistrat est l'un des trois juges du tribunal arbitral qui avait décidé d'octroyer 403 millions d'euros à Bernard Tapie dans le litige l'opposant au Crédit Lyonnais sur la vente d'Adidas en 1993. Mais les enquêteurs soupçonnent maintenant Pierre Estoup d'avoir eu des liens anciens avec Bernard Tapie et avec son avocat, Me Maurice Lantourne, des liens qui auraient pu fausser l'arbitrage rendu en 2008 en faveur de l'homme d'affaires. Est-ce grâce à lui que Bernard Tapie a pu toucher plus de 400 millions d’euros de l’Etat ?

« Une forme de soulagement »

Bernard Tapie a jugé « incompréhensible » la mise en examen de Pierre Estoup. « Il y a forcément dans ce dossier des choses que j'ignore pour que les motifs de la mise en examen soient si graves », a-t-il dit. Mais pour Laurent Mauduit, l'un des fondateurs de Médiapart qui enquête sur l'affaire Tapie depuis 5 ans, cette mise en examen est « une forme de soulagement » car « la démocratie a tout de même fonctionné ». « La justice avance lentement, mais maintenant elle avance », se réjouit le journaliste, « heureusement, elle s’est repris. Ce qui est formidable dans cette mise en examen, c’est que vous avez toute la suite de l’histoire telle qu’elle va se dérouler, car il y a deux formules à retenir : « escroquerie », et « en bande organisée ». Est-ce qu’il y a Bernard Tapie lui-même ? Le secrétaire général de l’Elysée de l’époque, Claude Guéant ? Et est-ce que Nicolas Sarkozy est dans cette bande, même si son statut pénal le protège ? »

« C’est un tremblement de terre »

Les enquêteurs vont maintenant devoir répondre à toutes ces questions. Le chef d’inculpation a aussi fait réagir François Bayrou. Le président du Modem faisait partie de la première commission d'enquête sur l'affaire Tapie et pour lui, « C’est un tremblement de terre. Non seulement il y a mise en examen, mais le chef, "escroquerie en bande organisée", veut dire que cette affaire apparaît comme ce qu’elle est, c’est-à-dire une manœuvre montée, réfléchie de longue date, pour spolier le contribuable français et l’Etat de 400 millions d’euros, sans qu’il y ait de vérité ou de base juridique dans toute cette affaire ».

Mathias Chaillot avec Claire Checcaglini