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Après 12 ans de combat contre Monsanto, l'agriculteur lyonnais intoxiqué bientôt fixé

L'agriculteur Paul François, à la sortie de son procès en appel contre la firme Monsanto, à Lyon, le 6 février 2019.

L'agriculteur Paul François, à la sortie de son procès en appel contre la firme Monsanto, à Lyon, le 6 février 2019. - Jeff Pachoud - AFP

Le marathon judiciaire de Paul François pour faire reconnaître la responsabilité de Monsanto dans son intoxication à un herbicide prendra fin le 11 avril prochain.

Douze années. C'est le temps écoulé depuis que l'agriculteur Paul François tente de faire reconnaître la responsabilité de Monsanto dans son intoxication à un herbicide en 2004. Il devra désormais attendre le 11 avril pour être fixé sur une nouvelle décision de la justice.

Mercredi, à l'issue de l'audience de devant la cour d'appel de Lyon, Paul François s'est dit "blessé" bien qu'"habitué aux coups" depuis le début de son marathon judiciaire contre la firme américaine, l'existence de ses troubles ayant été contestée par les avocats de Monsanto dans leurs plaidoiries.

Porte-étendard malgré lui

Ce céréalier de Charente, qui se voit en "porte-étendard" malgré lui du combat contre le géant américain, avait été intoxiqué en avril 2004 après avoir inhalé des vapeurs de Lasso, un herbicide de Monsanto interdit en France depuis novembre 2007, mais banni du Canada dès 1985.

"Ce jour-là, Paul François aurait dû mourir" au vu de la toxicité du produit, a plaidé son conseil, maître François Lafforgue. Après plusieurs malaises, l'agriculteur avait été longuement hospitalisé et souffre toujours de graves troubles neurologiques.

De son côté, l'avocat de Monsanto, Jean-Daniel Bretzner, s’est empressé de rappeler que, comme le rappelle Paul François dans son livre Un paysan contre Monsanto paru en 2017, "'il savait pertinemment qu'il s'agissait de produits dangereux (...) Il dit aussi qu'il a été négligent le jour J, avant d’ajouter: c'est tout à fait clair, l'intoxication n'est pas démontrée", a-t-il assuré.

Ouvrir la porte à d'autres victimes

"Monsanto conteste tout : qu'il y ait eu un accident, que le Lasso existe, que Paul François a utilisé le Lasso...", a répliqué François Lafforgue, en précisant que les troubles invoqués étaient bien "confirmés médicalement". "Il faut bien voir que ce n'est pas le combat d'un homme mais celui des victimes contre les pesticides", a ajouté l'avocat de l'agriculteur, estimant qu'une nouvelle victoire judiciaire ouvrirait "la porte" à d'autres victimes.

Une fois son mal reconnu comme maladie professionnelle, Paul François s'est lancé en 2007 dans un combat judiciaire contre le géant américain, filiale de l'allemand Bayer depuis 2018, à qui il réclame "plus d'un million d'euros".

L'agriculteur avait obtenu gain de cause en première instance et en appel. Mais l'affaire a été de nouveau renvoyée l'année dernière devant la cour d'appel par la Cour de cassation. Celle-ci avait estimé nécessaire le réexamen de l'affaire en se basant non pas sur un "défaut d'information" mais sous l'angle de la responsabilité des produits défectueux.

Macron et Buzyn pointés du doigt

Devenu président de l'association Phyto-victimes, il réclame la mise en place d'un fonds d'indemnisation pour les victimes de pesticides, approuvé à l'unanimité au Sénat mais qui attend encore d'être voté à l'Assemblée nationale.

Pointant du doigt la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour avoir "mis tout son poids" pour empêcher la tenue de ce vote jusqu'à présent, il déplore également la position du président Emmanuel Macron, qui a déclaré le 25 janvier que la France ne parviendrait pas à se passer "à 100%" du glyphosate dans les trois ans comme il s'y est engagé.

"C'est scandaleux pour les milliers de personnes qui n'ont pas obtenu d'indemnisation, ça montre vraiment que le problème des pesticides n'est pas pris en compte", a dénoncé Paul François, avant de poursuivre: "Il ne s'agit pas de sortir des pesticides du jour au lendemain mais sortir sur les quinze prochaines années, c'est réalisable et c'est là que les politiques manquent de courage", a assuré le céréalier.
Avec AFP