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Affaire Grégory: les époux Jacob veulent rentrer chez eux

Les époux Jacob, soupçonnés d'être les "corbeaux" dans l'affaire du meurtre de Grégory Villemin, Marcel et Jacqueline Jacob réclament un assouplissement de leur contrôle judiciaire. La justice statuera mercredi pour le premier, et vendredi pour la seconde.

Voilà cinq mois que l'affaire du petit Grégory, l'une des énigmes criminelles jamais élucidées, a connu ces derniers rebondissements. C'était le 16 juin dernier, Marcel et Jacqueline Jacob, le grand-oncle et la grand-tante du petit garçon, étaient mis en examen pour "enlèvement" et "séquestration suivie de mort". Laissé libre mais placé sous contrôle judiciaire, Marcel Jacob vit depuis dans un petit village de Haute-Marne. Sa femme, Jacqueline est accueillie dans sa famille en Alsace. Le couple a la stricte interdiction de se voir ou de se parler

Une situation que les époux Jacob souhaiterait voir évoluer. Le couple a en effet réclamé à la justice une révision des modalités de leur contrôle judiciaire afin de regagner leur pavillon violet à Aumontzey, dans les Vosges. La justice va étudier cette requête, déposée par leurs avocats respectifs, cette semaine. Ce sera ce mercredi pour Marcel Jacob et vendredi pour son épouse Jacqueline. A chaque fois, ces audiences se dérouleront à huis clos. Une seule incertitude persiste sur la date à laquelle sera rendue la décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon.

"Angoissée"

Pour justifier la levée de ce contrôle judiciaire, la défense de Marcel Jacob estime que les mesures imposées en juin dernier par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon ne sont pas en adéquation avec la réalité du dossier. "Le seul critère juridique qui permet d’empêcher à des personnes de se parler, c’est d’empêcher une concertation frauduleuse. Je peux l’accepter dans un certain nombre de dossier mais là ça fait 33 ans que le crime a été commis, ça fait 33 ans que Marcel et Jacqueline Jacob vivent ensemble (…)", rappelle Me Stéphane Giuranna, l'avocat de Marcel Jacob.

Et d'ajouter: "S’ils avaient dû se mettre d’accord, ils l’auraient fait bien avant. Ca n’a aucun intérêt."

Au mois de septembre dernier, Jacqueline Jacob avait elle refusé une "expertise psychologique". Ses avocats avaient alors justifié cette décision, rapporte L'Est républicain, en raison de son "innocence". Cet examen "ne peut contribuer d’une quelconque manière à la manifestation de la vérité", selon eux. Les conseils parlaient également d'une "impossibilité matérielle de faire l'aller-retour entre sa résidence actuelle et Dijon, surtout pour une femme de 72 ans. C'est d'ailleurs sur l'état psychologique de la septuagénaire que comptent s'appuyer ses avocats pour demander la levée de son contrôle judiciaire.

"Au bout de 33 ans, on vient la chercher, et on l’oblige à s’isoler, on vient l’empêcher de voir son mari, on lui interdit de vivre chez elle, raconte Me Bouthier. Elle est évidemment angoissée."

Elément accablant

Face à ces arguments, le parquet général de Dijon, qui va réclamer le maintien des modalités du contrôle judiciaire du couple Jacob, compte bien rappeler à la chambre de l'instruction qu'une audience, cette fois-ci sur le fond du dossier, est prévue pour le 17 novembre prochain. D'autant qu'un nouvel élément est venu accabler la défense de Jacqueline Jacob. Déjà en juin dernier, une expertise graphologique sur l'une des lettres envoyées par le fameux "corbeau" aux parents du petit garçon assassiné en 1984 était "confondante à l’encontre d’une personne qui est Jacqueline Jacob", assurait le procureur de Dijon.

Selon une hypothèse des enquêteurs, le couple Jacob aurait pu récupérer Grégory Villemin après que le garçonnet de 4 ans a été enlevé par Bernard Laroche et Murielle Bolle. Jusqu'alors le couple a réaffirmé qu'au moment des faits, ils étaient à une réunion syndicale.

Au début du mois d'octobre, une autre analyse est venue conforter cette hypothèse. Une experte judiciaire s'est attachée à analyser deux courriers, écrits en lettre capitale, envoyés en 1983 à la famille Villemin la menaçant de lui "FAIRE LA PEAU" ou lui laissant de choisir entre "LA VIE OU LA MORT". Selon Christine Navarro, citée par le JDD, les deux lettres, retrouvées lors d'une perquisition au domicile des Jacob, "présentent de nombreuses similitudes et surtout aucune différence significative dans leurs caractéristiques graphiques avec celle de la main de Mme Jacqueline Thuriot épouse Jacob". Un lien a également pu être établi entre l'assassin et Jacqueline Jacob: "des enveloppes de même dimension, de même marque, avec un même numéro de lot", que celles des courriers de 1983, ont été utilisées par l'auteur de la revendication du meurtre de Grégory Villemin.

Justine Chevalier avec Mélanie Bertrand