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Affaire Gabin: le médecin de famille jugé après la mort de l'enfant de malnutrition

Le médecin encourt jusqu'à 7 ans de prison.

Le médecin encourt jusqu'à 7 ans de prison. - AFP

Le médecin de famille de Gabin, un enfant de 22 mois mort de malnutrition et par manque de soins, est jugé ce jeudi pour "non-assistance à personne en péril". Le généraliste avait vu le petit garçon à sept reprises en 14 mois, la dernière fois un mois et demi avant sa mort.

La mort de Gabin en 2013 est-elle la conséquence d'une série de défaillances? C'est ce que va tenter de déterminer ce jeudi le tribunal correctionnel de Guéret qui juge le médecin qui a suivi ce petit garçon mort à l'âge de 22 mois de malnutrition et par manque de soins. Le généraliste, dont l'état d'amaigrissement de l'enfant n'aurait pas dû lui échapper selon la justice, est poursuivi pour "non-assistance à personne en péril" alors qu'il a vu en consultation l'enfant à sept reprises en 14 mois.

La mort de Gabin a été constatée le 7 juin 2013 après que les parents de l'enfant se sont présentés aux urgences du centre hospitalier d'Aubusson en Creuse. Le garçonnet était en état de mort apparente et les équipes médicales n'ont pas pu le réanimer. La faute est de nombreux mauvais traitements infligés pendant ses quelques mois d'existence: l'autopsie a établi que l'enfant, dans un état de saleté extrême, est mort de malnutrition et par manque de soins.

Le coeur de la taille d'un nourrisson

En novembre dernier, la cour d'appel de la Creuse a jugé Edouard R. et Céline V., les parents de Gabin, pour "privation de soins et aliments ayant entraîné la mort d'un mineur". Au cours de ces quatre jours d'audience, la justice a pu détailler les conditions physiques dans lesquelles se trouvaient le petit garçon. A 22 mois, Gabin pesait 5,8 kg, soit moitié moins que le poids moyen d'un enfant de cet âge. Ses organes ne s'étaient pas développés correctement: son coeur avait la taille de celui d'un nourrisson de 4 mois, ses poumons de celui d'un de 6 mois. Ses côtes étaient apparentes et ses muscles avaient fondu, a conclu le médecin légiste.

Lors de leur procès, les parents de l'enfant, sans nier leur responsabilité, n'ont pas su expliquer pourquoi ils ont laissé le petit garçon mourir de faim et de soif. "Peut-être avons-nous oublié de lui donner quelques biberons", souffle Céline V., âgée aujourd'hui de 34 ans, expliquant ce fait par la situation familiale compliquée à l'époque. Le couple, condamné à 17 ans de prison, ne se parlait plus et les difficultés financières s'accumulaient. Le grand-père paternel leur apportait de quoi se nourrir, mais aucun membre de la famille ne s'est rendu compte de l'état de maigreur de l'enfant, Seul étonnement de la part de l'entourage: en présence d'autres personnes, il réclamait en permanence de la nourriture et de l'eau.

"Erreur de diagnostic"

L'enfant n'était pas isolé. Un mois et demi avant sa mort, il était une nouvelle fois ausculté par le médecin généraliste de la famille, qui suivait la grand-mère, l'oncle et les parents de Gabin. La septième consultation pour la période du 25 janvier 2012 au 25 avril 2013. Reconnaissant a posteriori, en novembre dernier, "une erreur de diagnostic", ce médecin assure que Gabin, toujours propre et bien habillé lorsqu'il venait au cabinet, ne portait aucune marque de maltraitance, ni n'en avait le comportement. Il se souvient d'un petit garçon souriant, qui se blottissait dans les bras de ses parents.

"Mais si la même histoire se reproduisait, avec les mêmes éléments en ma possession, je ne suis pas certain que j’agirais différemment", a-t-il assuré devant la cour d'assises alors interrogé comme témoin.

"Ce médecin a vu cet enfant à sept reprises pendant 14 mois, on ne peut pas penser qu'il n'a pas pu voir les signes de maltraitances, plaide Me Yves Crespin, avocat de l'association L'enfant bleu, partie civile dans ce procès. Cet enfant n'a pas été protégé, il n'y a pas eu de travail de signalement ou de mesures prises pour l'orienter vers des services qui auraient pu aider et prendre en charge Gabin." Contactée, l'avocate du médecin n'a pas souhaité s'exprimer avant l'audience.

Condamnés à 17 ans de prison et incarcérés depuis novembre dernier, les parents de Gabin ont également décidé de se constituer partie civile dans le procès du médecin de famille qui encourt jusqu'à 7 ans d'emprisonnement. Ils assisteront au procès par visio-conférence. "La mère de Gabin est très inquiète à l'approche de ce procès parce qu'elle considère qu'elle a une responsabilité dans la mort de son petit garçon mais qu'elle n'est pas la seule, estime Me Chloé Bonnat, l'avocate de Céline V.. Elle craint que le médecin soit relaxé et qu'elle soit seule, avec son conjoint, à porter cette responsabilité."

Et d'ajouter: "Elle n'a pas pu secourir son enfant et lui apporter les soins dont il avait besoin parce qu'elle même n'a pas été secourue."
Justine Chevalier