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Pour l’avocat de François Fillon, il y avait "quelque chose de pourri" dans l’enquête

L’ancienne procureure du parquet national financier a affirmé avoir subi des pressions de la part du parquet général dans le cadre de l’enquête sur François Fillon soupçonné d’emplois fictifs. Le clan Fillon dénonce "un problème de séparation des pouvoirs" et une enquête "biaisée".

"Mis en examen, je ne serais pas candidat". Deux mois après prononcé ces mots, François Fillon restait dans la course à l’élection présidentielle de 2017. Mis en examen, le candidat de la droite a toujours dénoncé l’attitude à son égard du parquet national financier qui enquêtait sur des soupçons d’emplois fictifs occupés par Penelope Fillon. Une enquête aux retentissements politique et médiatique importants mais qui a secoué également le monde judiciaire. L’ancienne procureure du PNF affirme désormais avoir subi des "pressions" de la part du parquet général en parlant de "contrôle très étroit".

"Ce n’est pas une surprise, c’est quelque chose qu’on subodorait, martèle sur BFMTV Me Antonin Levy, l’avocat de François Fillon. On sent que depuis le début il y a quelque chose de biaisé, de pourri dans ces investigations."

"Enquête à charge"

Mercredi, Eliane Houlette, l’ancienne procureure du parquet national financier, a expliqué que le parquet général avait exercé "un contrôle très étroit" lors de cette enquête lancée à la suite de révélations de presse. "J’ai été convoquée au parquet général parce que le choix procédural que j’avais adopté ne convenait pas", a détaillé la magistrate interrogée par la commission de l’Assemblée nationale sur les obstacles à l’indépendance de la justice. Elle a également dénoncé "les demandes incessantes" qu’elle recevait pour faire remonter les informations de cette affaire au plus vite sur les derniers actes d’investigation.

S’insurgeant contre "une enquête à charge", l’avocat de François Fillon estime que le pouvoir a joué "les apprentis sorcier avec des ingrédients dangereux". En janvier 2017, Le Canard enchaîné révélait que Penelope Fillon a occupé le poste d’assistante parlementaire de son mari puis de son suppléant à plusieurs périodes entre 1988 et 2013, un emploi supposé fictif. François Fillon, qui a toujours nié les accusations, a été mis en examen au mois de mars 2017, deux jours avant la clôture des listes de parrainages pour la présidentielle.

"Instrumentalisation de la justice"

Cette mise en examen était rendue possible par l’ouverture d’une information judiciaire et la nomination d’un juge d’instruction. Une voie procédurale vers laquelle Eliane Houlette dit, sous serment, avoir été “orientée” par le parquet général, mais reconnaissant qu’il s’agissait dans cette affaire de la procédure à engager. L’avocat de François Fillon y voit une manière “d’instrumentaliser” la justice pour François Fillon qui a bénéficié d’un “traitement de défaveur, d’exception”.

"On a volontairement et sciemment changé le rôle de nomination des juges pour apointer un magistrat spécifique dont on savait qu’il mettrait comme un TGV François Fillon en examen, faisant fi de l’enquête, des preuves, des actes à établir (...) Il fallait une mise en examen urgente par des juges à peine saisis, un vendredi soir, à la sortie des bureaux, presque à la lumière des chandelles. On a choisi une personne pour parvenir à une fin."

L’avocat de François Fillon considère que les déclarations d’Eliane Houlette mettent en exergue "la question de l’indépendance de notre pouvoir judiciaire". Ces propos, tenus sous serment, ont d’ailleurs provoqué une série de réactions dans la classe politique, criant pour certains au scandale. La procureure générale de Paris, déjà en poste lors de l’enquête, a évoqué des accusations "extrêmement graves". L’ancien Premier ministre, jugé en février dernier dans cette affaire, et dont le jugement sera rendu le 29 juin, est, selon son avocat, "soulagé" que "le biais" dans cette enquête ait été révélé.

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV