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Affaire du Carlton de Lille: des écoutes administratives très gênantes

Journalistes et simples curieux se sont pressés lundi à la première audience du procès de l'affaire du Carlton de Lille.

Journalistes et simples curieux se sont pressés lundi à la première audience du procès de l'affaire du Carlton de Lille. - Philippe Huguen - AFP

Le procès du Carlton de Lille va-t-il être reporté? Lors de la première journée d'audience, les avocats de la défense ont plaidé la requête en nullité de la procédure. Selon eux, un système d'écoutes téléphoniques avait été mis en place en 2010, alors que François Fillon était Premier ministre.

Les traits tirés, le teint hâlé, Dominique Strauss-Kahn est arrivé peu avant 14 heures lundi au tribunal correctionnel de Lille, à l'abri des regards, où a débuté le procès dit du "Carlton de Lille". L'air absent et impassible, il a pris place en bout de banc, à côté de son ami Fabrice Paszkowski. Après cette première journée, DSK ne devrait réapparaître que la semaine prochaine, lorsqu'il sera entendu trois jours à la barre.

"C'est une épreuve extrêmement difficile pour lui, d'autant plus que cela fait quatre ans qu'il est dans une descente aux enfers. Il était à l'époque le puissant directeur général du FMI, il participait au G20, il était l'égal des chefs d'Etat, favori pour l'élection présidentielle... On mesure là le fossé énorme entre les différents prévenus, dans ce qui n'est là qu'une petite affaire de supposé proxénétisme", estime sur BFMTV Michel Taubmann, biographe de DSK.

Galerie ubuesque de personnages

Dans cette saga judiciaire se retrouvent à ses côtés deux entrepreneurs nordistes aux moeurs légères et à l'argent facile, un commissaire de police réputé, un responsable du Carlton de Lille au carnet d'adresses bien fourni, un avocat, le souteneur belge Dodo la Saumure, sa compagne... (infographie ci-dessous)

Notables pour la plupart, ces prévenus doivent répondre de faits de proxénétisme aggravé durant trois semaines, devant une salle qui sera comble. La cour a en effet refusé lundi le huis-clos requis par le parquet, qui avait été demandé par la défense des parties civiles, d'anciennes prostituées qui souhaitaient préserver leur intimité.

Des écoutes administratives lancées avant l'information judiciaire

Les débats se sont ensuite poursuivis lundi avec six avocats de la défense, qui ont plaidé les uns après les autres la requête en nullité du procès déposée samedi par Me Olivier Bluche, l'avocat du commissaire Jean-Christophe Lagarde. Fait étonnant, l'un des avocats de la partie civile a estimé lui aussi que cette demande en nullité "était compréhensible".

Me Olivier Bluche a ainsi dénoncé des faits portant atteinte selon lui "au droit de bénéficier d'un procès équitable". Il a évoqué la présence d'une caricature de DSK dans le bureau du magistrat instructeur, prouvant selon lui que "l'information judiciaire était biaisée d'avance". Il a surtout insisté sur l'existence d'une présumée enquête officieuse, se fondant sur les déclarations d'un ancien commissaire de la police judiciaire, Joël Specque. Dans un livre publié en mai dernier, le policier affirme qu'une enquête aurait commencé dès juin 2010 et aurait donné lieu durant plusieurs mois à des écoutes administratives autorisées par Matignon, occupé par François Fillon à l'époque.

"Or, l'enquête préliminaire n'est ouverte officiellement que le 2 février 2011, et l'information judiciaire le 28 mars 2011", a asséné l'avocat devant la cour lundi. Une hypothèse corroborée dans un documentaire qui sera diffusé lundi soir sur Canal +, affirmant également que les hautes sphères du pouvoir ont su, par le biais d'écoutes administratives, que DSK allait être mêlé à l'affaire bien avant l'apparition officielle de son nom au dossier. 

Si ces faits sont prouvés, cela peut-il remettre en cause la validité de la procédure? Le parquet estime que non, et a requis l'irrecevabilité de cette requête. Le tribunal a, lui, décidé de joindre sa décision au fond, actant donc la poursuite du procès.