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Affaire du Carlton de Lille: DSK devant les juges

L'ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, est poursuivi pour proxénétisme aggravé

L'ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, est poursuivi pour proxénétisme aggravé - Martin Bureau - AFP

L'ancien patron du FMI est attendu ce lundi au tribunal correctionnel de Lille pour répondre de proxénétisme aggravé. Il ne devrait pas témoigner avant le début de la semaine suivante.

Quatre ans après le scandale du Sofitel, Dominique Strauss-Kahn se présentera ce lundi devant les juges du tribunal correctionnel de Lille pour répondre de proxénétisme aggravé. Il ne devrait pas témoigner avant le début de la semaine suivante.

Accusé d'avoir été au coeur d'un réseau de prostitution mis en place par ses amis du nord, l'ancien favori des sondages de la présidentielle 2012 se retrouve sur le banc des prévenus aux côtés de treize autres personnes: hôtelier, policier, avocat, entrepreneurs, et le souteneur surnommé "Dodo la Saumure".

"Adepte du libertinage, pas de prostituées"

Les juges ont estimé au terme de l'instruction d'une part que DSK ne pouvait ignorer que les femmes qu'on lui présentait lors de parties fines étaient des prostituées rémunérées, et d'autre part que ces soirées étaient organisées spécialement pour lui, en faisant de lui "le roi de la fête", d'après les mots de l'une des prostituées lors de son audition. 

La position de la défense de Dominique Strauss-Kahn est restée la même pendant l'instruction: il était adepte du libertinage, pas de prostituées, et ignorait la qualité des jeunes femmes participant aux soirées.

"C'est vraiment nous faire croire qu'il est naïf", a déclaré "Jade", l'une des prostituées interrogées pendant l'enquête. A l'opposé du libertinage, pratique qui selon ses adeptes nécessite un certain raffinement, des participantes ont décrit des séances de "carnage".

Demande de huis clos

"Jade" est l'une des deux seules prostituées à s'être portée partie civile dans un premier temps, mais deux autres souhaitent les rejoindre, selon l'association qui les soutient.

L'avocat de Jade, Me Gérald Laporte, a prévu de demander le huis-clos des audiences. Le tribunal donnera sa réponse immédiatement. Trois scénarios sont possibles: il peut accéder à la requête, la refuser, ou accorder un huis-clos partiel.

Une enquête "officieuse" menée dès 2010?

Avant de débattre sur le fond, le tribunal devra répondre à certaines questions. L'avocat du policier Jean-Christophe Lagarde, également poursuivi dans cette affaire, a d'ores et déjà déposé une requête en nullité. Selon lui, une enquête "officieuse" a été menée dès juin 2010, bien avant l'ouverture de l'enquête préliminaire en février 2011.

"Cela signifie qu'on a caché huit mois d'enquête à mon client qui a été mis en examen sur la base d'un dossier sciemment faussé, et qu'on demande au tribunal de juger d'une affaire en lui cachant huit mois d'investigation", avance-t-il.

Cette requête intervient alors même que Canal + diffuse lundi une enquête affirmant que l'affaire dite du Carlton a donné lieu durant neuf mois à des écoutes administratives autorisées par Matignon, entre juin 2010 et février 2011.

Un réseau de notables

L'enquête préliminaire avait été ouverte par la police judiciaire de Lille, sur des renseignements anonymes. Les enquêteurs se penchent alors sur les fréquentations de l'hôtel Carlton et de l'hôtel des Tours, où René Kojfer, en charge des relations publiques, est soupçonné de faire venir des prostituées pour satisfaire quelques clients.

La surveillance mise en place, notamment sur le téléphone portable de René Kojfer, fait sortir peu à peu des noms, dont celui de Dominique Strauss-Kahn, lâché fortuitement au détour d'une conversation.

Les enquêteurs remontent un réseau de notables qu'ils soupçonnent de profiter des filles mises à disposition par le chargé des relations publiques, dont David Roquet et Fabrice Paszkowski, un entrepreneur spécialisé dans le matériel médical.

M.G. avec AFP