BFMTV

Adolescentes mortes lors d'un voyage organisé: le procès a débuté à Nanterre

Photo d'illustration

Photo d'illustration - AFP

Deux jeunes Françaises de 15 et 17 ans avaient été tuées dans un accident de la route en Californie en 2009.

"Elle avait le rêve américain": un père a évoqué ce lundi à la barre sa fille Léa, tuée dans un accident en 2009 sur une route de Californie. Un rêve qui a viré au "cauchemar", selon les parties civiles au procès qui se tient à Nanterre.

Le 22 août 2009, après une mauvaise nuit passée à la belle étoile sur une aire d'autoroute, une animatrice est au volant d'un des trois minivans transportant la vingtaine d'adolescents participant à ce "road trip" dans l'Ouest américain.

Le véhicule fait une sortie de route dans la Vallée de la Mort. Après plusieurs tonneaux, deux des passagères, Orane, 15 ans, et Léa, 17 ans, meurent. Quatre autres passagers sont blessés, ainsi que la conductrice.

Une animatrice à la conduite dangereuse

De l'avis de tous, le voyage était jusque là particulièrement éprouvant du fait notamment des distances parcourues et des imprévus rencontrés (bagages perdus à l'aéroport, tentes et talkies-walkies défectueux...). La directrice, recrutée in extremis et impréparée, et les deux animateurs devaient conduire, en plus de leurs fonctions d'animation.

"Je ne me suis pas endormie (au volant). J'étais en pleine forme. J'avais pris un petit-déjeuner" et "bouclé ma ceinture de sécurité", a pourtant assuré l'ex-animatrice à la barre, poursuivie, comme l'ex-président de la société organisatrice Cousins d'Amérique (rebaptisée depuis Cousins), pour homicides involontaires et blessures involontaires.

Les témoins sont pourtant "unanimes" pour décrire une animatrice "fatiguée", à la conduite "dangereuse", ne bouclant pas sa ceinture et qui aurait entamé, malgré la chaleur accablante, le jeûne du Ramadan ce jour-là, rappelle la présidente.

Selon eux, cette femme aujourd'hui âgée de 41 ans aurait déclaré juste après l'accident: "Je suis désolée, je me suis endormie, c'est de ma faute". "Je me réveillais d'un cauchemar", a-t-elle avancé ce lundi, sans convaincre les parties civiles.

"Un séjour lamentable, branlant, bancal"

L'ex-président de Cousins d'Amérique - société dont le siège est dans les Hauts-de-Seine -, par ailleurs mise en cause pour pratiques commerciales trompeuses, rejette pour sa part la plupart des responsabilités sur ses collaborateurs et particulièrement sur la directrice du séjour, absente à l'audience et qui n'est d'ailleurs pas poursuivie par la justice.

Une professionnelle de l'animation recrutée au dernier moment pour cause de décès dans la famille de la directrice initialement choisie, qui n'avait pu participer à l'organisation du voyage ni signer de contrat de travail avant son départ. Elle n'avait donc pas légalement de délégation de pouvoir de la part de son employeur, a souligné le tribunal.

Elle était "très expérimentée" et "avait toutes les compétences pour mener le séjour à bien. La personne responsable sur place, c'était la directrice", a indiqué l'ex-responsable de Cousins d'Amérique, estimant que "vraisemblablement, sur ce séjour-là", il y avait eu "un problème matériel".

"J'ai trop de haine" face à cette "arrogance", lui a rétorqué le père de Léa. Et son épouse de dénoncer un "séjour lamentable, branlant, bancal", notamment sur le plan du budget alloué au séjour: "Ces gens-là ne veulent pas que ça change parce que c'est extrêmement lucratif", dit-elle.

"Le rêve américain" devient "une vision d'horreur"

Défilent après eux à la barre les blessés dans l'accident et les témoins du drame, encore bouleversés aux larmes à l'évocation des faits.

La plupart dénoncent la fatigue cumulée des animateurs, la conduite "dangereuse" de l'animatrice, l'impréparation de la directrice ou encore les conditions de voyage difficiles... "C'était vraiment improvisé", estime l'un des jeunes les plus grièvement blessés, aujourd'hui âgé de 25 ans.

"On part pour le rêve américain et on repart avec une vision d'horreur", souffle l'une des ex-participantes au séjour.

Réquisitions et plaidoiries de la défense sont attendues mardi après-midi. La décision doit être rendue fin août.

Juliette Mitoyen avec AFP