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L'affaire Adama Cissé, l'éboueur licencié pour une sieste, renvoyée devant un juge professionnel

Au mois de janvier, Adama Cissé a contesté son licenciement devant le tribunal des Prud'hommes. Les conseillers n'étant pas parvenus à trancher le litige ce vendredi, l'affaire est renvoyée devant un juge professionnel.

Une photo volée peut-elle mener à un licenciement ? C'est tout l'enjeu de l'affaire sur laquelle a débattu ce vendredi le tribunal des Prud'hommes de Créteil. La juridiction a étudié le cas d'Adama Cissé qui a contesté, le 14 janvier dernier, son licenciement jugé abusif. L'agent de propreté a été limogé pour faute grave en 2018 par l'opérateur de service Derichebourg, après qu'une internaute a publié sur les réseaux sociaux une photo de lui allongé sur le rebord d'une vitrine pendant sa pause.

"Voilà à quoi servent les impôts locaux des Parisiens: à payer les agents de propreté à roupiller, on comprend pourquoi Paris est si dégueulasse", avait légendé l'auteure du cliché publié sur Twitter.

"Volonté de faire le buzz"

Mais derrière cette photo et ce commentaire préjugeant d'un certain laxisme de la part d'Adama Cissé se cache une vérité tout autre. Invité sur le plateau de BFM Paris au mois de janvier dernier, l'agent de propreté a expliqué être sujet à de vives douleurs au pied gauche.

"Ça remontait dans ma jambe. Il fallait que je m'allonge pour que la douleur passe. La personne qui a pris la photo aurait dû venir vers moi et me demander ce qui m'arrivait", a détaillé celui qui a été mis en arrêt de travail plusieurs fois au cours des huit années passées en contrat avec le groupe Derichebourg, nous informe son avocat, Me Joachim Scavello. Le conseil précise à BFMTV.com:

"La personne qui a pris cette photo a été portée par sa volonté de faire le buzz. Elle ne s'est posée aucune question, elle a simplement préjugé d'une situation alors que mon client souffrait."

Disant ignorer les douleurs de son employé, le groupe lui a adressé une letttre de licenciement, consultée par Le Parisien, dans laquelle il lui reproche d'avoir "quitté [ses] chaussures de sécurité" et estime que "cette attitude révèle [sa] volonté de [s']assoupir durant [son] service". 

Renvoi en départage

Pour faire invalider ce limogeage, Me Scavello a décidé de se focaliser sur le droit à l'image du salarié. "La photo a été prise a son insu puis relayée sur les réseaux sociaux. Evidemment, on peut comprendre que le groupe n'ait pas apprécié cette représentation, mais la photo peut-elle être l'élément déclencheur de son licenciement?" interroge-t-il, estimant que l'auteure du cliché a porté atteinte à la vie privée de son client.

"Pendant le temps de la pause, on est censé retrouver sa liberté. On est libre de fumer une clope. S'allonger dans la rue correspond peut-être moins à notre culture, mais ça ne justifie pas un licenciement pour faute grave", défend-t-il.

Il indique a BFMTV.com qu'Adama Cissé est impatient de connaître la décision des Prud'hommes, qui devrait lui donner droit à une indemnisation - il réclame 31.000 euros à son ancien employeur - s'il se prononce en sa faveur. Toutefois, les conseillers prud'homaux ne sont pas parvenus à trouver un accord ce vendredi, renvoyant l'affaire en départage, nous indique Me Scavello.

"Parmi les quatre conseillers présents, deux ont pris part pour l'employeur, deux pour l'employé", détaille-t-il sans avoir encore de date pour la nouvelle audience qui sera cette fois-ci tranchée par un magistrat professionnel.

Cette situation prolonge encore la bataille d'Adama Cissé, mais "il vaut mieux ça que d'avoir perdu", tempère son avocat. Il précise que son client est actuellement "à la recherche d'un job", le contrat à durée déterminée (CDD) qu'il avait retrouvé n'a pas été prolongé quand la France a été plongée dans la crise du Covid-19 et confinée.

Ambre Lepoivre