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"Abruti de fonctionnaire": l'auteur poursuivi par la mairie

"Je ne m’attendais pas à un deuxième couperet", explique Jérôme Morin.

"Je ne m’attendais pas à un deuxième couperet", explique Jérôme Morin. - -

Après avoir écopé d'une sanction administrative record, d'un an de suspension plus six mois de sursis, Jérôme Morin, auteur du pamphlet "Abruti de fonctionnaire", est convoqué au TGI de Melun le 30 juillet. Il est poursuivi pour diffamation.

Abruti de fonctionnaire est une saga en plusieurs épisodes. Après la parution de ce brulôt écrit par un fonctionnaire sous pseudonyme en novembre 2011, son auteur, Jérôme Morin, alias Henri Rouant-Pleuret, a été suspendu 18 mois, dont six avec sursis, par un conseil de discipline. Il s’est vu, en plus, remettre ce lundi une convocation au tribunal de grande instance de Melun. Motif: la diffamation.

Cette convocation, dont le rendez-vous est fixé le 30 juillet, est le produit d’une procédure parallèle menée par la mairie. Le 17 décembre dernier, le conseil municipal de Pontault-Combault autorise, à l’unanimité, le maire à déposer plainte avec constitution de partie civile à l’encontre de "l’auteur de ce pamphlet". Les élus estiment que l’ensemble de l’ouvrage porte atteinte à la municipalité, aux élus comme aux fonctionnaires.

"Je ne m'attendais pas à un deuxième couperet"

Quand il reçoit ce matin la visite de l’officier de police judiciaire, Jérôme Morin ne manque pas d’être surpris: "Je ne m’attendais pas à un deuxième couperet", raconte-t-il à BFMTV.com. "J’ai déjà reçu la plus grosse sanction administrative de France, je pensais que ça allait suffire!" Déjà mis à pied un an sans salaire, il estime être victime d’un "acharnement pur et simple".

Au-delà d’une deuxième condamnation elle-même, le prévenu, qui vit avec sa femme et ses deux enfants, craint pour ses conséquences financières: "Si je prends en plus une sanction pénale, c’est la banqueroute assurée. Plus de salaire, le crédit de la maison et les frais d’avocats en plus... Je n’aurai pas les moyens de faire appel."

La protection fonctionnelle, invoquée par les agents

Philippe Chauveau, le directeur de cabinet du maire, également contacté par BFMTV.com, se défend de tout acharnement. "Cette mesure a été prise avant la sanction administrative, le conseil municipal a décidé d’acter la demande de protection fonctionnelle d’agents en difficulté. La collectivité s’est engagée à accompagner les agents qui ont demandé sa protection."

La protection fonctionnelle est une disposition permettant à la mairie de protéger ses fonctionnaires et agents contre des menaces, violences, injures... ou des faits de diffamation. La municipalité acquitte ainsi les frais de justice de son ou ses agents.

Faut-il continuer cette action malgré la sanction de mise à pied? "C’est vous qui nous mettez au courant de cette commission rogatoire. Nous ne nous sommes pas posé la question jusque-là. Nous allons nous la poser", précise le directeur de cabinet. La mairie ne compte pas demander plus d’un euro symbolique au titre des dommages et intérêts, en plus des 2.000 euros de frais de justice.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et comporte un troisième volet. Jérôme Morin a déposé plainte pour partialité, à la suite de la décision administrative. Selon lui, tous les élus membres du conseil, soit la majorité, avaient un grief contre lui, et donc de bonnes raisons de le faire condamner à la plus dure sanction.

Olivier Laffargue