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A son procès, l'ex-prêtre Bernard Preynat assure avoir été lui-même abusé dans sa jeunesse

Mercredi, lors d'une audience de son procès, l'ancien prêtre Bernard Preynat, jugé actuellement à Lyon pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts durant sa carrière ecclésiastique, a dit avoir été lui-même l'objet d'abus lors de sa jeunesse.

L'ex-prêtre Bernard Preynat, jugé à Lyon pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts il y a plus de 30 ans, a dit mercredi avoir lui-même été abusé dans sa jeunesse, pointant la responsabilité de l'Eglise qui n'a pas su réagir face à ses pulsions. Depuis le début de son procès, Bernard Preynat, acculé par les témoignages de ses victimes, s'était contenté de reconnaître partiellement les faits en demandant pardon, mais sa défense a pris un nouveau tour mercredi.

La surprise jusqu'au sein de son camp

L'ancien prêtre a d'abord surpris jusqu'à son avocat en évoquant pour la première fois des abus qu'il aurait lui-même subis dans sa jeunesse, en se référant à une lettre écrite l'été dernier à l'administrateur apostolique de Lyon Michel Dubost.

Dans ce courrier, Preynat raconte notamment avoir été successivement agressé sexuellement par un sacristain de sa paroisse, un séminariste et un prêtre au petit séminaire entre sa sixième et sa quatrième. Des faits qu'il n'avait jamais évoqués avant d'être interrogé par une inspectrice de police début 2016.

Ces révélations ont pris de court son conseil Frédéric Doyez. "Je ne dirais pas que je suis étonné. C'est ce qui se passe lors d'une audience. Mais s'il n'en avait pas parlé, c'est peut-être par crainte que l'on pense que c'est en quelque sorte pour se dédouaner", a-t-il déclaré à l'AFP en marge de l'audience. L'avocat a ajouté auprès de notre antenne:

"On lui reproche d’avoir commis des faits abominables, ça l’a fait réagir, il a voulu s’exprimer sur le caractère abominable de faits dont lui-même avait été victime dès l’âge de 10 ans. (…) S’il faut retenir quelque chose de ce qu’il a pu dire, c’est qu’il y a une sorte de similitude entre ce que lui-même a pu vivre et ce qu’il a fait vivre à d’autres. C’est quelque chose qui commence à se profiler."

Il pointe une responsabilité de l'Eglise 

"Sans accuser" l'Eglise, l'ex-prêtre a aussi évoqué la responsabilité de sa hiérarchie qui, plusieurs fois alertée de ses pulsions, n'a pas exigé qu'il se fasse soigner. "On aurait dû m'aider... On m'a laissé devenir prêtre", explique-t-il, mentionnant une thérapie infructueuse suivie en 1967 et 1968. De même, il raconte avoir présenté "comme un péché" certains de ses actes et pulsions à son confesseur. Mais "le prêtre me donnait des encouragements pour que je ne recommence pas, et l'absolution".

Devant le tribunal correctionnel, les témoignages accablants des dix victimes parties civiles continuent de s'égrener. Plusieurs ont protesté contre les tentatives de minimisation des faits de Preynat, qui refuse notamment de reconnaître des masturbations forcées. 

R.V. avec AFP