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"Il me touchait comme un sauvage":  les victimes de l'ex-père Preynat évoquent leurs traumatismes

L'ex-prêtre Bernard Preynat à son procès.

L'ex-prêtre Bernard Preynat à son procès. - PHILIPPE DESMAZES / AFP

L'ancien prêtre de 74 ans est jugé depuis mardi pour à pour des agressions pédophiles commises entre 1971 et 1991, alors qu'il officiait comme vicaire-aumônier scout près de Lyon.

Au deuxième jour du procès de l'ex-prêtre Bernard Preynat à Lyon, les victimes ont continué à raconter le traumatisme vécu enfant à la barre du tribunal correctionnel. L'ancien curé est jugé depuis mardi pour de mutliples agressions sexuelles commises sur des enfants âgés de 7 à 15 ans entre 1971 et 1991.

"Je ne suis pas né sous une bonne étoile"

"Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m'obligeait à me masturber et m'a demandé parfois de le masturber, de caresser son sexe... Il me retournait pour se frotter contre moi", a expliqué Stéphane Hoarau, 8 ans à l'époque des faits, ajoutant que ces abus s'étaient déroulés plusieurs fois dans la chambre de l'ancien homme d'église.

"Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, c'était de la masturbation; il me touchait comme un sauvage", s'est-il indigné

Selon lui, les jeunes proies de Preynat se succédaient parfois dans un même local. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l'aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), Stéphane Hoarau se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d'une pièce où se trouvait Preynat.

"J'ai vraiment eu l'impression qu'il lui avait fait subir la même chose qu'à moi", dit-il.

"Moi, j'avais confiance". Au début. Mais "je ne suis pas né sous une bonne étoile", souligne Stéphane Hoarau, placé à l'âge de 4 ans en famille d'accueil après avoir été déjà victime d'un prédateur sexuel dans son entourage familial. Il avait été inscrit par sa famille d'accueil chez les scouts du groupe de Preynat pour "le recadrer". 

Des "flashes" horribles

Ce qu'il récolte ce sont des attouchements, des agressions sexuelles répétées. Il portera plainte en avril 2016 après de longues années de silence. 

Après les scouts, s'en suivront d'autres galères, familles d'accueil, foyer, foyer de jeunes travailleurs et "mise à la rue" à 18 ans à peine. 

Depuis, "je me suis marié". "J'ai des enfants mais j'ai beaucoup de mal à les toucher", reconnaît-il, attribuant ses difficultés à les câliner au traumatisme vécu dans son enfance, sous l'emprise du "père Bernard". "Ces réticences, il y a un lien de cause à effet avec ce qui m'est arrivé".

Une autre victime témoigne d'horribles "flashes" quand elle change les couches de ses jumeaux, des petits garçons de deux ans.

"Parfois, quand suis amené à les changer, des visions me reviennent. Des craintes me reviennent", raconte la voix étranglée Stéphane Sylvestre qui a déposé plainte en 2015. "Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe" de Preynat. Mais "j'avais peur de devenir moi-même un agresseur".

"J'avais l'impression d'être la seule victime"

Il se souvient des attouchements de l'ex-prêtre sur son sexe, notamment dans les bureaux du premier étage de l'église Saint Luc. Quand Preynat l'agressait, "il pouvait parler de scoutisme, complètement en décalage avec ce qu'il me faisait. Je dis ça maintenant avec ma vision d'adulte", relève Stéphane Sylvestre. 

"J'ai voulu quitter les scouts et quand j'ai pu enfin en partir, je me suis adossé et écroulé le long du mur. Ses parents s'en étonnent et Stéphane parle enfin:

"Un homme m'a caressé; il a mis sa main dans mon short". Heureusement, "mes parents m'ont cru aussitôt et ça m'a beaucoup aidé". "A l'époque, j'avais l'impression d'être la seule victime". 

Quand on est abusé, "on est un pantin dans un corps qui ne nous appartient plus", dit-il, la gorge serrée. 

"Dieu merci!"

Face à ses victimes, Bernard Preynat, comme depuis le début de son procès, reconnaît partiellement les faits et leur demande pardon. "Je regrette de l'avoir rendu malheureux", dit l'ancien prêtre de 74 ans après le témoignage poignant de Stéphane Sylvestre.

"J'étais très loin de tous les agresser, Dieu merci!", s'était-il exclamé un peu plus tôt, en réponse à la présidente du tribunal qui soulignait de sa part "une multiplicité d'actes sur une multiplicité d'enfants pendant une vingtaine d'années".

Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription. L'une des victimes parties civiles, Frédéric Sarrazin, ne s'est pas présenté à l'audience.

B.R. avec AFP