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27.000 policiers manifestent à Paris pour une "marche de la colère"

Une telle mobilisation n'avait pas eu lieu depuis 2001, où les forces de l'ordre s'étaient mobilisées après le meurtre de deux policiers au Plessis-Trévise (Val-de-Marne) par un braqueur récidiviste.

27.000 policiers ont manifesté ce mercredi à Paris pour une "marche de la colère", selon les chiffres communiqués par la préfecture de police. Une mobilisation inédite alors que les policiers dénoncent depuis plusieurs mois une dégradation de leurs conditions de travail dans un contexte de hausse des suicides dans la profession.

Le cortège est parti de la Bastille vers 13h30 en direction de la place de la République. "C'est une réussite syndicale", félicite Yvan Assioma, secrétaire régional Paris du syndicat Alliance, sur BFM Paris. "Mais cela montre aussi qu'il y a un vrai problème dans notre profession pour qu'autant de monde se soit mobilisé aujourd'hui."

Une mobilisation inédite

Une telle mobilisation n'avait pas eu lieu depuis 2001, où les forces de l'ordre s'étaient mobilisées après le meurtre de deux policiers au Plessis-Trévise (Val-de-Marne) par un braqueur récidiviste. 

Parmi les revendications: la qualité de vie au travail, une réponse pénale "réelle, efficace et dissuasive" en cas d'agression de policiers ou encore la réforme des retraites. 

"On dénonce un manque de moyens depuis plusieurs mois, voire plusieurs années. Certains véhicules partent en réparation et ne reviennent pas. Nos collègues attendent du matériel pour travailler...", détaille Yvan Assioma. Et d'ajouter: "En parallèle, nos collègues parisiens n'ont qu'un week-end de repos toutes les six semaines. Et quand il arrive, ils sont mobilisés sur les manifestations gilets jaunes. On comprend leur fatigue."

"Remise en cause de leur avantageux système de bonifications"

Les syndicats policiers craignent aussi une remise en cause de leur avantageux système de bonifications. Actuellement les policiers bénéficient d'une bonification spéciale dite "du cinquième" ou "quinquennale", qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités et, pour y être éligible, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans.

Les propos du ministre de l'Intérieur n'ont pas dissipé les inquiétudes. "Il y aura une modification de leur régime comme pour tous les Français mais il y aura la prise en compte de la dangerosité de leur métier de policier", a affirmé Christophe Castaner ce mercredi sur France 2.

"Il faut faire la différence entre ceux qui sont dans un métier dangereux et l'ensemble des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur qui ne sont pas confrontés aux mêmes réalités", a aussi déclaré le ministre. "Ca ne nous rassure pas", a réagi Yves Lefèbvre, secrétaire général d'Unité SGP. "Il faut qu'il joue cartes sur table. Il doit vouloir ce que nous voulons : la défense du régime particulier des policiers".

10.000 postes créés d'ici 2022

Face à cette nouvelle fronde, le ministère de l'Intérieur met en avant les efforts budgétaires depuis l'arrivée du duo Castaner/Nuñez en octobre 2018. "La police souffre d'un abandon budgétaire depuis de très longues années", a affirmé le ministre ce mercredi, devant le Sénat, en rappelant les 13.500 suppressions de postes sous le quinquennat Sarkozy.

Mettant en avant la promesse des 10.000 créations chez les forces de l'ordre d'ici 2022, il a aussi souligné l'augmentation du budget de la Police depuis le début du quinquennat, d'un milliard d'euros. Des discussions autour d'un Livre blanc sur la sécurité intérieure doivent être lancées mi-octobre, prélude à une loi d'orientation et de programmation prévue en 2020. 

Simon Azélie, Cyrielle Cabot avec AFP