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Pour recruter, la police n'hésite plus à démarcher les jeunes dans la rue

La police doit  recruter cette année 3.500 nouveaux gardiens de la paix après en avoir déjà recruté quelque 6.000 en 2018.

La police doit recruter cette année 3.500 nouveaux gardiens de la paix après en avoir déjà recruté quelque 6.000 en 2018. - Pascal Pavani - AFP

La police lance une campagne nationale de recrutement pour convaincre 3500 jeunes de faire carrière dans ses rangs. Des animations et des rencontres avec des professionnels sont prévues autour de "La Boîte" dans quatorze villes jusqu'à la fin du mois pour susciter des vocations.

Avec d'importants contingents de départs à la retraite et à la promesse de 7.500 créations de postes d'ici 2022, la police nationale doit faire face à un défi inédit. Et pour atteindre ses objectifs, elle n'hésite plus à démarcher directement les jeunes jusque dans la rue.

Jusqu'au 29 mai, "La Boîte" va se déplacer dans quatorze villes de France : cette structure cubique permet aux curieux de s'immerger dans le quotidien d'un policier au travers de vidéos en 3D et de découvrir les différentes facettes du métier. Des policiers et des recruteurs sont aussi là pour susciter des vocations. Cette campagne coïncide avec l'ouverture des inscriptions pour le concours de gardien de la paix.

"J'avais jamais eu l'idée. C'est pas mal mais ça a l'air un peu dangereux." Thevaakas, 18 ans, qui étudie la comptabilité, et son camarade Angelo n'avaient pas spécialement prévu de passer une partie de leur pause déjeuner à découvrir les mérites du RAID ou de la police technique et scientifique (PTS). Pas certain non plus qu'une grande vocation soit née à cette occasion mais sait-on jamais... "Je n'ai pas d'a priori sur la police", glisse le lycéen.

La semaine dernière, la Police nationale avait pris ses quartiers place de la République pour présenter ses métiers et s'ouvrir au public dans un contexte actuel pas franchement évident pour l'institution, sur fond de "gilets jaunes" et de crise des suicides.

"On peut rêver mieux comme ambiance", concède le directeur général de la police nationale, Eric Morvan. "Le maintien de l'ordre auquel est contrainte la police nationale depuis plusieurs mois n'est pas un contexte particulièrement favorable, mais la police nationale ça n'est pas que le maintien de l'ordre", expose le patron des policiers convaincu que la police conserve une image "positive" dans la population.

Des recrutements record 

L'enjeu est de mettre en lumière les différentes facettes des métiers policiers et d'attirer un (jeune) public pas toujours au fait de ces réalités à l'heure où la police doit encore recruter sur concours 3.500 nouveaux gardiens de la paix en 2019, après en avoir déjà recruté quelque 6.000 en 2018. Des chiffres record. De fait, après avoir connu une baisse drastique entre 2007 et 2014, les effectifs des forces de sécurité sont repartis à la hausse sous les quinquennats Hollande et Macron. Fin 2019, ils auront retrouvé leur niveau de 2007, selon la DGPN.

Si la police, qui est en concurrence avec d'autres gros recruteurs de l'Etat sur les métiers régaliens comme les armées ou la gendarmerie, estime ne pas avoir de problème de "quantité" avec entre 20 et 25.000 candidats par concours, elle insiste en revanche sur la qualité des candidats et possibles futurs reçus. "Il s'agit d'avoir de jeunes gardiens de la paix qui soient motivés, qui sachent exactement quels seront leurs engagements car devenir policier, ce n'est pas embrasser n'importe quelle carrière", expose Eric Morvan.

A "Répu", certains jeunes qui viennent à la rencontre des policiers semblent déjà motivés par les métiers de la sécurité. Alexandre (prénom modifié) a déjà passé sans succès le concours d'officier mais rêve de s'orienter vers la police judiciaire, n'étant pas un "grand fan de ce qui se fait en termes de gestion des foules". 

Ségolène, 23 ans en Licence de Langues à Paris, pas "rebutée par l'image", veut "être policière depuis les années lycée". "Je suis bénévole secouriste. C'est vraiment le service au public qui m'intéresse." Meriem, 19 ans de Saint-Denis, murit aussi sa vocation depuis plusieurs années avec des hauts et des bas. Ses motivations sont sensiblement différentes. Elle rêve d'un métier "qui change tous les jours" mais compte aussi sur "la sécurité de l'emploi et la stabilité du salaire" de fonctionnaire.

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C.C. avec AFP