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Kit de survie: c'était quoi Loft Story?

Les candidates de Loft Story, le 26 avril 2001, entrant dans "le loft".

Les candidates de Loft Story, le 26 avril 2001, entrant dans "le loft". - Frédérick Florin - AFP

Il y a quinze ans aujourd'hui, M6 lançait Loft Story. L'émission n'a duré que deux saisons, mais elle a posé les bases de la téléréalité en France.

Elle a débarqué avec son soutien-gorge en crochet trop juste, et sa petite valise à la main. Comme Loana, la téléréalité est entrée dans nos postes et dans notre vie, un beau jour d'avril 2001, sur la pointe de ses chaussures à plateforme.

Chamboulant la façon de faire de la télé, mais surtout le concept de vie privée. C'est le jour où on a perdu notre innocence, tiraillés entre le désir inavoué de reluquer ces candidats livrés à la vacuité d'une existence carcérale sans livres et sans télé, et la peur du grand méchant "big brother".

D'où ça venait?

Big Brother, référence au roman de George Orwell 1984, c'est le nom du l'émission néerlandaise, imaginée en 1997 par John de Mol - créateur d'Endemol - et mère de tous les programmes de téléréalité. Loft Story était calquée sur son modèle, confessionnal compris.

Comme dans Big Brother, les candidats avaient été sélectionnés par profil socio-psychologique: la cagole naïve, la bourgeoise coincée mais en fait non, la fille nature, l'intello, espérant que ce bouillon de culture produirait des "clash" et pourquoi pas, du sexe. L'émission a été déclinée dans le monde entier. De la Pologne au Botswana, en passant par les Etats-Unis et la Colombie. En France, Secret Story a succédé à Loft Story en 2007.

C'était quoi?

Loft Story, diffusée pour la première fois le 26 avril 2001 sur M6 (et sur le bouquet numérique TPS, 24h sur 24), c'était 13 candidats, enfermés dans un studio de la Plaine Saint-Denis (le "loft") et filmés 24 heures sur 24. "C'est vachement beau", se sont d'emblée extasiées les filles, entrées les premières, arpentant le loft de 225 m² au total look Ikea, épiées par 26 caméras, écoutées par 50 micros.

C'était le début de la télé voyeuse, de la célébrité fondée sur rien. Des stars éphémères, connues par leur seul prénom, avec le nom de l'émission en guise de particule. Les Steevy du Loft, et autres Amélie des Anges. 

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- © TF1

L'occasion aussi d'une grosse crise entre M6 et TF1. Le patron de la Une, Patrick Le Lay, jaloux du succès de la petite chaîne qui montait, s'en était violemment pris à la "trash télé", et à "Loft Story et ses sous-produits pornographiques". Pile un an avant le lancement de L'île de la tentation.

Loft Story n'a duré que deux ans, mais elle a posé les bases de la téléréalité en France, ouvert la voie aux autres chaînes, offert les codes à toutes les générations suivantes. Des codes que ne maîtrisaient pas les tout premiers candidats.

Comment Loana pouvait-elle imaginer que la fameuse "scène de la piscine" serait aussi indélébile qu'une tache sur la robe de Monica Lewinski? Et que quinze ans plus tard, on lui demanderait encore si elle regrettait ses ébats aquatiques.

Pourquoi ça marchait?

L'effet nouveauté n'explique pas tout. Si au début, fans comme contempteurs (et le CSA) ont tous eu les yeux rivés sur les 13 cobayes en vase clos, les audiences (cinq millions de téléspectateurs au début) n'ont fait que croître, boostées par l'épisode de la piscine.

Onze millions de personnes étaient réunies devant le premier prime (devant le succès du programme, M6 avait modifié l'horaire), le 10 mai 2001. La première saison a ainsi fini en apothéose, avec un pic à 11,7 millions, le soir de la victoire de Loana et Christophe.

Si les baisers humides de Loana et Jean-Edouard ont passionné les foules, aujourd'hui les clash scénarisés des nymphettes-poissonnières à moitié nues des Anges de la téléréalité n'émeuvent plus grand-monde.

Pourtant, les candidats de l'époque n'étaient pas vraiment rompus à l'exercice. La preuve, pas de "punchline" digne d'un "nan mais allô quoi", mais une certaine fraîcheur. A peine retiendra-t-on un "C'est qui qu'a pété". De la fraîcheur, on vous dit.

https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Chef de service culture et people BFMTV