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Pourquoi les concerts de musique de films ont le vent en poupe

Quatre représentations du ciné-concert de "Ratatouille" se tiendront au Grand Rex à Paris les 17 et 18 octobre prochain.

Quatre représentations du ciné-concert de "Ratatouille" se tiendront au Grand Rex à Paris les 17 et 18 octobre prochain. - -

Les concerts de musique de films et les ciné-concerts vont envahir les salles de spectacles dans les semaines à venir. Le public répond de plus en plus présent lors de ces rendez-vous qui mettent à l'honneur les compositeurs de l'ombre du 7ème Art. Mais d'où vient cette tendance et pourquoi ça marche?

Danny Elfman, Eric Serra, Michael Giacchino, Alexandre Desplat, Ennio Morricone... Ces grands noms de la musique de film ont tous un point commun: ils seront tous présents à Paris dans les semaines et mois à venir pour des concerts ou ciné-concerts qui mettront leur travail à l'honneur. Depuis quelques années, la musique de films s'ouvre au grand public, que ce soit lors de ciné-concerts (Le Seigneur des Anneaux, Gladiator, Titanic...) ou de festivals comme le Festival des musiques à l'image qui a notamment accueilli ces dernières années les compositeurs Hans Zimmer, Marco Beltrami ou Harry-Gregson Williams.

Souvent reléguée au second-plan, la musique de films semble trouver une nouvelle vie dans les salles de concert. Une tendance qui doit notamment son origine au succès rencontré en 2011 par le film multi-oscarisé, The Artist. Comme nous explique le producteur Jérôme Lateur, à l'initiative du ciné-concert de The Artist, ce spectacle a rencontré "un succès considérable" dans le monde entier, de Londres à Sydney. Le long-métrage, mis en musique par Ludovic Bource, a montré la voie à suivre. Mais pourquoi les ciné-concerts séduisent-ils le public?

Une alternative à la crise de la musique classique

"C'est une nouvelle forme de spectacle et la fusion de plusieurs disciplines" avance Jérôme Lateur, qui explique que cet engouement résulte également de la "crise du marché de la musique classique". Face à des opéras ou théâtre qui peinent à renouveler leur offre, les ciné-concerts proposent une alternative qui contente aussi bien les abonnés au classique que les novices. "Le public reconnaît quand il y a une performance compliquée qui demande autant de rigueur de la part d’un chef et d’un orchestre pour être synchronisé comme lors d’un ciné-concert."

La magie opère donc. Mais elle ne marche pas avec tous les genres. Au début du mois, une série de ciné-concerts du Parrain a été annulée au Grand Rex, faute d'un engouement du public pour ce chef-d'oeuvre du cinéma, qui ne comptait qu'une trentaine de minutes de musique originale. L'exception qui confirme la règle, sans doute. Mais pour Jérôme Lateur, tous les films ne se prêtent pas à cette forme de spectacle: "Il est indispensable que la musique du film soit remarquable, qu'elle provoque une émotion, qu'elle ait un rôle dans la trame narrative. On ne peut pas faire un ciné-concert avec une comédie par exemple."

Le coût d'un ciné-concert de Ratatouille s'élève à 100.000 euros

A l'instar des quatre représentations du ciné-concert de Ratatouille qui se tiendront les 17 et 18 octobre prochain au Grand Rex à Paris, les ciné-concerts ciblent en général un large public, plutôt familial. C'est Jérôme Lateur qui, après "une lutte" de près d’un an et demi, a réussi à convaincre Disney et le compositeur oscarisé Michael Giacchino de réaliser cette première mondiale de Ratatouille à Paris, "un film qui a marqué la France". Un choix réfléchi pour plaire au plus grand nombre de spectateurs qui vivront une véritable expérience inédite en compagnie des 85 musiciens du Paris Symphonic Orchestra. Un choix réfléchi aussi, car celui-ci a un prix. Le coût d’une seule représentation du ciné-concert du film d’animation Ratatouille s’élève à 100.000 euros pour la production. D’où l’intérêt évident de miser sur la bonne programmation et la musique idéale.

Danny Elfman, fidèle compositeur de Tim Burton, est en concert à Paris du 10 au 12 octobre 2015.
Danny Elfman, fidèle compositeur de Tim Burton, est en concert à Paris du 10 au 12 octobre 2015. © Paul Sanders

Si les ciné-concerts ont la cote, les concerts de musique de films ne sont pas en reste non plus. Ce week-end, du 10 au 12 octobre, Danny Elfman investit la salle du Grand Rex pour célébrer avec le public les trente ans de sa fructueuse collaboration avec Tim Burton. Face au succès rencontré lors de la mise en vente des billets pour les trois concerts programmés, les producteurs ont même dû ajouter une date supplémentaire pour répondre à la demande. Quelques jours plus tard, le 15 octobre, c’est Eric Serra, compositeur attitré de Luc Besson qui viendra sur cette même scène livrer un concert avec son groupe RXRA pour interpréter les musiques du Grand Bleu, de Léon, Subway ou Arthur et les Minimoys. Un concert qui le conduira ensuite vers une tournée dans toute la France.

"Donner une deuxième vie à la musique"

A ses débuts, le compositeur français refusait de faire des concerts de musique de films, n'y voyant pas d’intérêt. "Mais aujourd'hui, j’ai complètement changé d’avis", nous confie Eric Serra. En revanche, pas question pour lui de rejouer à l’identique ses musiques sur scène comme le font d'autres compositeurs lors de concert hommage à leur carrière au cours desquels ils dirigent de grands orchestres symphoniques. "J’adapte complètement les morceaux pour les concerts, explique-t-il. Ca permet de leur donner une deuxième vie et les gens sont ravis!"

Eric Serra, compositeur de Luc Besson, sera en concert à Paris le 15 octobre puis en tournée dans toute la France.
Eric Serra, compositeur de Luc Besson, sera en concert à Paris le 15 octobre puis en tournée dans toute la France. © Emanuele Scarcelletti

Le compositeur de Lucy et Goldeneye avoue ne pas comprendre l’engouement du public pour des concerts 'classiques' de musique de films où de grands orchestres symphoniques reprennent les morceaux exactement comme la version originale: "Je suis allé voir un concert de Maurice Jarre à Auxerre en 2003. Il est un des plus grands compositeurs de tous les temps, que j’adore, mais je me suis ennuyé à ce concert, c’était super mou, et Maurice Jarre n’est pas vraiment expressif quand il dirigeait un orchestre." Des prestations selon lui destinées avant tout aux fans de musique de films, mais qui sont loin de ressembler à ses concerts sensiblement plus rock et énergique.

Le fidèle compositeur de Luc Besson, qui a vendu plus de 3 millions de copies de sa bande-originale du Grand Bleu ne dirait pas non en revanche à un ciné-concert: "Ce n’est pas totalement impossible, ça pourrait m’amuser". En attendant, le public aura le choix. Car sur ce terrain-là, outre le sublime Ratatouille, Pirates des Caraïbes, Les aventuriers de l’arche perdu, Star Trek ou Alice au pays des merveilles auront aussi droit à un deuxième en ciné-concert à Paris en 2016. La musique de film n'a pas fini de faire son cinéma dans les salles...

Fabien Morin