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L'expo Gauguin à Londres attire l'attention sur le très jeune âge de ses modèles à Tahiti

"Vahine no te vi (Femme avec une mangue)" de Paul Gauguin exposé à la National Gallery à Londres le 3 octobre 2019.

"Vahine no te vi (Femme avec une mangue)" de Paul Gauguin exposé à la National Gallery à Londres le 3 octobre 2019. - Tolga Akmen - AFP

Une exposition sur des portraits de Gauguin à Londres s'interroge sur la pertinence de continuer à célébrer un peintre grand amateur de très jeunes Tahitiennes.

"Est-il temps d'arrêter de regarder l'oeuvre de Gauguin?" C'est la question que pose d'emblée l'audioguide accompagnant l'exposition que la National Gallery de Londres consacre à Paul Gauguin, Gauguin Portait

Le peintre est en effet aussi connu pour ses portraits de Tahitiennes, que pour son amour des très jeunes filles. Son séjour en Polynésie n'a d'ailleurs pas laissé que des bons souvenirs. Gauguin s'y est en effet comporté en colon, prenant pour compagnes de jeunes Tahitiennes à peine adolescentes, leur transmettant au passage la syphilis dont il était atteint. 

"Des relations sexuelles avec de très jeunes filles"

L'exposition de la National Gallery rappelle dans ses cartels explicatifs le contexte dans lequel Gauguin a peint ses portraits de Polynésiennes. L'artiste "a eu de façon répétée des relations sexuelles avec de très jeunes filles, épousant deux d'entre elles et leur faisant des enfants, peut-on lire sur un cartel. Gauguin a de façon indubitable profité de sa position d'occidental privilégié pour s'accorder une grande liberté sexuelle."

Il y a une vingtaine d'années, une exposition sur le même thème "aurait été beaucoup plus axée sur l'innovation formelle", analyse dans le New York Times Christopher Riopelle, co-commissaire de l'exposition. Aujourd'hui, ajoute-t-il, tout doit être considéré "dans un contexte beaucoup plus nuancé". 

La prison en métropole

Christopher Riopelle explique encore: "Je pense qu'il n'est plus suffisant de dire 'd'accord, c'est comme ça que cela se passait à l'époque'". Cette exposition et l'attitude condamnable du peintre renvoient une fois encore à la question: peut-on séparer l'oeuvre de l'artiste? Peut-on encore exposer Gauguin?

En 2017, le film Gauguin - Voyage de Tahiti, avec Vincent Cassel dans le rôle du peintre, avait été critiqué car il passait sous silence la jeunesse des partenaires de Gauguin - l'une d'elle n'avait que 13 ans - et avait transformé sa syphilis en diabète.

Dans son ouvrage Gauguin Voyageur, paru en 2006, Jean-François Staszak, professeur de géographie à l’université de Genève et spécialiste de l’imaginaire exotique, écrivait: "L'âge de ses partenaires aurait valu la prison à Gauguin s'il avait été en métropole". 

Magali Rangin