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Un agriculteur gay dans "L'Amour est dans le pré": un tabou qui s'estompe

Guillaume est le premier candidat homosexuel du programme "L'Amour est dans le pré".

Guillaume est le premier candidat homosexuel du programme "L'Amour est dans le pré". - M6

Pour la première fois, le programme de dating d'agriculteurs de M6, L'Amour est dans le pré présentera un candidat homosexuel. Une évolution dans le monde souvent conservateur de l'agriculture.

Guillaume est agriculteur, il est ouvertement gay, et il cherche l'amour. A 31 ans, il est le premier candidat homosexuel à participer au programme de dating de M6, L'Amour est dans le pré, dont la dixième saison démarre ce lundi 5 janvier à 20h55.

"J’aurais adoré avoir un mariage homo dans L'Amour est dans le pré cette saison mais l'on n'a pas trouvé", déclarait Karine Le Marchand en janvier 2013, au début de la saison 8. La présentatrice ajoutait: "Le fait qu’il n’y ait pas tant de candidatures renvoie aussi au fait que les caméras n’attirent pas que de la bienveillance, et que la notoriété peut être plus compliquée à vivre dans certaines situations". Pourquoi M6 ne trouve-t-elle que maintenant un candidat homosexuel? Certains clichés persistent-ils?

La transmission du patrimoine

Dans le monde agricole, les poncifs en matière d'orientation sexuelle ont la vie un peu plus dure qu'ailleurs. Selon un baromètre Cevipof-Ifop-ministère de l'Intérieur datant de 2006-2007, l'homosexualité est une pratique jugée "inacceptable" pour 47% des agriculteurs, contre seulement 21% pour les autres catégories socioprofessionnelles.

Pourquoi? "Les métiers de l'agriculture sont liés à une certaine idée de la masculinité et à une certaine conception de la famille, et l'homosexualité vient troubler ces représentations", explique le sociologue François Purseigle, enseignant à l'Institut National Polytechnique de Toulouse (Ensat). Cette question est liée notamment à une pierre angulaire des exploitations agricoles: la transmission patrimoniale.

Le "qu'en dira-t-on"

"Le projet des parents est de transmettre à leurs enfants. Et pour des parents, le monde peut s'écrouler si ce passage de relais est compromis", témoigne Olivier Guitel, céréalier de 50 ans à Lommoye, à quelques kilomètres de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines.

Lui a attendu d'approcher la quarantaine pour assumer son homosexualité. Il était marié, père d'un garçon. Théâtreux, un jour, il se met au clown. "Ce nez rouge, sur le plan personnel, ça demande d'écouter sa propre vérité. C'est là que mon homosexualité m'est apparue".

Il en parle à sa mère, très inquiète du qu'en dira-t-on. Mais finalement pas un mot de travers, jamais. "Je n'ai pas subi de moquerie directe, ni de malveillance. Les préjugés, ce sont toujours ceux qu'on a avant de vivre la situation. Moi j'avais des préjugés, c'est pour cela que je ne voulais pas faire mon coming-out."

Aujourd'hui, il vit avec son compagnon, il continue à garder un pied dans la ferme et à faire le clown. Finalement, la plus grande difficulté reste le chemin précédant l'annonce, confirme le sociologue François Purseigle qui a mené une enquête sur le sujet entre 2006 et 2010 et conduit une trentaine d'entretiens.

"Beaucoup de situations de souffrance sont vécues avant l'installation. Certains s'interdisaient de vivre leur homosexualité à la ferme et sont partis en ville. Ils ne sont revenus, le cas échéant, qu'une fois en couple ou lorsque la reprise de la ferme était devenue urgente".

L'empreinte catholique

D'ailleurs, si Guillaume, l'éleveur de brebis en Auvergne de L'Amour est dans le pré avait un message à faire passer, ce serait celui-là: "Aux jeunes ados, je pense qu'il voudrait dire que c'est quelque chose qu'il ne faut pas taire et que ça peut finir mal", rapporte Virginie Matéo, la productrice de l'émission.

Si l'agriculture reste un monde conservateur, marqué de l'empreinte catholique et où le divorce a mis bien longtemps à se faire accepter, les changements sont en route. En tous cas, les discours politiques sont volontaristes, à l'image de l'homme fort du monde agricole, Xavier Beulin, qui affiche sans complexe sa totale "ouverture" sur le sujet.

Pour le président de la FNSEA, le principal syndicat agricole du pays, "il n'est pas inutile qu'on casse quelques clichés" mais "ce que je dis et qu'on a du mal à entendre, c'est que les agricultrices et les agriculteurs sont de plus en plus à l'image de la société française" avec une "société rurale de plus en plus ouverte et connectée".

"Avant le milieu agricole était fermé et il fallait s'expatrier", témoigne pour sa part Bernard Lannes, président d'un autre syndicat agricole, la Coordination rurale. "Aujourd'hui, dans les campagnes, le choix sexuel est assumé. Vous avez même des fermes-auberges gay-friendly". 

Marc Pédeau avec AFP