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Matthias Schoenaerts, l'acteur belge devenu une star du polar en France et aux Etats-Unis

Matthias Schoenaerts dans "Sons of Philadelphia"

Matthias Schoenaerts dans "Sons of Philadelphia" - Copyright Nelson Gedalof

Ce comédien belge, connu au cinéma pour ses rôles de brutes taiseuses, revient avec un polar, Sons of Philadelphia. L'occasion de revenir sur son parcours.

Matthias Schoenaerts fait partie de ces acteurs insaisissables, naviguant entre les genres et les pays avec une facilité déconcertante. Films historiques, drames ou polars... Ce colosse belge prouve depuis le succès de Bullhead et De rouille et d'os il y a une dizaine d'années sa capacité à se glisser dans n'importe quel univers. Il semble cependant avoir une prédilection pour le polar.

Son nouveau film, Sons of Philadelphia, au cinéma ce mercredi 26 mai, en est l'exemple. Il incarne dans ce film brut comme il les aime Peter, un taiseux au destin forcément tragique. Un personnage à l'histoire de famille compliquée et hanté par la mort de sa petite sœur, qui se retrouve contraint de travailler pour la mafia irlandaise de Philadelphie. Un rôle fait pour lui: "J’aime bien la tragédie existentielle, la tragédie humaine, comment la condition humaine est traduite dans le cinéma. Ça me touche", explique-t-il à BFMTV, avant de continuer:

"Peter, c’est quelqu’un qui est déchiré dans le sens où il a développé une partie de sa personnalité en fonction de ce monde violent où il vit. L’autre partie, c’est ce qu’on voit dans ses yeux, quand il ne parle pas: c’est ce désir face à la vie qu’il n’a jamais développé, et qu'il ne pourra jamais développer. Il doit continuer de vivre dans un monde criminel dont il n’a pas forcément envie de faire partie. C'est la tragédie humaine. Je trouve ça touchant, parce que je vois ça souvent autour de moi. Et pas forcément dans un univers criminel. Je vois souvent des gens qui vivent une vie qu’ils n’ont pas forcément envie de mener."

Jouer des morts-vivants

Il aime jouer ces personnages de morts-vivants. Il peut passer des heures à trouver leur silhouette, et comme ils vont se déplacer. Tout commence par les habits qu'il portera. Il aime piocher dans sa garde-robe personnelle. Dans Sons of Philadelphia, c'est sous son véritable bonnet qu'il a dissimulé le mal-être de Peter: "C’est comme faire une peinture vivante", explique-t-il. "J’introduis toujours dans mes films des petits trucs personnels que personne ne sait. J’amène toujours des trucs personnels qui sont liés à l’histoire et qui m’aide à m’ancrer dans ce qu’on fait." D'où lui vient cette fascination pour les rôles de taiseux?

"Peut-être que je m’identifie. Je ne sais pas pourquoi. J’aime bien le non-dit. J’aime bien au cinéma comme en peinture le hors-champ: j’aime bien fantasmer sur ce que je ne vois pas et sur ce que je n’entends pas. J’ai appris que si on veut apprendre quelque chose de quelqu’un, il ne faut pas forcément écouter ce qu’ils disent, mais écouter ce qu’ils ne disent pas. Essayer d’écouter ce que quelqu’un ne dit pas demande une grande attention. Avoir une grande attention, ce n’est pas forcément écouter: il faut regarder. Ça vient quand on ne parle pas."

S'il le fait à merveille dans les films, il a dû mal à l'appliquer hors des plateaux. "J’aimerais bien me taire encore plus, en fait", dit-il en riant. "Dire des choses, ce n’est pas forcément parler. J’aimerais bien dire des choses, mais je dois apprendre à les dire sans parler." Bien que belge, Matthias Schoenaerts joue principalement en langue anglaise, sa langue préférée. Il a déjà incarné, avec la même conviction, un Belge, un Français, un Allemand, un Américain et un Russe.

Matthias Schoenaerts multiplie les expériences avec des réalisateurs de toutes les nationalités. Il répond aux sollicitations des vieux maîtres du 7e Art (Terrence Malick) comme à celles des jeunes talents (Laure de Clermont-Tonnerre, avec qui il a tourné le drame pénitentiaire Nevada), et n'hésite pas à refuser des rôles lucratifs, comme celui du chevalier noir dans Batman V Superman de Zack Snyder.

"Je n’ai pas la trouille"

Malgré son César décroché en 2010 pour De rouille et d'os, Matthias Schoenaerts travaille peu en France. Il a en revanche souvent tourné aux Etats-Unis avec des réalisateurs français. Après Blood Ties de Guillaume Canet, Sons of Philadelphia est son deuxième polar américain réalisé par un Français, Jérémie Guez. L'acteur belge qui aime jouer les Américains de souche, apprécie ce genre de décalage, particulièrement à propos dans Sons of Philadelphia, anti-fresque qui retrace trente ans d’histoire du gangstérisme américain et évoque comme The Irishman la fin des groupes mafieux.

Les articles qui lui sont consacrés dans la presse mettent le plus souvent l'accent sur son caractère animal. Il lui arrive pourtant de douter. Dans Sons of Philadelphia, il a eu quelques appréhensions avant de débuter le tournage. Il avait la trouille de reproduire le cliché de l’homme de main taiseux de la mafia. "Non, je n’ai pas la trouille!", se défend le colosse. "Je peux avoir peur, mais ce n’est pas ça qui va me faire peur."

Comédien globe-trotter, Matthias Schoenaerts peut tourner plusieurs films de suite avant de disparaître complètement des radars. Un de ses endroits de prédilection est le Costa Rica, où il aime se ressourcer. Solitaire, peintre et graffeur à ses heures perdues, Matthias Schoenaerts est hors des plateaux à l'image de ses personnages: mystérieux et exubérant, puissant et fébrile, imprévisible et fiable. Vit-il réellement la vie qu'il a voulu mener, comme son personnage de Sons of Philadelphia? Il a toujours dit qu'il arrêterait à l'âge 45 ans de faire le comédien. Il vient d'en avoir 43.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV