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Marius Colucci: "Sophie Marceau, on ne lui demande pas le point de vue de son père"

Marius Colucci au théâtre du Sentier des Halles, le 20 janvier 2016.

Marius Colucci au théâtre du Sentier des Halles, le 20 janvier 2016. - Magali Rangin

Marius Colucci se produit à partir du 22 janvier, tous les vendredis soir au théâtre du Sentier des Halles à Paris. Nous l'avons rencontré à quelques jours de la première de son spectacle, qui mêle chansons et one man show.

Sur scène, ils seront quatre, mais c'est bel et bien un one man show. Marius Colucci se lance dans le stand up, avec un spectacle de chansons humoristiques entrecoupées de sketchs, intitulé Marius et les Marioles. Un show d'une heure, qui n'a d'autre prétention que de faire rire les gens, de leur donner "la patate". Nous avons rencontré Marius Colucci un froid mercredi de janvier, dans le petit théâtre du Sentier des Halles, avant sa première date.

Silhouette presque frêle, dans son pull orange, jean-baskets et grosses lunettes, Marius Colucci est un homme de presque 40 ans, à qui l’on ne cesse de parler de son père. Son père, c'est Coluche, mort en 1986, dans un accident de moto. Marius avait 10 ans. Ses parents étaient divorcés depuis cinq ans. Il le voyait “surtout les week-end”. Autant dire que les souvenirs sont "furtifs". Ravivés à longueur d’interviews par des journalistes curieux, à grand renfort de vidéos ou d'extraits de spectacles du paternel.

"Très fier de porter ce nom là"

On sent pourtant qu’il a appris à composer avec cet encombrant absent, pas avare d'anecdotes et d'histoires. Pas dupe non plus de l’intérêt qu’il suscite chez les médias, il a bien conscience de l'éclairage médiatique dont il bénéficie, par rapport à ses camarades acteurs au patronyme moins célèbre.

Même s'il aimerait bien qu'on l'interroge un peu sur son actu à lui, sans toujours convoquer le père. "A chaque fois que je fais des interviews c'est dans le cadre d'un spectacle ou d'un film, dans lequel mon père n'intervient pas. Sophie Marceau, quand on l'interviewe, on ne lui demande pas le point de vue de son père". 

"Si je me banane, j'ai assez de confiance pour en rire"

Malgré l'héritage assumé, l'envie de "faire le pitre comme [son] père", il lui a fallu des années avant de monter son spectacle. Certaines de ses chansons ont pourtant été composées il y a 15 ou 20 ans. Il y avait la peur que le public attende de lui qu'il fasse du Coluche, justement. Il a donc fallu le temps d'acquérir assez de confiance en soi, de pouvoir courir le risque d'être comparé. Le temps aussi de se bâtir une carrière et une notoriété à lui, avec des rôles au cinéma (on l'a vu dans Populaire et dans Calomnies de Mocky), et surtout à la télévision dans la série Les petits meurtres d'Agatha Christie sur France 2. "Peut-être que si je n'avais pas fait la série Agatha Christie, qui a eu ce succès-là, je n'aurais pas osé faire ce spectacle-là".

Il se place cependant un peu en marge des plates bandes paternelles, pourtant larges. Et situe son spectacle "un peu dans la tradition des chansonniers". "Evidemment, si je me ramasse tout le monde dira: 'le fils de Coluche est nul'. Mais si je me banane, j'ai assez de confiance pour en rire".

Il a découvert toute l'oeuvre de son père "à travers les disques et les films" et se réclame plus de Desproges que de Coluche. La Fontaine, Alphonse Allais, Feydeau, Guitry, Les frères Jacques, Bourvil, Fernandel ou Les frères ennemis figurent dans son panthéon personnel. "Un music hall pré-stand up. Dans lesquels j'ai pioché". Côté musical, il y a les Négresses Vertes, la Mano Negra, Tryo, Bénabar, Renan Luce, Oldelaf...

"Une bonne bite dans le cul"

Il a également puisé dans la légende 'coluchienne', comme pour ce morceau intitulé Une bonne bite dans le cul. "Mon père était allé acheter du caviar, pour voir à quoi ça ressemblait, raconte-t-il. Il a croisé une femme bourgeoise qui lui dit: 'Vous voyez monsieur Coluche, la richesse, ça a du bon". Et il lui a répondu: 'Mais madame vous savez comme moi, que tout ça ne vaut pas une bonne bite dans le cul'".

La ressemblance est ténue, mais la filiation est là. S'il se dit "très fier de porter ce nom-là", il espère qu'il aurait eu "la même énergie avec un autre nom". De son père - et de sa mère - il dit avoir hérité "la philosophie et ce bon sens populaire".

"Aucune légitimité" d'aller aux Enfoirés

Malgré une enfance à l'abri du besoin, "un toit sympa", il se réclame de cette ascendance populaire. "Ma mère faisait attention à ce qu'on ait des valeurs pas élitistes ou snob". Résultat, il est "fâché avec la croissance" et "pas très dépensier" et passe spontanément un coup d'éponge sur le bar du théâtre, après y avoir bu un café. "Même si je suis très bourgeois, je me sens proche des pauvres plus volontiers, c'est eux que j'ai envie d'aider et de défendre. C'est à cette population que j'ai envie d'appartenir".

Il se tient pourtant à distance des Restos du coeur, estimant n'avoir "aucune légitimité, sous prétexte que je suis le fils de Coluche". Quant aux Enfoirés: "s’ils m’appellent, comme ils l'ont fait il y a 20 ans, je viendrai très volontiers. Mais il y a d'autres impératifs beaucoup plus économiques, que juste moi, sous prétexte que je suis le fils du créateur".

Magali Rangin / Sujet vidéo Philippe Dufreigne et Edouard Bonnamour