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Joann Sfar ressort son film d'animation "Petit Vampire" après une sortie écourtée au cinéma

Affiche du film "Petit Vampire" de Joann Sfar

Affiche du film "Petit Vampire" de Joann Sfar - Studio Canal

Le dessinateur et réalisateur sort en DVD ce mercredi 14 avril un dessin animé pour enfants à mi-chemin entre les contes de Miyazaki et les récits d’aventure de Spielberg.

Les vampires sont éternels et il faut plus qu'une pandémie pour les clouer à leur cercueil. Sorti le 21 octobre dernier, soit une semaine avant l’annonce du second confinement, puis prévu pour revenir au cinéma en décembre, Petit Vampire de Joann Sfar débarque finalement en vidéo (DVD, Blu-ray et VOD) ce mercredi 14 avril.

Pour son réalisateur, qui a travaillé six ans sur son film, une adaptation de sa BD parue chez Rue de Sèvres, c’est un soulagement de pouvoir enfin montrer à un large public cette œuvre familiale qui s’apprêtait l'année dernière à rencontrer un large succès populaire:

"Comme beaucoup de films de 2020, il a été un petit peu maudit. Pendant la sortie, on a voulu croire jusqu’au dernier moment que les cinémas resteraient ouverts. C’est la première fois que j'ai la chance d’avoir un si bon démarrage en province. D’habitude mes films marchent plus à Paris. On a fait 200.000 entrées en moins d’une semaine."

Présenté l'année dernière au festival d'Annecy, puis nommé aux César, ce film suit les aventures de Petit Vampire, coincé depuis 300 ans dans le corps d’un enfant. Pourchassé par le terrifiant Gibus, il est contraint de vivre caché dans une grande maison d’Antibes.

Lassé de ce confinement forcé, Petit Vampire s’enfuit et se lie d’amitié avec un garçon, Michel. "C’est un hommage à tous ces moments où on s’ennuyait quand on était petit", précise le réalisateur. "Ces périodes d’ennui sont celles où on devient un artiste, celles dans lesquelles on forge son imaginaire."

Des vampires sur la Côte d’Azur

Petit Vampire avait été plébiscité par la critique et le public en octobre dernier. À présent, les familles vont pouvoir découvrir cette œuvre joyeuse, à mi-chemin entre les contes de Miyazaki et les récits d’aventure de Spielberg (E.T., Les Goonies): "J’espère qu’il va trouver son public et qu’il va faire marrer les enfants. Même si c’est un film qui aborde des sujets un petit peu grave, il est fait pour qu’on s’amuse le plus possible!"

Une ambition qui se ressent dans ce film à l’écriture joyeuse et à l’esprit potache, où une bande de monstres truculents et multicolores multiplient les gaffes. On y retrouve comme chez Disney ou Ghibli un monde où réalisme et magie se côtoient, le tout enveloppé dans une musique méditerranéenne, à rebours de la tradition des films de vampires:

"Avec mon compositeur Olivier Daviot, on ne voulait pas que ça ressemble aux musiques de Danny Elfman pour Tim Burton. Notre originalité avec ce film, c’est d’avoir des vampires sur la Côte d’Azur, alors on a sorti des mandolines napolitaines! Et contre toute attente, ça marche!"

Le cinéma plus fort que le virus

Si l'annonce de Warner Bros. de sortir en simultané au cinéma et en streaming les 17 films de son programme de 2021 (dont Dune et Matrix 4) l’avait inquiété sur l’avenir du cinéma, Joann Sfar croit désormais dur comme fer en l’avenir du 7e Art malgré la fermeture des salles: "J’ai envie d’être optimiste. Le cinéma a survécu à des guerres. Il n’y a pas de raison qu’il ne survive pas à un virus."

Selon le dessinateur, le monde du cinéma est "en ce moment très excité, sans savoir dans quoi on va vivre dans deux ans": "les plateformes sont très actives, y compris en Europe. Elles sont prêtes à acheter toutes sortes de licences à prix d’or. Les personnes les plus recherchées sont les auteurs qui possèdent leurs personnages." Ce qui est son cas: l’homme-orchestre développe une armada de fictions audiovisuelles avec la Joann Sfar’s Magical Society, un studio associé au groupe Mediawan:

"On essaye d’être nous-même, d’être très français, et en même temps de vendre nos programmes au monde entier, parce qu’on pense que ce qu’on a à raconter peut intéresser un très large public. Il y a beaucoup de dessins animés, des films avec des monstres et des marionnettes et des choses plus réalistes. On s’éclate."

Un Chat du Rabbin cet automne

Hospitalisé le mois dernier après avoir contracté la Covid, Joann Sfar reprend "à peine" son crayon. "Je dessine très doucement, moins vite qu’avant, et je passe de bonnes journées!" Il travaille actuellement sur le onzième tome du Chat du Rabbin, prévu pour cet automne. "Il contiendra 72 pages d’analyses bibliques. Il s’appellera sans doute La Bible pour les Chats et il sera consacré à la question des miracles dans La Bible", promet-il.

En attendant, il vient de sortir le troisième tome d’Aspirine, série située dans l’univers de Petit Vampire, ainsi que Le Ministère Secret, une BD sur les secrets de la Ve République concoctée avec son ami Mathieu Sapin. Toujours à la recherche d’histoires qui font du bien, Joann Sfar sortira enfin le 5 mai le deuxième volet de La Chanson de Renart, nouvelle série médiévale aussi drôle que féroce sur l’obscurantisme.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV