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Russie: le ministère de la Culture annule la sortie du film La Mort de Staline

Jason Isaacs dans le filme "La Mort de Staline"

Jason Isaacs dans le filme "La Mort de Staline" - Filmverleigh

Deux jours avant la sortie du film porté par Jason Isaacs, Steve Buscemi et Olga Kurylenko, le ministère russe de la Culture a décidé d'interdire la diffusion de ce long-métrage franco-britannique.

Le ministère russe de la Culture a annulé mardi, deux jours avant sa date prévue, la sortie de la comédie franco-britannique La Mort de Staline, qualifiée d'offensante et d'"extrémiste" par des cinéastes et des hommes politiques russes. "La licence de distribution du film La Mort de Staline a été retirée", a dit une porte-parole du département du cinéma du ministère.

Le film d'Armando Iannucci qui devait sortir jeudi en Russie avec une interdiction aux moins de 18 ans relate de manière burlesque la lutte qui s'est déroulée au sein de la garde rapprochée de Staline après sa mort en 1953. Les cinéastes, députés et hommes politiques russes qui ont visionné le film lundi au cours d'une séance organisée pour eux au sein du ministère de la Culture, ont signé un appel adressé au ministre Vladimir Medinski pour lui réclamer l'interdiction de la distribution de la comédie qui "s'en prend à des symboles nationaux russes".

"Nous vous demandons d'organiser une expertise juridique supplémentaire et d'ici là de suspendre la licence de distribution du film", écrivent une vingtaine de personnalités russes dont le cinéaste Nikita Mikhalkov et la fille du général soviétique Guéorgui Joukov, Era Joukova.

"Une raillerie insultante", un "crachat"

Vladimir Medinski a lui-même estimé que le film pouvait être perçu comme "une raillerie insultante envers le passé soviétique, le pays qui a vaincu le fascisme, l'armée soviétique et les gens ordinaires et même envers les victimes du stalinisme". L'annulation de la sortie du film ne relève pas de "la censure", a-t-il affirmé aux journalistes russes. La date de la sortie du film est également critiquée, juste une semaine avant les célébrations du 75e anniversaire de la victoire soviétique à Stalingrad contre l'Allemagne nazie.

Pour les signataires de la pétition, diffusée sur le site internet du ministère, ce film "extrémiste" est "un crachat à la face de ceux qui ont péri et de ceux qui ont survécu" à la bataille de Stalingrad. "Non seulement Staline, mais tous ses maréchaux, et même Joukov, sont dépeints comme des idiots hideux, alors que ce sont eux qui ont gagné la guerre", a déclaré l'un des signataires, Pavel Pojigaïlo, membre du conseil consultatif du ministère de la Culture.

"Des films de ce genre ne doivent tout simplement pas arriver en Russie et ceux qui achètent des films pareils ne doivent pas travailler dans notre pays", a martelé un des autres signataires, Nikita Mikhalkov, à l'issue du visionnage du film, selon les images du journal en ligne Komsomolskaïa Pravda. Nikita Mikhalkov est l'auteur d'un film sur le stalinisme, Soleil trompeur, qui lui a valu le Grand prix du Jury à Cannes en 1994 et l'Oscar du meilleur film étranger en 1995.

Films, expos et spectacles dans le viseur des autorités

Selon Vladimir Medinski, les fonctionnaires de son ministère "ont d'abord demandé à la compagnie de distribution Volga de reporter la sortie du film à après le 18 mars", date de la présidentielle russe. "Mais les distributeurs ont catégoriquement rejeté cette proposition", a ajouté le ministre.

Inspiré de la bande dessinée éponyme et réalisé par Armando Iannucci, ce film est une coproduction franco-britannique qui a obtenu de nombreuses récompenses internationales. Tableau à la fois absurde et terrifiant du pouvoir totalitaire, il raconte les événements qui suivent la mort subite du "Petit père des peuples", en mars 1953. Plusieurs films, des expositions et des spectacles se sont retrouvés ces derniers mois dans le collimateur des autorités ou d'éléments particulièrement conservateurs.

F.M. avec AFP