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Qui est Nahuel Pérez Biscayart, la star d'Au revoir là-haut révélée dans 120 battements par minute?

Nahuel Perez Biscayart au Festival de Cannes en 2017

Nahuel Perez Biscayart au Festival de Cannes en 2017 - Alberto Pizzoli - AFP

Après avoir illuminé 120 battements par minute, Nahuel Pérez Biscayart est à l’affiche d'Au revoir là-haut, le nouveau film d'Albert Dupontel qui sort ce mercredi 25 octobre. Portrait d'un nouvel espoir du cinéma que certains présentent déjà comme l'un des grands favoris pour la prochaine cérémonie des César.

On ne voit que lui dans 120 battements par minute, la fresque de Robin Campillo sur le sida qui a remporté en mai dernier le Grand Prix du Festival de Cannes. Dans Au revoir là-haut d'Albert Dupontel, adaptation très attendue du roman de Pierre Lemaître, il cache sous un masque son visage meurtri par la Première Guerre mondiale. Dans ces deux films, sortis à quelques semaines d’écart, l'Argentin Nahuel Pérez Biscayart incarne Sean, un séropositif, et Edouard, une gueule cassée. Deux personnages qui symbolisent, au début et à la fin du XXème siècle, la souffrance d’une génération.

C’est l'unique point commun entre ces deux personnages. Tous les oppose. L’un ne cesse de parler, l’autre pousse des grognements. L’un assume tout, l’autre vit caché. Pour créer Edouard, "ce bonhomme un peu extravagant, anarchiste" qui imagine une arnaque aux monuments aux morts dans les années 1920, Nahuel Pérez Biscayart a travaillé sur sa gestuelle et son regard. Il a aussi appris à parler avec une voix détruite:

"J’ai regardé des vidéos de gens qui ont un cancer de la gorge et se font opérer de la gorge ou enlever les cordes vocales. Ils doivent apprendre à parler avec un enchaînement de rots. C’est cette sonorité que j’ai pensé être la plus adaptée au personnage d'Édouard".

Albert Dupontel et Nahuel Perez Biscayart (à droite) dans Au Revoir là-haut
Albert Dupontel et Nahuel Perez Biscayart (à droite) dans Au Revoir là-haut © Copyright Jérôme Prébois / ADCB Films

Il a appris le français en trois mois

Ce travail lui a permis de renouer avec le théâtre. A Buenos Aires, où il est né en 1986, c’est par là qu’il a commencé, avant de rejoindre à 20 ans New York et le Wooler Group, une troupe expérimentale dirigée par Willem Dafoe. "Il est parti quand je suis arrivé", précise-t-il, avant d’ajouter: "J’y ai appris plein de choses. Ça m’a permis d’affirmer mon rapport avec la parole. Je crois que les émotions ne sont pas tout le temps en connexion avec la parole". Il a appliqué cette théorie dans tous ses films, pas uniquement dans celui de Dupontel.

En 2009, il décroche dans Au fond du bois de Benoît Jacquot le rôle d’un vagabond qui noue une relation charnelle avec une jeune femme de bonne famille (Isild le Besco). Quand il débarque en France pour le tournage, Nahuel Pérez Biscayart ne parle pas un mot de français. "J’étais comme le personnage, perdu", se souvient-il. C'est après le tournage, en pleine promo, qu’il décide de l'apprendre.

"Je suis resté trois mois à la Sorbonne, puis je suis reparti. Je voulais profiter du voyage pour apprendre une langue. J’ai appris le français parce que j’étais emballé par le fait d’avoir appris l’anglais très rapidement quand j’avais été nommé pour la bourse [du Wooler Group]. Je m’étais dit que je pourrais apprendre des langues et être beaucoup plus indépendant, avoir des relations plus directes avec les gens qui parlent ces langues".

Après Au fond du bois, Nahuel Pérez Biscayart n'est pas resté en France. Il a travaillé "un peu partout": en Argentine, en Espagne... En 2012, de passage à Paris, il obtient une rôle secondaire dans Grand Central avec Léa Seydoux puis quitte à nouveau la France. Trois ans plus tard, en 2015, il séduit Albert Dupontel et Robin Campillo qui l'imposent en tête d'affiche dans Au revoir là-haut et 120 battements par minute. Une star est née. 

Favori des Césars 2018

Dans les nombreux portraits que lui a consacré la presse depuis Cannes, Nahuel Pérez Biscayart est présenté comme un comédien bourlingueur, un acteur globe-trotter ou nomade. Il s’amuse de ces étiquettes: "C’est parce qu’on adore idéaliser les gens", explique-t-il. "On adore penser que la vie des autres est incroyable. C’est un peu vrai, je suis nomade, mais c’est du branding. Ce n’est pas un profil que j’ai choisi". Au détour de la conversation, Nahuel Pérez Biscayart se présente comme un "imposteur" qui "s’incruste dans un cinéma qui n’est pas celui de son pays". Il tient cependant à rendre hommage au courage des producteurs français qui "ont respecté le désir des réalisateurs" en offrant un rôle principal à un comédien peu connu.

"Il y a une ouverture envers les nouveaux visages, c’est salutaire. En Argentine, on est dans une période de recul. La droite au pouvoir essaye de détruire tout ce qui est culturel comme ça ne rapporte pas d’argent. Ils veulent tout le temps mettre des têtes d’affiche ou des gens de telenovelas pour s’assurer que le film marche. Je jouais beaucoup en Argentine avant. J’ai raté un projet là-bas à cause de ça, parce que je suis un peu absent en Argentine".

En France, la voie royale lui semble ouverte. On le dit favori de la prochaine cérémonie des Césars, qui aura lieu le 2 mars 2018. Il n’y pense pas. "Ca ne dépend pas de moi, donc je n’ai rien à dire. Évidemment, on voudrait avoir tous les prix du monde. On sait que c’est aussi un moyen pour prolonger la vie des films et des comédiens. Malheureusement, dans ce monde-là, le prestige des prix est très central. Je suis un peu contre ça".

Très occupé par la promotion de 120 battements par minute, choisi pour représenter la France aux Oscars, Nahuel Pérez Biscayart passera les prochains mois à voyager entre Séoul, la Roumanie et Hollywood - tout en cherchant son prochain rôle.
Jérôme Lachasse