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Cinéma

"Nos très chers enfants", "Pourris gâtés"... L’argent, ressort comique préféré des comédies françaises

La comédie française, avec "Nos très chers enfants", "Pourris gâtés" et "Les Tuche", explore avec ironie le rapport à l'argent et à la richesse. Une forme de catharsis en ces temps de crise.

En ces temps de crise, le cinéma comique français a fait du rapport à l’argent et de la richesse un de ses thèmes de prédilection. Et le public adhère et en redemande.

Dans Pourris gâtés, sorti en septembre, un homme d'affaires (Gérard Jugnot) décide de punir ses trois enfants paresseux et capricieux en leur faisant croire qu’ils sont devenus pauvres. Passée relativement inaperçue en France (440.000 entrées), cette comédie est désormais le film non-anglophone le plus vu sur Netflix dans 62 pays.

Dans Les Tuche 4, sorti le 8 décembre, la joyeuse tribu menée par Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty continue de s’enrichir en investissant dans l'écologie et en transformant une usine désaffectée en géant du jouet. Elle se paye aussi le luxe de battre sur son propre terrain une multinationale américaine, parodie d'Amazon.

Dans Nos très chers enfants, en salle le 15 décembre, des retraités (Didier Bourdon et Josiane Balasko) font croire à leurs enfants qui les délaissent qu’ils ont gagné 18 millions d'euros au loto.

Thème intemporel

Ces scénarios rappellent à quel point le cinéma comique a toujours eu une dimension cathartique en temps de crise. "C'est horrible ce que vous dites, mais c'est vrai. C’est un thème qui a toujours été présent", insiste Didier Bourdon, qui rêvait déjà dans Les Trois Frères d’obtenir "cent patates". On était alors en 1995 et le taux du chômage explosait en France.

"Rire des gens qui voudraient avoir de l’argent, ou qui ont de l’argent, c'est libérateur", renchérit Josiane Balasko, qui joue aussi les rentières dans la comédie La Pièce rapportée et cartonne au théâtre avec sa pièce Un chalet à Gstaad, sur les super-riches exilés fiscaux. "On peut faire rire avec des gens qui n’ont pas d’argent, mais c'est difficile. Ettore Scola le fait très bien dans Affreux, sales et méchants (1976)."

Hollywood le faisait également dans les années trente, lors de la Grande Dépression. Mon homme Godfrey raconte comment un vagabond est nommé majordome d’une femme de la haute société. Dans L'Extravagant Mr. Deeds (1936), un jeune homme un peu simple touche un héritage. A la même époque, la plus grande star du monde est Charlie Chaplin avec son personnage de vagabond.

"Subterfuge machiavélique"

Nouvelle comédie d'Alexandra Leclère après Le Grand Partage (2015), Nos très chers enfants se démarque de ces films puisque la richesse au centre de l’intrigue est feinte.

"C’est la petite subtilité du film", glisse la réalisatrice. "On parle d’argent, mais il n’y en a pas." Le couple incarné par Didier Bourdon et Josiane Balasko va dépenser sans compter - Maserati, luxueux costumes… - pour donner à ses enfants l’illusion d’être riche.

"Il y a quelque chose de joyeux dans ces personnages qui prennent enfin du plaisir", ajoute la cinéaste. "Ce couple s’amuse comme deux adolescents à se faire passer pour des gens riches. C'est l’image qu’ils se font des gens riches. Je les trouve assez croquignolesques."

Ce n'est pas la première fois qu'Alexandra Leclère aborde ce sujet de l’argent dans une de ses comédies. "Ce n’est pas un thème qui me travaille", précise la réalisatrice du Prix à payer (2007). "C'est un thème qui travaille la société."

Comme les précédentes comédies d'Alexandra Leclère, Nos très chers enfants s’appuie sur un "subterfuge machiavélique", précise Didier Bourdon: "C’est l’univers d’Alexandra. C’est corrosif. Les personnages ne sont pas malsains, mais la situation l’est un peu. Et c'est parfait pour nous, parce qu'avec Josiane, on n’hésite jamais à aller dans le sordide."

"Beaucoup ont peur de décevoir par rapport à leur image. Nous, on n’a pas d’image à protéger", ajoute Josiane Balasko. "Alexandra est une très bonne scénariste. Elle a toujours des idées qui ne laissent jamais indifférentes."

"Ascenseur social"

Mais contrairement à sa précédente comédie Garde alternée, trop noire au goût de certains, Nos très chers enfants s’adresse à un large public. "J’avais envie d’un film un poil plus bienveillant, avec de la tendresse. J’avais envie d’être moins cynique."

Nos très chers enfants n'est pas moraliste. Le film serait presque moraliste, à en croire Didier Bourdon: "On parle beaucoup de l’ascenseur social, qui est peut-être devenu un rêve aujourd’hui, mais le loto reste le moyen fantasmé d'y accéder. Nos personnages pensent aussi que l’argent peut tout sauver. Ça aide, mais hélas ça ne résout pas tout." Le film, en revanche, a tout pour aider le public qui cherche à rire avant les fêtes:

"Le film va faire du bien à beaucoup de gens", assure Didier Bordon. "Quand on présente le film, on voit bien qu’il plaît de 7 à 77 ans. À l’issue des avant-premières, les gens nous disaient qu’ils ont compris le message. Ils nous disent aussi que le film leur a donné des idées. On les voyait dire à leurs enfants, 'Tu veux que je fasse comme dans le film pour que tu viennes à Noël?'"
https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV