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Mort du cinéaste italien Vittorio Taviani

Vittorio Taviani à Berlin en 2012

Vittorio Taviani à Berlin en 2012 - Gerard Julien

Lauréat de la Palme d'or en 1977, le réalisateur italien Vittorio Taviani est mort à l'âge de 88 ans.

Le cinéaste italien Vittorio Taviani qui, avec son frère Paolo, a signé certains des grands films du cinéma transalpin est mort à Rome, à 88 ans, ont annoncé ce dimanche 15 avril les médias, citant des sources familiales. Le cinéaste, malade depuis longtemps, avait réalisé avec son frère une quinzaine de longs métrages, dont le plus célèbre, Padre padrone, avait reçu la Palme d'Or du Festival de Cannes en 1977.

Né le 20 septembre 1929 à San Miniato en Toscane, Vittorio était âgé de deux ans de plus que son frère Paolo, avec qui il a formé un duo quasi unique dans l'histoire du 7ème Art. Fortement inspirés par le maître du néo-réalisme Roberto Rosselini, les deux frères, fils d'un avocat antifasciste, se sont intéressés dès leurs débuts dans les années 1960 aux thèmes sociaux. Leur cinéma atypique, marqué par un style très littéraire, mêle histoire, psychanalyse et poésie. 

Après une série de documentaires, les frères Taviani réalisent leur premier long métrage Un homme à brûler (1962), qui raconte l'histoire d'un syndicaliste marxiste en lutte contre la mafia sicilienne. Ils s'emparent l'année suivante du thème du divorce avec la comédie Les hors-la-loi du mariage, interprété par Ugo Tognazzi et Annie Girardot, avant de réaliser Sous le signe du scorpion, une allégorie des événements de l'année 1968. 

Récompensé à Cannes et Berlin

Ce n'est qu'en 1974, avec Allonsanfan, évocation de l'Italie post-napoléonienne et de l'échec des troubles révolutionnaires qui éclatèrent à l'époque, qu'ils obtiennent leur premier succès international. Beaucoup de leurs films sont inspirés d'oeuvres littéraires: Les affinités électives adaptées de Goethe, ou Padre padrone tiré du roman éponyme de Gavino Ledda, qui raconte la rude destinée d'un enfant sarde élevé par un berger. Présenté au festival de Cannes où il suscite une polémique en raison de sa dureté, "Padre padrone" n'en reçoit pas moins la Palme d'or.

Le thème de l'enfance est également au coeur de La Nuit de San Lorenzo (1982, Grand prix spécial du jury de Cannes). Vittorio et Paolo se rendent cinq ans plus tard aux Etats-Unis, où ils tournent Good morning babylon peinture satirique de Hollywood. Grands admirateurs du dramaturge et romancier sicilien Luigi Pirandello, ils adaptent plusieurs de ses récits dans Kaos, film surréaliste en deux volets en forme de réflexion sur les désordres et la cruauté de la vie, qui dénonce le fascisme et la mafia. 

Après un retour au documentaire avec Un autre monde est possible, tourné lors du G8 de Gênes (2001) avec le cinéaste Gillo Pontecorvo, qui dénonce les effets dévastateurs de la mondialisation, ils reviennent à la fiction avec Le Mas des alouettes (2007).

"Don, bonté, humilité, classe"

En 2012, avec César doit mourir, ils racontent l'univers carcéral autrement, à travers la préparation d'une pièce de Shakespeare dans la prison romaine de Rebibbia. Le film, récompensé par l'Ours d'or à Berlin, raconte comment des détenus se libèrent de leurs geôles grâce à l'art, mais prennent en même temps conscience de leur enfermement.

"Jamais on ne capitule. On dit qu'en vieillissant, on est plus généreux, plus tolérant. C'est faux. Nous avons toujours le même instinct de rébellion", disaient-ils à l'époque. Pour la première fois en un demi-siècle, Paolo réalisera seul son premier long métrage en 2017, Une Affaire personnelle, histoire d'amour sur fond de Résistance dans le Piémont de 1943.

A l'annonce de sa mort, Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes, a tenu à rendre hommage au réalisateur. "Don, bonté, humilité. Classe. L’homme à la casquette qui le distinguait de Paolo. Je peux dire avec Scola: nous nous sommes tant aimés. La nuit de San Lorenzo est leur chef d’œuvre", écrit-il.

F.M. avec AFP