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Michèle Laroque et Thierry Lhermitte: "On est stressés quand on doit faire rire"

Michèle Laroque et Thierry Lhermitte sur l'affiche de Joyeuses retraites

Michèle Laroque et Thierry Lhermitte sur l'affiche de Joyeuses retraites - SND

Les deux comédiens, qui se donnent pour la première fois la réplique dans Joyeuse retraite, racontent entre deux fous-rires, leur collaboration et la difficulté de faire une bonne comédie.

En trente ans, Michèle Laroque et Thierry Lhermitte ont tourné quatre films ensemble. Mais paradoxalement, la comédie Joyeuse retraite, en salles le 20 novembre, est la première fois où ils se donnent la réplique.

Le duo incarne un couple qui décide de vendre sa maison pour prendre sa retraite au Portugal. Leur projet capote rapidement, à cause de leurs grands enfants, très envahissants.

Les deux comédiens racontent à BFMTV leur rencontre, leur collaboration, mais aussi la difficulté de faire une bonne comédie et les dangers de se moquer, dans un film, de l’engagement de Michèle Laroque pour Les Restos du Cœur.

Joyeuse retraite est votre quatrième film ensemble, mais seulement le premier où vous vous donnez la réplique...

Thierry Lhermitte: Et le dernier!

Après, c’est la retraite?

TL: Oui, c’est ça. 
Michèle Laroque: Pour lui, en tout cas. (rires).

Ça fait quoi de pouvoir enfin travailler ensemble?

ML: J’attendais ça depuis trente ans. Ça a été un grand moment. 
TL: On était sur la même longueur d’onde, à dire des bêtises toute la journée.  ML: Ça nourrissait le tournage, l’histoire. Ce qui était très agréable avec Thierry, c’est qu’on essayait de se surprendre mutuellement.

Le film met en scène un tabou: des parents qui se moquent de leurs enfants...

ML: Ce qui est drôle, c’est quand la situation est un peu extrême.

C’est ce que vous cherchez en comédie?

ML: Non, on cherche ce qui est drôle.

Vous recevez beaucoup de propositions drôles?

ML: C’est dur de savoir, parce que quand on lit, chacun projette des trucs différents. Parfois, il y a des choses que tu vas trouver drôle sur le papier et après malheureusement tu es déçu au tournage, parce que ça ne se passe pas comme tu l’avais imaginé à la lecture.
TL: Parfois, il y a des gens qui font des descriptions super drôles, qui ont un point de vue ironique vraiment marrant à l’écriture et ça ne fonctionne pas forcément à l’écran. 

Et quand ça ne marche pas…?

ML: On pleure. Une comédie pas drôle, c’est dur. C’est dramatique. 
TL: C’est horrible. ML: Là, [avec Joyeuse Retraite], ce n’était pas trop risqué tellement il y avait des choses amusantes et inratables à l’écriture. Le casting est génial. On fait partie de la même famille d’humour.  TL: Les jeunes, je n’en connaissais aucun, mais ils sont tous formidables. C’était vraiment chouette.

Vous appartenez à la même famille d’humour et vous avez tous les deux joué dans des films qui égratignent la société, que ce soit avec le Splendid ou Gabriel Aghion. La comédie française actuelle perpétue-t-elle cette tradition? 

TL: Ça change avec le ton de l’époque. C’est tout. Il n’y a que ça qui change. Les inspirations sont toujours en rapport avec les sujets de société. 
ML: Oui. Je suis en train de penser à ce film que j’ai fait il y a longtemps, Ma vie en rose [d’Alain Berliner, sorti en 1999, NDLR], avec ce petit garçon qui disait être une fille. C’était sur la famille, les réactions des gens. Il n’a absolument pas vieilli. Il aurait pu être fait en ce moment. Maintenant, il y a des films qui ne pourraient plus être faits. Par exemple, Pédale douce, ça existe à un moment donné, où le sida arrive, où les gens se cachent quand ils sont homosexuels. Après, il y a tout ce qui peut se passer dans la société…

… et qui vous inspire en tant que réalisatrice et producteur?

TL: On peut être inspiré sincèrement, parce qu’il y a un sujet qui vous préoccupe, qui vous fait vibrer ou vous donne envie de dire des conneries. Mais la démarche marketing de se demander ce qui est dans l’air du temps et de faire un truc dessus…
ML: … ça ne marche jamais. TL: En tout cas pour les créateurs.  ML: Il faut être sincère. C’est là où c’est drôle.

C’est difficile à écrire, une bonne comédie? 

TL & ML: Ah oui! 
TL: C’est dur, parce qu’il y a ce "juge de paix du rire". Tout simplement. La dramaturgie d’une histoire, c’est un peu toujours la même: est-ce qu’on a envie de tourner les pages. Mais qu’est-ce qui va déclencher le rire au cinéma? Est-ce qu’on va croire au monde que le film raconte? C’est super dur. Plus dur que le drame. ML: Parfois, on est même plus stressés quand on a une scène où on doit faire rire.

Même vous?

ML: Bien sûr! Parce qu’on se surveille. On aime faire rire, mais d’une certaine façon. On essaie toujours de trouver d’autres choses pour qu’au montage le réalisateur puisse avoir des options pour provoquer un gros rire libérateur. 
TL: C’est le metteur en scène qui fait tout: le point de vue, le rythme…

Dans Joyeuse retraite, vous allez aux Restos du cœur, mais pour des raisons fallacieuses. Ça a dû être terrible à jouer pour vous, Michèle Laroque… 

ML: Thierry en est très fier. 
TL: J’ai beaucoup ri! ML: On connaît mon implication et maintenant tout est foutu à cause de cette scène. 

C’était votre idée, Thierry Lhermitte?

TL: Non…
ML: Oui! C’était son idée, il m’a forcée à le faire! (rires).

Comment ça se passe vis-à-vis des Restos et de Jean-Jacques Goldman?

ML: Le film n’est pas encore sorti donc pour l’instant ça se passe encore bien. 
TL: Mais quand ils vont le voir… ML: Goldman ne fait plus les Enfoirés, mais je pense que je vais avoir un coup de fil un peu difficile avec lui (rires). 
Jérôme Lachasse