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Les secrets de "Teddy", le premier film de loup-garou français

Une image de "Teddy", un film de loup-garou français

Une image de "Teddy", un film de loup-garou français - Les Jokers

Ce film primé à Gérardmer, qui mêle horreur et comédie, raconte l’histoire d’un marginal devenant un lycanthrope. Un hommage aux récits de Stephen King doublé d’une réflexion sur l’exclusion dans la France d’aujourd’hui.

Il porte le nom d’un ours en peluche et pourtant il est bien un loup-garou. Teddy, héros du film éponyme, en salle ce mercredi 30 juin, est le premier lycanthrope du paysage cinématographique français. Au centre du second film des frères Ludovic et Zoran Boukherma, ce personnage atypique est incarné par un des acteurs français les plus prometteurs des dix dernières années: Anthony Bajon, 27 ans, déjà nommé deux fois aux César pour La Prière et Au nom de la terre.

Récompensé à deux reprises au festival de Gérardmer en janvier dernier (Prix du Jury et Prix du Jury Jeunes), Teddy est un conte envoûtant autour de la figure du loup-garou, et un récit sur la différence et les affres de l'adolescence. Teddy, jeune sans diplôme qui vit dans un village des Pyrénées avec son oncle adoptif, est griffé un soir de pleine lune par une bête inconnue qui éveille en lui des pulsions animales insoupçonnées…

"Se déguiser en Teddy pour Halloween"

Anthony Bajon était l’acteur idéal pour transmettre à l’écran l’animalité naissante du loup-garou: "Il a à l’écran tout ce qu’on aime chez les acteurs non-professionnels: un espèce de naturel, et aussi un visage qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma", salue Ludovic Boukherma. "Il apporte au personnage une douceur qu’il n’a pas. Sur le papier, Teddy était assez rude. Il peut faire très juvénile dans une scène, puis hyper agressif dans une autre. On se demandait comment le spectateur allait l’aimer."

Avec sa dégaine improbable - t-shirt dragon, sourcils bicolores et Dr. Martens -, le personnage a d’ailleurs tout pour devenir culte. "On voulait ce t-shirt, qui est hyper marqué. On en a fait un gag, pour accentuer son côté Bart Simpson", commente Zoran Boukherma. Les sourcils bicolores ne symbolisent pourtant pas l’ambivalence du personnage:

"On avait envie de lui créer une particularité physique pour en faire un vrai personnage de cinéma. Ce qui serait marrant, c’est que les gens après avoir vu le film aient envie de se déguiser en Teddy pour Halloween."

Teddy est un marginal. Le thème du loup-garou est surtout pour les deux cinéastes un prétexte pour parler d'exclusion en France: "La raison pour laquelle on a eu envie de faire Teddy, c’est qu’on s’est rendu compte en revoyant des films de loup-garou des années 80 comme Le Loup-garou de Londres (1981), Hurlements (1981) et Teen Wolf (1985) que ça racontait souvent le passage à l’âge adulte. On s’est dit qu’en faire un aujourd’hui aurait une résonance différente avec les attentats et les tueries de masse dans les lycées."

"Mieux imaginer la douleur..."

Teddy s’empare des codes du genre horrifique, et rend un hommage à Carrie de Stephen King. "Notre mère ne nous lisait pas des contes de fées avant de dormir, mais les nouvelles de Stephen King, ou nous parlaient des films qu’on n’avait pas le droit de voir", dit Ludovic Boukherma. Ils ont appris ainsi qu’il fallait ménager ses effets:

"Artistiquement, on préfère ne pas trop montrer. On s’est demandé dès le début de l’écriture s’il fallait montrer pleine bille le loup-garou. On a préféré retarder le plus possible son apparition. Le constat qu’on fait, c’est qu’en tant que spectateur on est plus tenu en haleine par ce qu’on ne voit pas et par ce qu’on anticipe. C’est aussi une manière de s’assurer que le film ne perd pas en crédibilité."

Malgré un budget réduit - "autour d’un million" -, les frères Boukherma créent des images marquantes, qui ponctuent la transformation de Teddy en loup-garou. Un poil apparaît sur son œil, un autre pousse sur sa langue… "Il y a eu des versions du scénario où il y avait des symptômes qui étaient plus spectaculaires, mais on a préféré s’amuser avec ce qui faisait mal aux gens en général, pour qu’ils puissent mieux imaginer la douleur...", s’amuse Zoran Boukherma.

Surprendre

Teddy, malgré tout, ne fait pas peur. Le film commence comme une comédie, avant de basculer dans l’horreur. Les frères Boukherma ont privilégié des courtes focales pour tordre l’image, et donc la réalité, avant d’utiliser des focales plus longues, pour les scènes plus angoissantes de la fin: 

"Ça a été une vraie question au tournage, de trouver comment marier la comédie, le drame et l’horreur", explique Ludovic Boukherma. "La comédie peut annuler la croyance qu’on a dans le loup-garou. On ne voulait pas que ce soit parodique. Au tournage, on s’est toujours laissé l’option d’avoir une prise plus sérieuse et une autre plus comique d’une même scène, pour pouvoir doser au montage. Ce qui s’est dessiné, c’est que la comédie devait s’effacer progressivement pour laisser la place au drame."

"Ce qu’on aime bien, c’est l’idée de surprendre", poursuit Zoran. "Quand les gens commencent le film, ils ont l’impression que ça va être une comédie rurale, décalée, un peu à la Bruno Dumont (P’tit Quinquin), et plus ça avance, plus on évacue la comédie pour proposer quelque chose de premier degré." Ils vont continuer à pratiquer le mélange des genres dans leur prochain film: L’Année du Requin, en tournage depuis quelques jours à Arcachon, sera le premier film de requin français.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV