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Le célèbre cascadeur Rémy Julienne est mort des suites du Covid-19

Le cascadeur Rémy Julienne en 2017 au Festival de Cannes.

Le cascadeur Rémy Julienne en 2017 au Festival de Cannes. - Loïc Venance - AFP

Rémy Julienne, le plus célèbre cascadeur du cinéma français, vient de mourir des suites du Covid-19. Il avait 90 ans.

Son nom est associé aux plus impressionnantes cascades du cinéma français, de La Grande vadrouille à Taxi, en passant par Peur sur la ville ou le Da Vinci Code. Le cascadeur Rémy Julienne vient de succomber au Covid-19. Il avait 90 ans. Il avait été hospitalisé à Montargis il y a une quinzaine de jours et placé en réanimation, selon les informations du député LR du Loiret Jean-Pierre Door.

"Ce qui devait arriver est arrivé, il nous a quittés en fin de soirée (jeudi). C'était prévisible, il était sous respirateur artificiel", a raconté un proche à l'AFP.

Né en 1930 à Cepoy, dans le Loiret, Rémy Julienne, avait commencé sa carrière en 1964, sur le tournage de Fantômas. "J'étais champion de France de moto et il fallait quelqu'un de très précis" pour piloter une moto et doubler Jean Marais. "C'est tombé sur moi", confiait-il à l'AFP en 2017. Il ne quittera plus le cinéma. L'ex-enfant casse-cou et timide va devenir l'"Einstein de la cascade", selon l'expression de Claude Lelouch.

Du Gendarme à James Bond

Devenu cascadeur "par hasard", Rémy Julienne va travailler sur plus de 1.400 productions, dont 400 films, orchestrant les cascades pour des productions françaises - il officiera ainsi sur la série des Gendarmes avec Louis de Funès -, mais aussi pour des films internationaux. Il a ainsi réglé les cascades de six James Bond, dont trois avec Roger Moore, Rien que pour vos yeux, Octopussy, Dangereusement vôtre - la fameuse scène de course poursuite, où la Renault 11 que conduit 007 est décapitée, puis coupée en deux! - puis, Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer, et GoldenEye.

Parmi les nombreux acteurs acteurs qu'il double ou conseille, il trouve en Jean-Paul Belmondo un alter ego, sans peur et toujours partant. "Il ne faisait que les cascades les plus difficiles et dangereuses", expliquait ainsi Rémy Julienne au Figaro, en 2019.

Ensemble, ils tourneront 14 films, parmi lesquels Ho! de Robert Enrico, Le Cerveau, et L'As des as, de Gérard Oury, Le Marginal, de Jacques Deray, Les Morfalous, d'Henri Verneuil ou encore Le Guignolo et Flic ou voyou, de Georges Lautner, "un monsieur formidable" qui devient un véritable ami. "Quand il faisait une cascade, j'avais une peur épouvantable", livrait le réalisateur dans un documentaire de Vincent Perrot sur la carrière de Rémy Julienne.

"C'était au millimètre"

Le mélange de professionnalisme et de rigueur extrême qui est la marque de fabrique de Rémy Julienne, lui vaut en effet l'estime et la confiance totale des acteurs avec qui il travaille. "Si Rémy me disait: 'Quand tu es à 180 km à l'heure, tu te jettes avec la voiture, de face, sur le mur', je ne lui demanderais aucune explication. (...) Je le ferais en toute confiance. Et j'aurais raison de le faire, il ne m'arriverait rien de mal", écrivait Jean-Louis Trintignant dans la préface du livre de Rémy Julienne, Silence... On casse!, en 1978.

"Rémy nous a tout enseigné à Jean-Paul et à moi, il nous a tout appris, avec son équipe racontait de son côté Alain Delon, dans le documentaire de Vincent Perrot. "C'était au millimètre et il n'y avait jamais aucun problème", ajoutait l'acteur, qui a côtoyé Rémy Julienne sur le tournage de Deux hommes dans la ville, en 1973 du Gitan, en 1975, deux films de José Giovanni, ou encore de Pour la peau d'un flic et Le Battant, réalisés par l'acteur,

"Le principal travail pour moi, c'est d'identifier les risques", confiait le cascadeur à Vincent Perrot, concédant tout de même qu'"il n'y a rien sans risque. Ce qui fait la beauté du métier, c'est précisément qu'on ne peut jamais prévoir 100%. Si c'était prévu à 100%, ça ne m'intéresserait pas".

"Je me suis vu mourir"

Spécialiste des cascades mécaniques, en camion, voiture, bateau ou avion, il restait fidèles à son premier amour pour la moto. "La cascade la plus dangereuse, c'est quand même la cascade à moto, où il n'y a pas de protection", disait-il.

C'est pourtant au volant d'une voiture et dans une cascade "simple", qu'il manque y rester. Sur le tournage de Rabbi Jacob, lorsqu'il tourne la célèbre scène où la DS se retourne avec son bateau sur le toit, il reste coincé sous l'eau.

"Je me suis vu mourir, même si j'avais une équipe sous l'eau. Mais, à cause de la vase, les plongeurs ne retrouvaient plus le véhicule. Heureusement, l'un d'eux a fini par me repêcher à temps!", avait-il expliqué à Ouest France en 2016.
Louis de Funès dans "Les Aventures de Rabbi Jacob"
Louis de Funès dans "Les Aventures de Rabbi Jacob" © Studio Canal

"J’aurais pu y laisser ma peau", admettait-il dans les colonnes de France Dimanche, en 2015, alors qu'il évoquait sa carrière. Mon métier était de calculer les risques. Mais, quand je revois certaines scènes, je me trouve cinglé et je me fous des trouilles rétrospectives !".

Les fils de Rémy Julienne, Michel et Dominique, sont tous deux devenus cascadeurs. Michel Julienne, aujourd'hui coordinateur de cascades, a ainsi démarré sa carrière au côté de son père, sur les films de Belmondo et les James Bond, puis les Taxi, Taken, et Transporteur. La cascade est puissante dans leur famille, et David Julienne, fils de mIchel et petit-fils de Rémy, est lui aussi cascadeur.

Magali Rangin
https://twitter.com/Radegonde Magali Rangin Cheffe de service culture et people BFMTV