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Ken Loach Palme d'or à Cannes: un choix conventionnel sous le feu des critiques

Le jury du 69e Festival de Cannes s'est attiré les critiques en sacrant pour la deuxième fois dimanche un habitué de la Croisette, Ken Loach, au détriment de films plus audacieux et de la favorite Maren Ade, nouvelle venue.

La Palme d'or de Moi, Daniel Blake de Ken Loach, attribuée par le jury présidé par l'Australien George Miller, a créé la surprise. Son film, qui raconte le parcours kafkaïen d'un chômeur pour toucher ses allocations, n'a pas été jugé très novateur.

"Le film de Ken Loach est un bon film. Mais si la raison d'être du festival est de distinguer des écritures originales, ce n'est pas la bonne réponse", a déclaré le critique et historien du cinéma Jean-Michel Frodon.

Libération est plus féroce: "Le très manichéen Moi, Daniel Blake, est un pur film de gauche pour spectateurs de droite" et "participe de cette abdication de toute ambition esthétique ou complexité humaine".

C'est la deuxième Palme d'or pour Ken Loach, 80 ans en juin, après celle reçue en 2006 pour Le Vent se lève, et sa septième récompense à Cannes. "On pouvait saluer le travail de Ken Loach sans lui donner une deuxième Palme", résume Jean-Michel Frodon.

Audace exceptionnelle

Si la sélection des 21 films en compétition a été jugée meilleure que l'an dernier ("un grand cru" selon Le Monde), son audace ne s'est pas retrouvée dans le palmarès, selon l'avis de la plupart des critiques.

Ils regrettent l'absence de plusieurs films, dont Toni Erdmann de l'Allemande Maren Ade, qui a créé l'événement, Elle du Néerlandais Paul Verhoeven, thriller transgressif très maîtrisé, Paterson, film poème de Jim Jarmusch ou Ma Loute, fantaisie tragi-comique du Français Bruno Dumont.

"A quoi bon proposer des films aussi novateurs que Ma Loute ou Toni Erdmann et récompenser le film de plus sage ?", s'interroge Philippe Rouyer, critique au magazine de cinéma Positif.

"Le palmarès est un mélange de films, dont les plus intéressants et les plus réussis ont été oubliés", regrette également Peter Bradshaw, critique du quotidien anglais The Guardian.

"En snobant Toni Erdmann, Aquarius (du Brésilien Kleber Mendonça Filho), Ma Loute, Loving (de l'Américain Jeff Nichols), le palmarès ne reflète guère l'audace exceptionnelle des films de la compétition. C'est un théorème Cannois: les mauvaises sélections font les bons palmarès et inversement. Cette année n'a pas fait exception", estime Le Monde.

Des prix d'interprétation inattendus

Les prix d'interprétation, remis à la Philippine Jaclyn Jose pour Ma' Rosa, de son compatriote Brillante Mendoza, et à l'Iranien Shahab Hosseini pour Le Client d'Asghar Farhadi, ont déjoué les pronostics.

Le jury a dû justifier le choix de Jaclyn Jose, la presse ayant porté aux nues les prestations de l'Allemande Sandra Hüller dans Toni Erdmann, de la Brésilienne Sonia Braga dans Aquarius ou de la Française Isabelle Huppert dans Elle, dans un festival riche en portraits de femmes.

Chez les hommes, absence également des grands favoris, l'Autrichien Peter Simonischek dans Toni Erdmann, l'Américain Adam Driver dans Paterson ou le Britannique Dave Johns dans Moi, Daniel Blake. Pour ce dernier, un prix d'interprétation ne pouvait pas être cumulé avec la Palme d'or, selon le règlement.

Le prix d'interprétation masculine à Shahab Hosseini, acteur fétiche d'Asghar Farhadi avec qui il avait joué dans Une Séparation, s'est additionné au prix du scénario pour Le Client. "La double récompense attribuée au film iranien est très exagérée", considère Jean-Michel Frodon.

N.B. avec AFP