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INFOGRAPHIES. Un été meurtrier pour les salles de cinéma françaises

Margot Robbie dans "Suicide Squad" de James Gunn.

Margot Robbie dans "Suicide Squad" de James Gunn. - Capture d'écran Warner Bros.

Le succès de certaines grosses productions comme Kaamelott, OSS 117 ou Bac Nord peine à cacher un box-office décevant. En cause le pass sanitaire, mais aussi le piratage.

Malgré des chiffres encourageants, le nombre d'entrées dans les salles françaises n'a pas retrouvé son niveau d'avant le pass sanitaire. Depuis le 21 juillet, la réussite de certaines machines (Kaamelott, OSS 117, Bac Nord, La Pat' Patrouille) peine à cacher un box-office estival décevant et, du point de vue des distributeurs et des exploitants, catastrophique.

En dépit de son statut de sauveur du cinéma français, Kaamelott - Premier Volet d'Alexandre Astier n'a séduit "que" 2,4 millions de spectateurs. Ce score - le plus important pour un film depuis le début de la pandémie - reste en deçà de ce qu'il aurait pu être sans pass sanitaire ou même une année "normale".

"Ceux qui pensent que Kaamelott et OSS 117 s’en sortent bien se trompent largement", avait ainsi indiqué le mois dernier sur Twitter Jean Labadie, patron de la société de distribution Le Pacte. "Kaamelott fait bien moins que Fast and Furious alors qu’il devrait faire autant si ce n’est plus comme l’ont prouvé ses extraordinaires chiffres d’avant-premières."

"Ça devient très dur de se motiver"

Tous les distributeurs le disent: l'été a été terrible pour tous, sans exception. Le mercredi 25 août, traditionnellement une des semaines les plus calmes de l'année au box-office, a battu un record: avec seulement 2.005 entrées à 14 heures à Paris, ce mercredi a été le pire de l'été. Sortaient ce jour-là France, satire des médias avec Léa Seydoux, en tête des nouveautés, puis Reminiscence, thriller avec Hugh Jackman et le film d'horreur Don't Breathe 2.

"Contente pour mes collègues ARP [société qui distribue "France", NDLR]⁩ qui limitent les dégâts. Désespérée pour tous les autres. Ça devient très dur de se motiver à continuer face au silence assourdissant de nos instances…", a écrit sur Twitter Amel Lacombe, patronne de la société de distribution EuroZoom.

L'été a été particulièrement désastreux pour les potentiels blockbusters destinés à un public familial ou adolescent. Tous se sont écroulés: ni Jungle Cruise (525.741 entrées), ni The Suicide Squad (438.193), ni Space Jam 2 (378.617) ni American Nightmare 5: Sans limites (178.729) n'ont rencontré leur public.

Le pass sanitaire n'est pas l'unique explication de cet effondrement des entrées. Après une année et demie difficile, marquée par des confinements successifs et une actualité anxyogène, l'envie de partir en vacances et de profiter du grand air l'a sans doute emporté.

Danger du piratage

Autre argument de taille: l'accès de ces films sur tous les sites de piratage. Jungle Cruise comme The Suicide Squad, Space Jam 2 et American Nightmare étaient disponibles aux Etats-Unis en "day and date", c'est-à-dire à la fois dans les salles obscures et en streaming. En France, où ils sortaient uniquement en salle, ces films ont été victimes du téléchargement illégal. Ils figurent tous dans le top 10 des films les plus piratés sur le site TorrentFreak.

Seul Fast & Furious 9 et Les Croods 2 ont échappé à ce destin et dépassent le million d'entrées au box-office (Fast approche même des 2 millions). On note également la bonne moyenne de films d'art et d'essai comme le thriller iranien La Loi de Téhéran, qui a séduit plus de 111.000 spectateurs, ou le drame japonais Drive My Car (prix du scénario à Cannes 2021), qui a attiré plus de 50.000 amateurs. La ressortie de In The Mood For Love de Wong Kar-wai a été acclamée par plus de 30.000 spectateurs.

Ces chiffres restent toutefois exceptionnels. Pour les autres films indépendants, qui n'ont pas bénéficié de l'exposition de Cannes ou d'une large couverture presse, la situation est dramatique: "La norme aujourd'hui pour le cinéma indépendant, c'est l'échec", a résumé le distributeur Wild Bunch dans les pages de Télérama.

Jérôme Lachasse et Louis Tanca