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Élie Semoun réalise "Ducobu 3": "Il n’y a que les monstres qui m’intéressent"

L’humoriste passe à la réalisation et signe le troisième volet de la série de films Ducobu, d’après la BD à succès. Il raconte cette première expérience et revient sur quelques rôles de sa prolifique et étonnante carrière.

Après avoir fait mourir de rire des salles entières, écrit un livre sur le jardinage et enregistré des disques de bossa nova, Élie Semoun s’attaque au plus grand défi de sa carrière: la réalisation.

L’humoriste de 56 ans a signé Ducobu 3, nouvelle adaptation de la célèbre BD de Zidrou et Godi qui sort en salles ce mercredi 5 février. Celui qui cartonne également avec son spectacle Elie Semoun et ses monstres en campe trois dans Ducobu 3. Outre l’hystérique professeur Latouche, il incarne la mère de ce dernier et le vicieux Gérard Gérardini, professeur de musique aux allures de vampire.

A l’occasion de la sortie de Ducobu 3, Élie Semoun raconte sa première expérience de réalisation et revient sur quelques rôles clefs de son étonnante carrière et sa collaboration avec Dieudonné.

Après avoir joué dans les deux premiers Ducobu, vous réalisez le troisième volet, un film très burlesque. 

C’est mon univers. Quand je faisais les petites annonces, il y avait tout le temps des chutes, des gens qui disparaissaient de l’écran, qui cassaient des trucs, etc. J’adore ça. Je suis mort de rire quand un personnage se casse la gueule ou qu’il entraîne avec lui des gens en tombant. J’adapte une BD donc les couleurs sont pétantes. J’avais envie que les spectateurs en prennent plein les yeux, que la lumière soit belle, que les décors soient beaux, qu’il se passe des choses à chaque seconde.

Beaucoup de ces gags ont lieu en arrière-plan.

Exactement. Je ne voulais pas que les acteurs réagissent aux gags. Dans une scène, une bibliothèque tombe derrière François Levantal, qui joue le directeur de l’école. Sur le tournage, il a fait une fin de scène où il saute en l’air, il fait le con, il téléphone aux pompiers. Je l’ai engueulé. Je lui ai dit: 'mais non François! Je ne veux pas que tu réagisses! Ça se casse la gueule et tu fais comme si c’était normal'. C’est ça qui me fait rire.

Vous êtes un lecteur de BD? 

Pas du tout. Je n’aime pas du tout la BD. Enfin, il ne faut pas exagérer: je lisais les grands classiques, Tintin, Astérix. J’étais abonné à Pif Gadget. Mais ça ne fait pas partie de ma culture. Je préfère les romans. Ducobu, je ne connaissais pas. J’ai appris à le connaître en faisant les deux premiers films.

Vous aimez jouer les personnages ridicules avec des exagérations physiques. Pourquoi?

J’aime bien les personnages boiteux, les gens qui ont quelque chose d’original. Je n’aime pas les gens lisses. Je n’aime pas l’humour formaté. J’aime bien quand il se passe un truc. Latouche, il est lâche, colérique, autoritaire, il n’a pas de couilles. Il est complètement castré par sa mère. C’est intéressant, un personnage qui n’a pas d’histoire à raconter. 

Comment faire de l’humour non formaté dans la suite d’un film à succès destinée aux enfants?

On prend la structure qui nous a été imposée et à l’intérieur on fait ce que l’on veut. J’ai fait ce que j’ai voulu. Je n’ai pas eu de censure particulière. J’ai enlevé une petite réplique dite par Norman. Ce n’était pas politiquement correct. Il était dans sa voiture. Mademoiselle Gratin entre. Il la regarde et il fait à son fils: 'bon choix' ou un truc comme ça. Il parle d’elle comme si c’était une femme alors que c’est une fille. Ça ne se fait pas. J’ai enlevé ça. Mais je ne pense pas que ça aurait changé la France entière. 

Vous jouez trois rôles et vous ne vous arrangez pas. C’est du masochisme?

L’espèce de pourri, Gérard Gérardini, je l’adore. Je trouve que c’est un super personnage. C’est sûr, mes personnages ne sont pas beaux. Ils font peur. C’est vraiment une galerie de monstres. Ça fait écho à mon spectacle, Elie Semoun et ses monstres. Il n’y a que les monstres qui m’intéressent. Avec Ducobu, j’ai voulu faire un film de divertissement, familial, où éventuellement je peux d’une manière un peu vicieuse mettre des choses de mon univers...

Vous êtes un peu le spécialiste des personnages étranges au cinéma. Dans les années 1999, il y a celui des Trois Frères, avec sa queue de cheval. Quels souvenirs en avez-vous?

Un souvenir de rigolade. On n'a eu que des fous rires. Je me rappelle d’un fou rire qui a duré deux heures. On était à table et on devait ricaner comme des hyènes avec Bernard Farcy. J’en ai fait un peu trop et on a piqué une crise de fou rire. On ne pouvait plus s’arrêter. C’était terrible.

Ça vous arrive souvent? 

Oui… Je me souviens d’un téléfilm avec Gérard Lanvin. Je pense que le réalisateur doit me haïr encore maintenant. Je n’arrivais pas à jouer avec Lanvin tellement je me marrais et il a fallu mettre un autre acteur à sa place, parce que je n’y arrivais pas. C’était impossible. 

Après Les Trois frères, vous avez fait avec Dieudonné Le Clone. Un film beaucoup moins culte et assez incompréhensible…

Je n’ai rien compris non plus. Le scénario était un peu alambiqué, mais l’idée bonne. Dieudonné a surtout foutu une merde noire sur le tournage - je dis ça sans jeu de mots. Il ne voulait plus parler au réalisateur. Il avait fait un hold-up sur son cachet. 

Il était mieux payé que vous? 

Ouais! Il était mieux payé que moi. C’était horrible. C’était une sale ambiance sur ce tournage. C’est dommage. C’est vraiment du gâchis.

Après vous avez fait un duo encore plus bizarre…

Smaïn!

Presque: Burt Reynolds dans Stringer (1999).

Ah ouais! Ça, c’était génial. 

Nanarland en a parlé récemment. 

C’est quoi, Nanarland?

Le site des mauvais films sympathiques.

C’est génial. Oui, c’était un mauvais film sympathique. Mais je m’en fous, ça m’a permis de vivre trois mois à New York et de fréquenter Burt Reynolds. C’était dingue. Il racontait plein d’histoires sur Frank Sinatra, Elvis Presley… Je vivais un rêve. Je m'en foutais de la qualité du film.

Comment vous êtes-vous retrouvé sur ce film? 

Par un casting. C’est un réalisateur franco-allemand. J’ai vu depuis son nom au générique d’un téléfilm, donc je pense qu’il continue à travailler.

Dans les années 2000, on vous a vu aussi chez Onteniente, dans People

Onteniente, il est un peu spécial. Il est très, très autoritaire. Il est très versatile. Il change d’humeur comme ça, en deux secondes. Mais c’était plutôt rigolo. Il a toujours été client de ce que je fais. C’était sympathique, mais ça fait partie de ces films où tu viens faire trois-quatre jours de tournage. J’ai eu un bon souvenir. C’était rigolo, mais ce n’était pas un souvenir impérissable.

Puis vous avez joué dans Cyprien. Une scène du film, le concours de vannes de geeks, est devenue culte. Récemment elle a été partagée des centaines de fois sur Twitter!

Je ne savais pas! C’est un sujet qui était assez moderne à l’époque. Les geeks, on n'en parlait pas trop. Je crois que les auteurs, Romain Levy et Lance Delgado, étaient très branchés à l’époque, ils sont toujours très cinéphiles. Aux Etats-Unis, il y a des concours comme ça, où les gars se balancent des sales vannes. Ils avaient dû s’inspirer de ça à l’époque.

Vous êtes ouvert aux jeunes générations. Vous étiez récemment dans Les Déguns. 

C’était un passage. C’est un humour particulier. Je les ai trouvés très sympas. Je suis ouvert à toutes les aventures. Dès qu’il y a un danger, dès que c’est risqué, je fonce. J’y vais, parce que j’aime bien me mettre des challenges. Réaliser un film aussi énorme que Ducobu, c’était un challenge. C’est courageux de la part d’UGC de m’avoir confié ce gros bébé. J’y ai placé des choses très personnelles et en même temps j’ai essayé de faire le film le plus populaire possible. 

Des idées pour la suite? 

Pour l’instant, non. Aucun projet. Aucune idée. Sincèrement. Je suis tellement curieux de ce qui va se passer le 5 février. Ça va décider de mon avenir de réalisateur. 
Jérôme Lachasse