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"D’où l’on vient", la comédie musicale du créateur de "Hamilton" qui donne la pêche

Melissa Barrera et Anthony Ramos dans "D'où l'on vient"

Melissa Barrera et Anthony Ramos dans "D'où l'on vient" - Copyright 2019 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved. Macall Polay

Adaptation d’un grand succès de Broadway signé Lin-Manuel Miranda (Hamilton), "D’où l’on vient" est un spectacle grisant et le meilleur film à voir en ce moment pour se remonter le moral.

Au cinéma à partir de ce mercredi 23 juin, la comédie musicale D’où l’on vient est sans doute le film le plus solaire et le plus grisant du moment. Ce feel good movie, qui permet aux spectateurs français de découvrir In the Heights, un classique de Broadway signé Lin-Manuel Miranda (Hamilton), raconte quelques jours dans la vie d'un quartier de New York, Washington Heights, à dominante hispanique.

Ce récit musical aux mélodies entêtantes entre hip hop et salsa met en scène deux couples, Vanessa (Melissa Barrera) et Usnavi (Anthony Ramos), et Nina (Leslie Grace) et Benny (Corey Hawkins). "C’est l’histoire d’une communauté qui rêve. Chaque personnage aspire à une vie meilleure, et exprime en musique ses frustrations avec la société", précise le réalisateur Jon M. Chu, connu pour ses comédies enjouées (la série des Sexy Dance, Crazy Rich Asians). "C’est une histoire pour montrer que la musique et la danse sont des armes très puissantes."

La révolution à Broadway

Avant de créer en 2015 le phénomène de société Hamilton, qui raconte la révolution américaine avec des artistes reflétant la diversité du pays, Lin-Manuel Miranda a bousculé Broadway dès le mitan des années 2000 avec In the Heights, en mettant en avant des personnages et un casting entièrement latino, et en apportant le hip hop dans ce vénérable endroit.

"Je m’y suis rendu sans savoir qui était ce type, Lin-Manuel Miranda. Et comme chaque personne qui découvre pour la première fois son travail, j'étais bouche bée", se souvient Jon M. Chu. "Je ne viens pas de Washington Heights, je ne suis pas latino, mais In the Heights m’a touché, parce que ça décrit ma propre famille, le fait de grandir dans une famille d’immigrés. Je sais ce que c’est que de grandir avec le poids des sacrifices de sa famille pour accéder à ses rêves. Je me suis beaucoup retrouvé dans la pièce."

"Lin a changé Broadway à jamais", acquiesce Christopher Scott, chorégraphe de D’où l’on vient. "La manière dont Lin utilise le hip-hop rend ce film unique. Plusieurs personnes ont déjà tenté d’injecter du hip-hop dans les comédies musicales, mais personne ne l’a fait aussi bien que Lin." Lin-Manuel Miranda est pour lui un "génie humble", qui excelle à la fois dans l’art de raconter des histoires, d’écrire des paroles, de jouer et même de réaliser (son premier film, Tick, Tick... Boom!, sera diffusé sur Netflix dans les prochains mois).

D’impressionnants numéros musicaux

L’histoire de D’où l’on vient, située dans le quartier où Lin-Manuel Miranda a grandi, et vit encore, possède pour lui une dimension très personnelle: "Quand on tournait, Il nous faisait visiter le quartier. Il nous montrait les endroits où il avait séduit son épouse", explique Christopher Scott. "Il nous donnait beaucoup d’informations sur sa pièce et ses intentions, mais aussi beaucoup de liberté pour que nous puissions l’adapter comme nous l'entendions."

Tout a été tourné sur les lieux même de l’action. "C’est le meilleur choix qu’on ait fait", indique Jon M. Chu. "Ce n’était pas évident de bloquer des rues, mais cette ville a influencé chaque partie de cette histoire. Dans la danse, ce ne sont pas uniquement les mouvements du corps qui racontent l’histoire, mais aussi l’espace, le lieu." Avec son chorégraphe, il a ainsi imaginé des numéros musicaux très impressionnants, qui méritent d’être vus sur le plus grand écran possible. Celui tourné avec plus de 500 figurants dans la gigantesque piscine de Highbridge Park est le clou du film:

"C’était le plus grand défi du film", confirme Christopher Scott. "Nous n’avions pas de piscine pour répéter. La piscine de Highbridge Park, qui date des années 1930, est si gigantesque qu’on a failli abandonner la scène, car on pensait qu’on ne trouverait jamais assez de figurants pour la remplir!"

Une autre, plus féerique encore, montre un des deux couples phares du film, Nina et Benny, en train de danser sur le mur d’un immeuble. "Le soleil se couche, c’est le moment où la magie intervient", commente le chorégraphe. "On s'est autorisé à basculer dans le rêve, parce que l’amour de Nina et Benny brise toutes les frontières. Vanessa et Usnavi, de leur côté, se contentent de danser dans un appartement, parce que leur amour n’a pas encore atteint ce niveau. Il est encore très ancré dans la réalité."

Des styles inédits pour Broadway

Pour Jon M. Chu, D’où l’on vient marque une étape importante dans sa carrière. "Je crois que je me suis préparé toute ma vie pour tourner un tel film. Chaque étape de ma carrière, de la captation d’un concert de Justin Bieber [Never Say Never] à un film de braquages [Insaisissables 2] en passant par Sexy Dance, a été décisive pour réussir à réaliser D’où l’on vient."

"C’est comme si on s’était entraînés pendant dix ans pour faire ce film", ajoute Christopher Scott. "D’où l’on vient était plus important que nous. Ce n’était même plus un travail à ce niveau-là: c'était une quête pour changer à jamais la manière dont les comédies musicales sont réalisées au cinéma."

"On évolue dans un monde où la musique est accessible partout et à n’importe quel moment, sur Google, sur YouTube, dans les publicités. La musique et la manière de la consommer ont été bouleversées par ce langage multimédia", analyse encore Jon M. Chu. "C’est ce qu’on retrouve dans les mélodies de Lin, qui offrent bien plus qu’un simple air. Je voulais que le film reflète cela, mais aussi la réalité de Washington Heights, dont je connais beaucoup de danseurs. Je voulais donner de la force à cette communauté en montrant ce que cela signifie lorsqu’elle s’exprime d’une manière inédite. La comédie musicale était le média parfait pour raconter cela."

Le duo a donc choisi d'intégrer des styles de danse typiquement new-yorkais jamais employés à Broadway, détaille Christopher Scott: "Le Litefeet est un type de danse né dans les rues de Harlem à New York. C’est une danse magnifique, mais on ne la voit jamais dans les comédies musicales. On a pu utiliser aussi du Flexing, un style originaire de Brooklyn. C’est très beau, si on le met en avant de la bonne manière. On a fait appel à un des créateurs de cette danse, Reggie. Il a travaillé avec nous sur le film. On avait aussi avec nous Mr. Youtube, un des pionniers du Lifefeet. S’emparer de ces nouvelles formes de danse, avec leur créateur, c’était très gratifiant."

"Il était important pour nous de ne pas réduire cette communauté à un style, à une manière de s’exprimer", complète Jon M. Chu. "Chris Scott m’a conduit dans les clubs où ses danseurs se trouvent. Ils dansent parce qu’ils ont besoin de s’exprimer. Ils n’ont pas été formés dans des écoles d’art dramatique. Ils n’en n’avaient pas les moyens. Ils l’ont fait parce que c’était nécessaire. Ça leur a offert une voie. Dès qu’ils se mettent à danser, tout le monde les suit. C’est fort."

Une star est née

L’énergie qui se dégage de D’où l’on vient ne serait pas la même sans Anthony Ramos, l’interprète d'Usnavi, le personnage principal de cette histoire. Star montante à Hollywood, il s’apprête à exploser grâce au succès du film. Ce comédien âgé de 30 ans, originaire de Brooklyn, avait postulé pour jouer dans les années 2000 dans In The Heights. Il avait été recalé, mais avait obtenu quelques années plus tard un double rôle important dans Hamilton, qui l’a fait connaître d’un large public aux Etats-Unis. On l’a depuis vu chez Spike Lee (la série Nola Darling n'en fait qu'à sa tête), dans A Star is Born de Bradley Cooper et dans la quatrième saison d’En analyse.

"Ce type est une star depuis ses débuts, mais personne ne lui avait donné l’occasion de briller", s’exclame Jon M. Chu. "Il a tant à donner: il peut être un héros de comédies romantiques, de comédies, de films d’action - il va être dans le prochain Transformers! - il peut danser, il peut chanter! C’est très clair: Anthony Ramos est le nouveau visage de Hollywood."

"Ce gamin est le meilleur", renchérit Christopher Scott. "C’est un bonheur de travailler avec lui. Je ne sais pas comment je vais pouvoir faire un autre film sans lui. Il est authentique. Je crois vraiment que ce gamin mérite un Oscar pour ce qu’il fait dans ce film. Il donne tellement à l’écran: il danse, il chante, il rappe et il joue... S’il n’obtient pas un Oscar pour ce qu’il fait dans ce film, je ne comprends pas."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV