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Ce qu'il faut savoir sur La Forme de l’eau de Guillermo Del Toro, le (déjà) grand favori des Oscars 2018

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- - Copyright 2017 Twentieth Century Fox

De passage à Paris en octobre dernier, le réalisateur mexicain avait dévoilé quelques secrets de son nouveau film qui vient de décrocher quatre Oscars, dont ceux du Meilleur réalisateur et Meilleur film.

A l'âge de 6 ans, Guillermo Del Toro, le célèbre réalisateur du Labyrinthe de Pan, de Hellboy et de Pacific Rim, est tombé amoureux de L'Étrange Créature du Lac Noir. Dans ce classique de 1954, un être amphibien préhistorique terrorise une expédition de scientifiques en Amazonie et enlève une femme jouée par l'actrice Julie Adams. 

"Je suis tombé amoureux d’elle, puis de la créature et enfin de l’idée d’une histoire d'amour entre eux. J’espérais qu’ils finissent ensemble, mais il meurt à la fin. Pour moi, c’était le film le plus injuste que je n’avais jamais vu. J’ai mis 46 ans pour y remédier", racontait le réalisateur mexicain à l'issue d'une projection de son nouveau film, La Forme de l'eau, en octobre dernier, cinq mois avant son triomphe aux Oscars ce dimanche 4 mars.

"C'est punk de dévoiler ses sentiments"

Présenté au festival de Venise, où il a reçu le Lion d'or, La Forme de l'eau raconte l'histoire d'amour, en 1962, entre la femme de ménage d'une base secrète de l'armée américaine et la créature amphibienne qui y est emprisonnée. Selon Del Toro, le titre a été inspiré par une phrase de Bruce Lee expliquant que l’eau est l’élément le plus puissant de l’univers, à la fois flexible et capable de percer la pierre et le métal. 

"L’Amour, pour moi, c’est exactement ça", explique Del Toro. "L’Amour n’a pas de forme, on ne peut pas contrôler avec qui on tombe amoureux. C’est une force qui peut tout combattre. Dans cette époque qui n’est que haine, peur et idéologie qui nous séparent, je voulais réaliser un conte de fées qui parle d’amour. Montrer ses émotions est mal vu aujourd’hui. C’est punk de dévoiler ses sentiments". 

Le tournage a été éprouvant, confesse Del Toro: "le budget est de 19 millions de dollars et j'ai tout fait pour que La Forme de l'eau ressemble à un film qui en a coûté 60 millions". La mise en scène rappelle celle des comédies musicales des années 1950 de Stanley Donen avec Gene Kelly. La caméra, très fluide, toujours en mouvement, s'appuie sur une partition du compositeur Alexandre Desplat, qui a eu pour tâche dit-il "de trouver des motifs qui aient la forme de l’eau".

affiche shape of water
affiche shape of water © Copyright 2017 Twentieth Century Fox

"Le film ne parle pas de 1962, mais de maintenant"

Pour Del Toro, La Forme de l'eau est "une histoire folle filmée d’une manière classique et élégante". Comme dans la plupart de ses films, la violence y est présente, parfois insoutenable. Un choix délibéré: 

"Ce n’est pas que j’aime la douleur, mais j’ai envie que les spectateurs la ressentent. Depuis les débuts du cinéma, la violence ne fait pas mal. Parfois, elle nous amuse même. S’il y a un acte de violence, je veux que le public le vive plutôt qu’il l’apprécie et le trouve cool. Quand Sergi Lopez se recoud la joue dans Le Labyrinthe de Pan, comme vous n’avez jamais vu cette blessure avant, vous devez travailler, vous devez imaginer ce que cela fait". 

Si La Forme de l'eau est une belle histoire d'amour, c'est avant tout une métaphore très sombre sur le monde contemporain. Pour Del Toro, "le film ne parle pas de 1962, mais de maintenant". Cette période où la société américaine était en plein essor, affirme le cinéaste, "était pleine de promesses seulement si vous étiez un homme blanc hétérosexuel. Pour le reste, c'était plus compliqué. C’est comme aujourd'hui", analyse-t-il, avant de s'en prendre directement à Donald Trump: "Lorsqu’une personne dit aujourd’hui qu’elle veut rendre l’Amérique sa grandeur, elle rêve. Cela ne s’est jamais produit". Un message qui reste toujours aussi d'actualité. 

Jérôme Lachasse