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A Alfortville, le nouveau studio d’enregistrement de musiques de films veut attirer les compositeurs

Enregistrement de Minuscule 2 à Alfortville

Enregistrement de Minuscule 2 à Alfortville - ONDIF@Christophe_Urbain

L'Ondif, installé en région parisienne, entend séduire les compositeurs français partis travailler à l’étranger.

Michel Legrand y a enregistré la bande originale des Demoiselles de Rochefort et Vladimir Cosma celle des Aventures de Rabbi Jacob. Entre 1965 et 2017, les studios Davout étaient le lieu prisé, en région parisienne, où les compositeurs venaient enregistrer leurs musiques de film. Un an et demi après la fermeture de ce lieu mythique, l’Orchestre national d’Île-de-France (Ondif) inaugure ce mercredi 17 octobre à Alfortville (Val-de-Marne) son studio. Avec ce nouveau lieu, l'Ondif ambitionne de devenir une référence en la matière et séduire les compositeurs français partis travailler à l’étranger.

L’Ondif noue depuis plusieurs années des relations avec le 7e Art. L’orchestre a déjà enregistré quelques bandes originales, a participé à des restaurations de vieux films et à des ciné-concerts. "C’est un orchestre qui est proche de son public, qui sait jouer la musique d’aujourd’hui et dans la musique d’aujourd’hui, nous estimons qu’il y a la musique de film”, explique Fabienne Voisin, directrice générale de l’Ondif. Selon elle, deux films ont déjà utilisé le studio flambant neuf d'Alfortville. L’un d’eux est Minuscule 2, dont la musique a été écrite par Mathieu Lamboley.

Inspiré par Ravel, Debussy, Stravinsky et John Williams, Mathieu Lamboley se dit "un peu curieux de voir comment va réagir la pièce en terme d’acoustique avec les 90 musiciens": "C’est un peu un exercice nouveau pour nous", précise-t-il. "On a l’habitude d’enregistrer à Londres et à Prague, qui ont des espaces assez grands. En France, on n’avait pas encore de lieux emblématiques. C’est une bonne expérience. Travailler avec cet orchestre d’assez bonne qualité va être une nouveauté."

Studio d'Alfortville
Studio d'Alfortville © ONDIF @Christophe_Urbain

Les équipements les plus perfectionnés

Le studio se compose de deux salles: une énorme salle de 335 mètres carrés qui contient 300 musiciens et une petite salle de 104 mètres carrés pour la musique de chambre, le chant, le jazz. La singularité du lieu est d’avoir deux salles où pouvoir enregistrer simultanément et d’avoir dans la cabine son, le Dolby Atmos, "un son complètement immersif, le son que les salles de cinéma auront demain”, s’enthousiasme Fabienne Voisin: "On offre à l’ingénieur du son la capacité d’entendre d’une façon extrêmement juste. La cabine son restitue exactement la clarté de l’acoustique."

Doté des équipements les plus perfectionnés, le studio est parrainé par Gabriel Yared, oscarisé pour Le Patient anglais. Inauguré un an et demi après la fermeture de Davout, il n’est pas le fruit du hasard mais d’une longue réflexion: "Cela ne s’est pas fait il y a un an. Disons que Davout est venu accentuer la nécessité d'avoir un studio", indique Fabienne Voisin.

"Nous avons constaté - avec Alexis Labat, administrateur de l’Ondif - que nous sommes sur un territoire, la région Île-de-France, où viennent se tourner 50% des productions cinématographiques françaises. On s’est demandé, il y a cinq ans, pourquoi il n’y avait pas 50% de la filmographie française qui n’enregistrait pas ses bandes sons en France. Nous avons mené une enquête pour comprendre pourquoi."

Minuscule 2
Minuscule 2 © ONDIF @Christophe_Urbain

Un budget de 1,2 million d’euros

Pendant cinq ans, ils ont rencontré des professionnels pour créer le studio d’enregistrement idéal. "Très vite, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas que l’orchestre qui comptait, mais qu’il y avait aussi l’environnement, la technologie. Grand nombre d’ingénieurs du son nous disaient qu’en Angleterre comme en Europe de l’Est il y avait une forte technologie, des studios extrêmement bien dotés." Elle ajoute:

"On avait une cabine son dans des conditions acoustiques extrêmement mauvaises. Tout le travail a été d’imaginer le studio idéal, la cabine son idéale. Certains ingénieurs du son nous ont rapporté des expériences qu’ils ont eues à l’étranger ou certains détails qui étaient importants, comme pouvoir monter très vite des micros, le genre de micros, de tablettes et de table de mixage qu’il fallait et l’acoustique de la cabine son. Nous avons passé un appel d’offre et demander à des acousticiens de nous dessiner tout cela."

"Le patrimoine symphonique à la portée de tous"

Un budget de 1,2 million d’euros a été alloué par le conseil régional pour la rénovation des deux salles de travail: 500.000 euros pour la cabine son et 700.000 pour la réfection acoustique des deux salles. "On a été immédiatement écouté par Valérie Pécresse, la présidente de la région, parce qu’elle veut faire de ce territoire, avec Agnès Evren, la vice-présidente de la région chargée de la Culture, la région du cinéma. Ce projet résonnait avec cette ambition de vouloir redonner aux professionnels la possibilité de tourner en Île-de-France", explique Fabienne Voisin, qui souhaite rendre "le patrimoine symphonique à la portée de tous."

Et ça marche déjà. Pour Minuscule 2, Mathieu Lamboley raconte qu’il ne pouvait pas "se permettre d’enregistrer dans les pays de l’Est" à cause de "la difficulté de la partition": "Quand on a des choses qui ne sont pas forcément trop compliquées, on peut enregistrer par exemple en Macédoine ou à Prague. Ce sont des orchestres qui jouent très bien, notamment pour les cordes, mais pour les vents, on peut être un peu déçu. Il y avait l’option d’enregistrer à Londres, donc à AIR studios. C'est l'option idéale, mais qui est budgétairement assez coûteuse", détaille le compositeur, qui précise qu’il ne sait pas "comment on s’en serait sorti financièrement si on n'avait pas eu cette option" d’Alfortville.

Jérôme Lachasse