BFMTV
People

"Certains vont être choqués": Hélène Vincent ose tout dans "L’Origine du monde" de Laurent Lafitte

La comédienne de 77 ans, vue dans La Vie est un long fleuve tranquille, endosse son rôle le plus osé de sa carrière pour Laurent Lafitte. Un rôle où elle brise tous les tabous.

Éternelle Madame Le Quesnoy de La Vie est un long fleuve tranquille (1988), Hélène Vincent a souvent joué les mères au cinéma. Un peu trop, au goût de celle qui fut formée par Patrice Chéreau pour être un caméléon.

De Bernie (1996) au Sens de la fête (2017) en passant par Quelques heures de printemps (2012), elle a incarné des dizaines de mères à l'écran. Lorsque Laurent Lafitte lui a proposé de jouer la sienne dans la comédie L'Origine du monde (en salles le 15 septembre), elle n'a pourtant pas hésité une seule seconde. Il faut dire que son rôle, central, est une vraie bouffée de fraîcheur, un "cadeau absolu", nous raconte-t-elle:

"Je suis allée vers ce rôle, parce que c’est un grand personnage. C’est un rôle incroyablement complexe, avec des ressorts totalement inattendus. C’est rare pour une femme d’avoir des personnages qui ont une histoire profonde à l’intérieur d’eux-mêmes. Beaucoup de personnages qui vous sont proposés, passé un certain âge, sont soit celui de la mère, soit celui de la grand-mère. Là, c’est un personnage qui a une existence en elle-même incroyablement forte, un parcours, une histoire qu’on devine douloureuse."

Dans L'Origine du monde, première réalisation de Laurent Lafitte, d'après une pièce de Sébastien Thierry, un homme découvre que son cœur ne bat plus. Alors que personne n'arrive à expliquer cet étrange phénomène, la coach de vie de sa femme a une solution... qui va le confronter au tabou ultime: prendre en photo la partie la plus intime de sa mère. Il multipliera pour cela les pires stratagèmes et découvrira des vérités insoupçonnables et terribles sur sa génitrice.

Marilyn Monroe en zombie de 75 ans

En regardant L'Origine du monde, le spectateur peut se demander comment Hélène Vincent a pu accepter un rôle d'une si grande violence, que paradoxalement elle seule pouvait jouer: "Ce personnage est très violent, et ce qu’on me fait est violent, mais ce qu’elle a fait est pas mal non plus!", justifie-t-elle. "C’est ça qui est étonnant. C'est un personnage effacé, touchant, dont on sent la tristesse infinie dans cet appartement où elle vit seule délaissée par son fils, puis on découvre petit à petit que cette relation est entachée de choses incroyablement scandaleuses."

Dans L’Express, en 2012, Hélène Vincent disait: "Je n'ai pas peur au cinéma. J'ai envie d'aventures extrêmes. L'eau tiède, ce n'est pas mon truc." Son parcours le prouve, mais dans cette même interview pointaint une amertume: "Pour qu'une femme accomplisse ce qu'elle a en elle d'un destin exceptionnel, il faut qu'elle soit dans la transgression perpétuelle." La comédienne de 77 ans n'a pas hésité à se vieillir pour son rôle de L'Origine du monde:

"C’est peut-être étonnant, et même assez rare, mais moi je suis une comédienne qui vient du théâtre", dit-elle avec une pointe de fierté. "Au théâtre, ou du moins dans le théâtre que j’ai pratiqué, l’apparence physique n'avait pas grande importance. La beauté, la joliesse, ce n’est pas là-dessus que ça se faisait. Au théâtre, on travaille sur le sens, le fond. L’apparence, c’est la cerise sur le gâteau. Quand on joue Lady Macbeth, on s’en fout un peu d’avoir un joli brushing!"

"Le bonheur d’être comédienne, pour moi, c’est de me métamorphoser. Ce n’est pas d’être tel que je suis dans la vie: une petite bonne femme", ajoute-t-elle encore. "Je crois qu'une de mes chances, c’est de passer totalement inaperçu dans la vie. Grâce à ça, je peux aller vers plein de personnages différents, me métamorphoser en fonction des rôles qu’on me propose. Ça me plairait autant de jouer Marilyn Monroe revenant en zombie à 75 ans que la maman de Laurent Lafitte dans L’Origine du monde avec sa petite perruque et ses petits cheveux blancs."

Laurent Lafitte, Hélène Vincent et Vincent Macaigne dans "L'Origine Du Monde" de Laurent Lafitte
Laurent Lafitte, Hélène Vincent et Vincent Macaigne dans "L'Origine Du Monde" de Laurent Lafitte © Copyright Laurent Champoussin

La malédiction Madame Le Quesnoy

Si les rôles de mère lui collent autant à la peau, ce n'est pas à cause de son physique de femme de la bourgeoisie, mais du succès de La Vie est un long fleuve tranquille, qui lui a valu en 1989 le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Le film fut une bénédiction - elle lui doit sa carrière - mais aussi sa malédiction - il l'a enfermée dans un type de rôle - qu'elle a essayé de briser: "Il a fallu que je fasse oublier Madame Le Quesnoy pour continuer à faire du cinéma", confie-t-elle. "Mais c’était une telle réussite, un tel bonheur ce film… C'était un paradoxe de devoir s'écarter de ce qui était alors le moment charnière dans ma vie de femme et de comédienne."

Pour arriver au rôle de la mère de Laurent Lafitte dans L'Origine du monde, elle a suivi un parcours fait de rencontres avec des réalisateurs iconoclastes, comme Albert Dupontel, dont elle interprète la mère dans Bernie. Dans une scène restée culte, elle se recoiffe avec une main coupée. Une improvisation de la comédienne: "Je me souviens du tournage de cette séquence de bagarre. On avait tourné trois jours avec Roland Blanche. C’était hallucinant. On faisait beaucoup d’improvisations avec Albert. Quand on part en impro, si le réalisateur est ouvert, les comédiens sont capables d’aller très, très loin."

Complice de Toledano et Nakache

Elle a aussi tourné sous la direction d'Yves Robert, un autre réalisateur au fort caractère, dans Le Bal des casse-pieds (1991), puis de Fabien Onteniente (Tom est tout seul, 1993), Pascal Légitimus (Antilles sur Seine, 2000), Coline Serreau (Saint-Jacques… La Mecque, 2004), Valérie Lemercier (Marie-Francine, 2017) et François Ozon (Grâce à Dieu, 2019). La relation la plus forte qu'elle ait nouée ces dernières années reste celle qui l'unit à Éric Toledano et Olivier Nakache, avec qui elle a tourné trois films à la suite, dans des rôles à chaque fois différents: Samba (2014), Le Sens de la Fête (2017) et Hors Normes (2019).

"J’espère vraiment que je vais les retrouver encore une fois ou deux", s'enthousiasme-t-elle. "J’aime leur regard sur le monde. J’aime leur tendresse, la façon qu’ils ont de raconter le monde sans se raconter des histoires. Mais en même temps, ce n’est pas le pays des bisounours: ils sont capables de raconter des histoires très douloureuses, très violentes. Il y a toujours quelque chose de profond dans les films d’Olivier et Éric. Et en même temps une espèce de foi dans l’humanité, d’amour, qui me transporte."

Plus fidèle au cynisme de Laurent Lafitte, L'Origine du monde déborde moins d'amour pour l'humanité. Hélène Vincent n'a pas peur des réactions que pourrait susciter le film: "Je concevrais qu’il y ait des avis partagés, différents, que certaines personnes rient énormément et que d'autres soient choquées. L’Origine du monde est un film radical. C’est un ovni. C’est normal. Les salles où j’ai pu me rendre pour les avant-premières oscillaient entre explosions de rire et moments de malaise."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV