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Bécassine, 113 ans et plus moderne que jamais

Bécassine

Bécassine - Gautier-Languereau

Une nouvelle série a pour ambition de redonner ses lettres de noblesse à ce personnage fondateur de l’histoire de la bande dessinée.

Plus d’un siècle après sa naissance, en 1905, Bécassine conserve sa bonne humeur et sa joie de vivre. Après une comédie signée Bruno Podalydès sortie au cinéma en juin dernier, le personnage créé par la romancière Jacqueline Rivière et le dessinateur Joseph Pinchon revient en bande dessinée sous la plume du scénariste Eric Corbeyran et du dessinateur Béja.

Après Les Vacances de Bécassine, paru en 2016, le duo a publié en octobre dernier Bécassine baby-sitter. À travers cette nouvelle série, l’ambition est de redonner ses lettres de noblesse à ce personnage fondateur de l’histoire de la bande dessinée.

"C’est un personnage qui représente la ruralité. Elle est lunaire. Au delà de sa rondeur, il y a une forme de lourdeur dans le personnage que j’ai tenté d’évacuer en lui redonnant la féminité qu’elle incarne", raconte Béja. "C’est un personnage féminin complètement émancipé, qui fait des choses impressionnantes pour son époque: elle conduit, elle prend l’avion, elle fait de la moto, de la résistance…"
Bécassine
Bécassine © Gautier-Languereau

L’ancêtre de Tintin

Bécassine est dessinée sans bouche, avec très peu de traits. Béja y voit les prémisses de deux grands héros francos-belges: Gaston et Tintin. Contemporain de l’invention de la BD telle qu’on la connaît avec ses planches découpées en cases et ses bulles, Pinchon n’a pourtant jamais cherché à faire évoluer ses histoires dans la même direction que Hergé avec Tintin:

"Pinchon a poursuivi dans son style. Je me suis dit qu’il était important de faire honneur à cette position dans l’histoire de la BD. Il était pour moi essentiel de rappeler que la BD a historiquement commencé comme ça."

Comme Bruno Podalydès au cinéma, il s’efforce de placer Bécassine dans des décors abstraits. Aucun ne peut rappeler la Bretagne, où le personnage suscite encore la polémique. Béja se moque bien des polémiques.

"On commet toujours l’erreur de la stigmatiser en tant que Bretonne, alors qu’elle a un costume de Picarde", précise le dessinateur. "On voit bien que ce qui a été décrit dans ce personnage est la ruralité, le bon sens campagnard. Cet aspect-là, on constate qu’il est encore prégnant aujourd’hui. Il est tout à fait d’actualité."
Le Club des Cinq
Le Club des Cinq © Hachette

Peu touché par l’œuvre de Pinchon pendant son enfance, c’est en le redécouvrant récemment que Béja a été frappé par sa modernité: "Je me suis rendu compte que c’était hyper bien pensé, graphiquement très bien réalisé et que la description sociale était assez fine. Si on la regarde bien, elle reste toujours vraie aujourd’hui. Quelque chose est resté dans notre société de cette opposition entre gens des villes et gens des campagnes."

Le retour du Club des Cinq

En plus de Bécassine, Béja s’occupe d’une reprise en BD d’une autre œuvre du patrimoine: Le Club des Cinq, qu’il dessine en empruntant le style de la ligne claire, employée notamment par Hergé dans Tintin. Entre Bécassine et Le Club des Cinq, le travail est bien différent. "Pour Bécassine, j’ai l’impression de faire un travail historique. Quand je fais Le Club des Cinq, c’est tout autre chose: je reviens à mes premières amours de la BD, lorsqu’elle m’a fait décoller, emmener entre le rêve et la réalité, comme Tintin. C’est un vrai plaisir de narration."

Le lecteur le sent dès le titre: Le Club des Cinq et le passage secret. "Je me suis complètement projeté dans cette histoire", acquiesce le dessinateur, qui a signé l’adaptation avec son père. "On a eu le même sentiment: on a retrouvé nos enfances respectives. La projection a été tout à fait inattendue. On s’est laissé porter par le sentiment de notre enfance." Un exercice jubilatoire pour le duo, malgré la difficulté de gérer en seulement 32 pages quatre personnages et un chien: "il ne faut pas oublier qu’il y a une histoire à raconter!"

Jérôme Lachasse