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Racket sur un des plus grands marchés d'Île-de-France: procès demandé pour des placiers et un élu

La balance de la Justice (illustration)

La balance de la Justice (illustration) - LOIC VENANCE / AFP

Après huit ans d'enquête, l'accusation décrit un racket de "plusieurs années", qui obligeait un commerçant à payer "jusqu'au double du prix du mètre linéaire" pour un emplacement.

Le parquet de Versailles a requis un procès pour quatre placiers et un élu dans l'affaire de racket de commerçants de l'un des marchés les plus importants de région parisienne, celui du Val-Fourré à Mantes-La-Jolie (Yvelines).

Selon le réquisitoire dont l'AFP a eu connaissance mercredi, quatre placiers sont accusés d'un "racket (qui) a pris la forme d'un système de pourboires systématiques et de grande ampleur", en échange d'une forme de "protection" et d'un "bon emplacement" sur ce vaste marché, à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Paris, dans le quartier populaire du Val-Fourré.

Un racket de "plusieurs années"

Sidi El Haimer, premier adjoint à la mairie de Mantes-La-Jolie, est accusé d'avoir indirectement, en 2018, poussé des commerçants plaignants à retirer leurs déclarations. Le parquet a requis son renvoi pour "subornation de témoin", délit passible de trois ans d'emprisonnement.

M. El Haimer "nie farouchement toute implication", a déclaré à l'AFP son avocat Alexandre Simonin, affirmant que l'élu "a toujours arpenté le terrain de Mantes-La-Jolie, au plus près de ses habitants, avec une haute idée de l'intérêt général".

Après huit ans d'enquête, l'accusation décrit un racket de "plusieurs années", qui obligeait un commerçant à payer "jusqu'au double du prix du mètre linéaire" pour un emplacement. En 2018, lors du déménagement du marché, les sommes auraient atteint plusieurs milliers d'euros.

"Climat de terreur"

Le parquet demande que les quatre placiers soient notamment jugés pour extorsion, délit passible de sept ans d'emprisonnement. Il requiert aussi le maintien en détention de deux d'entre eux jusqu'au procès afin d'"éviter tout risque de pression" sur les commerçants.

Des voitures de commerçants qui ont dénoncé le racket avaient été incendiées en 2019 après un contrôle du marché par le Comité opérationnel départemental anti-fraude (CODAF) des Yvelines. Le parquet a demandé le renvoi de deux autres personnes pour ces destructions.

Au cours de leur enquête, les policiers se sont appuyés sur des témoignages de commerçants, des interceptions de lignes téléphoniques ou encore une dizaine de lettres anonymes, écrites entre 2013 et 2019, qui décrivent "des faits identiques" et "un climat de terreur". L'étude des comptes bancaires à l'étranger des placiers a également révélé "l'encaissement de fortes sommes d'argent en espèces".

"Ce n'est pas une procédure équitable"

De son côté, l'avocat d'un placier, Frédéric Landon, fustige un "dossier artificiel". "Mon client et les autres mis en examen n'ont jamais été confrontés aux commerçants qui prétendent avoir été rackettés", déplore-t-il notamment auprès de l'AFP.

"Je considère que ce n'est pas une procédure équitable et que l'autorité judiciaire souhaite par tous les moyens atteindre un homme politique dans ce dossier, Pierre Bédier (ancien maire de Mantes-La-Jolie et actuel président du conseil départemental des Yvelines)" alors qu'il "n'a rien à voir dans cette affaire", a affirmé Me Landon.

Au cours de l'instruction, des lettres anonymes avaient pointé une potentielle implication de Pierre Bédier, figure de la droite locale.

Le président de la société Mandon, qui a repris la gestion du marché en 2018, partie civile dans ce dossier, affirme par ailleurs s'être vu imposer par Pierre Bédier l'embauche des placiers mis en cause. L'homme fort des Yvelines a été entendu mais n'a pas été mis en cause. Contacté par l'AFP, il n'était pas joignable dans l'immédiat.

La mairie de Mantes-La-Jolie, dont le maire Raphaël Cognet a également été entendu, s'est constituée partie civile.

S.B. avec AFP