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La pollution de l'air fait 9 millions de morts par an dans le monde, selon une nouvelle étude

Pollution de l'air visible à Londres, Royaume-Uni, en avril 2014. (Photo d'illustration)

Pollution de l'air visible à Londres, Royaume-Uni, en avril 2014. (Photo d'illustration) - Leon Neal - AFP

Le nombre de morts dû à la pollution de l'air est de 9 millions, selon une nouvelle étude qui revoit à la hausse de précédents rapports.

"On ne peut pas éviter d'être soumis à un air pollué". Une étude parue dans la revue anglaise European Heart Journal mardi, la juge responsable de 8,79 millions de morts par an dans le monde, dont 67.000 en France. Entre 40 et 80% de ces décès prématurés sont dus à des maladies cardiovasculaires, estiment les chercheurs, qui publient leur travaux.

"Cela veut dire que la pollution de l'air fait plus de morts chaque année que le tabac, responsable de 7,2 millions de décès en 2015 selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS)", a affirmé l'un des auteurs, le professeur Thomas Münzel, de l'université de Mayence (Allemagne). "On peut éviter de fumer, mais on ne peut pas éviter d'être soumis à un air pollué", a-t-il ajouté.

790.000 morts en Europe

Les chercheurs estiment à 790.000 le nombre de morts dus à la pollution de l'air en 2015 dans l'ensemble de l'Europe, dont 659.000 dans les 28 états de l'Union européenne. Cette estimation est nettement supérieure à celle de l'Agence européenne de l'environnement (AEE).

Dans son rapport annuel publié en octobre, elle jugeait que la pollution de l'air aux particules très fines (PM2,5), au dioxyde d'azote (NO2, émis par les moteurs diesel) et à l'ozone (O3) était responsable en 2015 de 518.000 décès prématurés dans 41 pays d'Europe, et 480.000 dans l'UE.

Selon l'étude, du European Heart Journal, en Europe, 40% des décès liés à la pollution de l'air sont dus à des problèmes cardiaques, 8% à des AVC, 7% à des cancers du poumon, 6% à des maladies pulmonaires chroniques, 7% à la pneumonie et 32% à d'autres maladies non transmissibles.
Excès de mortalité estimé attribué à la pollution de l'air en Europe et aux catégories de maladies associées.
Excès de mortalité estimé attribué à la pollution de l'air en Europe et aux catégories de maladies associées. © Graphique publié dans l'étude de European Heart Journal

Si l'étude s'intéresse particulièrement à l'Europe, au niveau mondial, elle arrive au chiffre astronomique de 8,8 millions de morts causés par la pollution de l'air en 2015 sur l'ensemble de la planète, dont 2,8 millions, plus d'un quart, pour la Chine. Pour l'année 2012, l'OMS avançait le chiffre de 7 millions de morts dues à la pollution de l'air, avec 5,9 millions de victimes, les régions d'Asie et du Pacifique sont de loin les plus touchées.

Un rapport de 2017 donnait le chiffre de 6,8 millions de morts dus à la pollution de l'air pour 2015, et de 9 millions pour toutes pollutions combinées, comme la contamination de l'eau ou encore celle des lieux de travail (exposition à des substances toxiques ou cancérigènes).

La mortalité européenne au-dessus de la moyenne mondiale

En moyenne, la surmortalité mondiale attribuée à la pollution de l'air par cette étude est de 120 décès par an pour 100.000 habitants. Ce taux est supérieur en Europe (133), bien que les contrôles y soient plus stricts que dans d'autres régions.

"Cela s'explique par la combinaison d'une piètre qualité de l'air et d'une forte densité de population, qui aboutit à une exposition parmi les plus élevées du monde", selon l'un des scientifiques, Jos Lelieveld.

Répartition régionale des taux estimés de surmortalité annuelle due aux maladies cardiovasculaires attribués à la pollution atmosphérique en Europe.
Répartition régionale des taux estimés de surmortalité annuelle due aux maladies cardiovasculaires attribués à la pollution atmosphérique en Europe. © Graphique publié dans l'étude de European Heart Journal

L'Europe de l'Est est particulièrement touchée, avec 36.000 morts par an pour la Roumanie ou 76.000 pour l'Ukraine, soit des taux supérieurs à 200 décès pour 100.000 habitants. Pour la France, l'estimation est de 67.000 morts, soit un taux de 105 décès pour 100.000 habitants.

"De nouvelles analyses des risques"

"Nous avons utilisé de nouvelles analyses des risques, basées sur des données épidémiologiques beaucoup plus larges qu'auparavant et provenant de 16 pays", a indiqué le professeur Lelieveld.

Les chercheurs allemands ont utilisé un nouvel outil statistique. Ils ont estimé l'exposition aux polluants en se basant sur un modèle simulant la façon dont les gaz atmosphériques interagissent avec les composés chimiques issus de l'activité humaine (production d'énergie, industrie, transports, agriculture...). Ils ont appliqué ces données à un nouveau modèle statistique combinant les taux de mortalité et l'exposition.
Salomé Vincendon avec AFP