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Une armada russe traverse la Manche sous haute surveillance

Dès jeudi, une flotte de huit navires russes a entrepris de traverser la mer du Nord. Elle est étroitement surveillée par les Européens et l'OTAN.

Comme un parfum de guerre froide. L'une des plus importantes flottes de ces dernières années passe ce vendredi matin par la Manche entre les côtes françaises et britanniques. Etroitement surveillés par l'OTAN, huit navires, dont le porte-avions Amiral Kouznetov, fleuron de la marine russe rénové à grands frais sous l'ère Poutine, font route vers la Méditerranée. Selon La Voix du Nord, le convoi exceptionnel par son ampleur devait passer au large du Cap Gris-Nez entre Calais et Boulogne-sur-Mer, vers 7 heures.

Outre le porte-avions, l'unique en service de la flotte navale russe, le croiseur à propulsion nucléaire Pierre Le Grand (Piotr Veliki, en russe), le navire de guerre Vice Amiral Koulakov et des navires anti-sous-marins sont aussi du voyage. Le porte-avions a notamment à son bord des avions de chasse MiG29 et Soukhoï Su-33 et des hélicoptères d'attaque, selon la Flotte russe. A la sortie de la Manche, le convoi sera rejoint par deux corvettes.

La Russie montre ses muscles

Faut-il y voir une tentative d'intimidation de la part des Russes? C'est plutôt une "démonstration de force", analyse pour La Voix du Nord Corentin Brustlein, responsable des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales. Le but serait "d'impressionner l'OTAN". Le chercheur précise que l'Amiral Kouznetsov n'ayant "pas de catapultes" - pour faire décoller les avions embarqués à son bord - "son rayon d'action reste faible".

Il n'empêche, les Britanniques ont placé le convoi sur la surveillance de la frégate britannique HMS Richmond qui a été rejointe par le navire de guerre HMS Duncan. Du côté des médias, les tabloïds font tourner leur presse à plein régime. Selon le porte-parole de la Marine britannique, c'est la présence de "plusieurs navires et de leur porte-avions qui rend cela inhabituel". "Ils se comportent très bien", a-t-il toutefois ajouté, précisant qu'ils communiquaient avec les gardes-côtes.

Les Français ne détaillent rien de leur dispositif de vigilance. "Nous ne détaillons pas le dispositif et les moyens mis en place", explique le capitaine de frégate Renaux de la préfecture maritime de Brest à La Voix du Nord. Il décrit cette manœuvre comme "quelque chose d'assez fréquent". "Les Russes passent forcément devant nos côtes quand ils veulent aller en Méditerranée" complète-t-il.

Un déploiement probable vers la Syrie qui irrite

Le contexte est particulier puisque ce déploiement russe intervient quelques semaines après l'annonce par le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou que le porte-avions russe, dépendant de la flotte nord, serait envoyé en Méditerranée orientale pour renforcer les forces navales russes dans la zone. 

En réponse, un responsable de l'OTAN a estimé que ce déploiement "n'inspirait pas confiance" quant aux motivations de Moscou dans la recherche d'une solution politique à la guerre en Syrie. 

"Ce qui nous préoccupe maintenant c'est que cette escorte navale puisse être utilisée pour participer aux opérations militaires au-dessus de la Syrie et pour augmenter les attaques sur Alep", indique de son côté le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg.

Plus tôt dans la semaine, la flotte russe a été surveillée par la Marine et les avions norvégiens lorsqu'elle est passée dans les eaux internationales au large du pays.

David Namias