BFMTV

Un suicide dans le monde toutes les 40 secondes, selon l'OMS

L’Organisation mondiale de la Santé a présenté son premier rapport sur le suicide. Ici, la directrice générale de l'OMS Margaret Chan, le 8 août 2014.

L’Organisation mondiale de la Santé a présenté son premier rapport sur le suicide. Ici, la directrice générale de l'OMS Margaret Chan, le 8 août 2014. - Alain Grosclaude - AFP

Soit un suicide toutes les 40 secondes. Une tragédie "évitable", pour l'Organisation mondiale de la santé, qui publie son premier rapport sur le sujet et se donne pour objectif de réduire de 10% le taux de suicide dans l'ensemble des pays d'ici 2020.

L'OMS déclare "l'état d'urgence mondial" en matière de prévention du suicide. Quelque 800.000 personnes se suicident chaque année dans le monde, soit une toutes les 40 secondes et davantage que l'ensemble des victimes de guerre ou de catastrophes naturelles, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui juge l'ampleur du phénomène "inacceptable".

La majorité des personnes qui se suicident ont plus de 50 ans et les hommes sont deux fois plus touchés que les femmes, selon ce rapport de l'OMS sur le suicide publié jeudi à Genève, le premier du genre. L'Asie du Sud-Est est également plus touchée que le reste de la planète, à l'inverse de pays à tradition catholique comme l'Italie.

Pesticides, pendaison, armes à feu

Quelque 1,5 million de personnes meurent chaque année de mort violente, dont 800.000 de suicide, expliquent les auteurs du rapport. Ce chiffre de 800.000 est "inacceptable", car le suicide peut être "évité" par une politique de prévention, a déclaré le docteur Shekar Saxena, directeur du département de santé mentale à l'OMS, en présentant le rapport à la presse jeudi à Genève.

L'absorption de pesticides, la pendaison et les armes à feu sont les méthodes de suicides les plus répandues.

En outre, ce rapport souligne que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans.

"Il faut agir pour répondre à un grave problème de santé publique resté trop longtemps tabou", selon la directrice générale de l'OMS Margaret Chan, qui souligne également que cet acte désespéré est "évitable". L'agence de l'ONU prône en effet une stratégie globale de prévention du suicide, car beaucoup de personnes qui ont attenté à leur vie ne reçoivent pas l'aide dont ils auraient besoin.

10.093 suicides en France en 2012

Le taux de suicide le plus élevé se retrouve en Asie du Sud-Est, avec un taux de suicide de 17,7 pour 100.000 habitants, supérieur à la moyenne mondiale de 11,4 pour 100.000.

En Europe aussi, le taux de suicide (12) est plus élevé que la moyenne mondiale, avec 35.000 victimes recensées chaque année. Six pays européens sont parmi les 20 pays les plus touchés par ce fléau.

En France, en 2012, 10.093 personnes se sont suicidées, dont 7.475 hommes et 2.618 femmes. Le taux de suicide est de 12,3 pour 100.000 habitants, supérieur à la moyenne mondiale de 11,4.

Le Bélarus avait le taux le plus élevé en Europe en 2000 (35,5). En 2012, ce taux a baissé à 18,3. La Lituanie en 2012 avait un taux de 28,2, la Russie de 19,5, la Hongrie de 19,1, l'Ukraine de 16,8, la Pologne de 16,6, la Lettonie de 16,2, la Finlande de 14,8, et la Belgique de 14,2. Dans des pays à tradition catholique comme l'Italie (4,7) et l'Espagne (5,1), les taux sont nettement plus bas.

Le Guyana affiche le record mondial des suicides avec un taux de 44,2, suivi par la Corée du Nord (38,5). Le taux de suicide le plus bas a été relevé en Arabie saoudite (0,4).

Réduire de 10% le taux de suicide d'ici 2020

L'objectif de la stratégie de l'OMS est de réduire de 10% le taux de suicide dans l'ensemble des pays d'ici 2020. Selon l'OMS, le suicide et ses tentatives sont encore considérés comme des actes criminels dans 25 pays dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique Latine.

Ce rapport de près de 100 pages - qui compile 10 ans de données et de recherches sur le sujet émanant de pays du monde entier, mais n'étudie pas la question du suicide assisté - a pour but d'encourager les pays qui ont pris des mesures pour prévenir le suicide, et à placer cette question "à l'ordre du jour". Selon l'OMS, "des interventions et un traitement efficaces et opportuns, peuvent contribuer à prévenir le suicide et les tentatives de suicide".

L'OMS a aussi dénoncé dans ce rapport la présentation "sensationnaliste" par les médias de suicides de personnalités célèbres. Les médias, a estimé l'experte de l'OMS le Dr Alexandra Fleischmann, devraient éviter de parler de "suicide", et privilégier le terme de "perte".

Le professeur Ella Arensman, présidente de l'association internationale sur la prévention du suicide, a indiqué pour sa part avoir reçu plusieurs mails après la couverture médiatique du suicide de l'acteur Robin Williams de personnes qui avaient traversé des crises suicidaires et qui étaient en train de replonger.

V.R. avec AFP