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Un blocus du sit-in des pro-Morsi au Caire serait envisagé

Le ministère égyptien de l'Intérieur exclut de lancer un assaut contre le sit-in des partisans de Mohamed Morsi près de la mosquée Rabaa al Adaouiya, dans le nord-est du Caire, rapporte la télévision publique égyptienne en précisant que la police va se co

Le ministère égyptien de l'Intérieur exclut de lancer un assaut contre le sit-in des partisans de Mohamed Morsi près de la mosquée Rabaa al Adaouiya, dans le nord-est du Caire, rapporte la télévision publique égyptienne en précisant que la police va se co - -

par Tom Perry et Maggie Fick LE CAIRE (Reuters) - Le ministère égyptien de l'Intérieur exclut de lancer un assaut contre le sit-in des partisans de...

par Tom Perry et Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - Le ministère égyptien de l'Intérieur exclut de lancer un assaut contre le sit-in des partisans de Mohamed Morsi près de la mosquée Rabaa al Adaouiya, dans le nord-est du Caire, rapporte vendredi la télévision publique égyptienne.

Elle ajoute que la police va se contenter de bloquer les accès à la mosquée.

Les fidèles du président islamiste, déposé le 3 juillet par l'armée, organisent depuis près d'un mois ce sit-in pour exiger son retour au pouvoir.

Ils refusent de répondre aux injonctions des militaires qui leur ont demandé de se disperser et qui assimilent leurs manifestations à "une menace pour la sécurité nationale".

"L'idée d'utiliser la force et de lancer un assaut contre le camp (des pro-Morsi) a été rejetée par le ministère de l'Intérieur mais des barrages seront mis en place dans toutes les rues qui mènent à Rabaa", a déclaré le correspondant de la télévision pour les questions de sécurité.

Depuis la destitution du chef de l'Etat et la mise en place d'un gouvernement intérimaire, les violences politiques ont fait près de 300 morts en Egypte, dont 80 islamistes abattus par les forces de sécurité samedi dernier devant la mosquée Rabaa al Adaouiya.

Un mois après le coup de force, le nouveau pouvoir a finalement reçu l'aval officiel des Etats-Unis, le secrétaire d'Etat John Kerry ayant estimé que l'armée avait "rétabli la démocratie" en déposant le président islamiste élu en 2012.

Des milliers de personnes sont toujours présentes sur les deux grands lieux de rassemblement des pro-Morsi au Caire.

Autour de la mosquée Rabaa al Adaouiya, vendredi matin, des jeunes gens casqués et armés de bâtons ont établi une première ligne de défense derrière des barricades faites de briques et de sacs de sable.

"LES BONNES VIEILLES MÉTHODES DE MOUBARAK"

"Le ministère de l'Intérieur a repris les bonnes vieilles méthodes de Moubarak", déclare Soha Osman, une pharmacienne de 40 ans, faisant référence à l'ancien raïs chassé par la rue en février 2011.

Un peu plus loin, un groupe de jeunes défie les "voyous du ministère de l'Intérieur" et scande "Dégage, Sissi, c'est ton dernier jour!", à l'adresse du général Abdel Fattah al Sissi, ministre de la Défense et chef d'état major de l'armée, qui a supervisé la destitution de Morsi.

"Ils veulent chasser l'Islam de ce pays. Ils veulent un pays laïque et ils ont détruit Morsi pour que le peuple rejette l'idée d'un Etat islamique", dit une autre manifestante accompagnée de son mari et de son fils.

Diplomates, groupes de défense des droits de l'homme et dignitaires religieux ont exhorté les autorités à éviter un bain de sang.

De sources politiques, on précise que les débats ont été vifs au sein du gouvernement sur l'opportunité de lancer un ultimatum aux manifestants islamistes.

Lors d'une visite jeudi au Pakistan, John Kerry a estimé que l'intervention des militaires début juillet visait à rétablir la démocratie en Egypte.

"L'armée a été priée d'intervenir par des millions et des millions de gens qui craignaient de voir le pays sombrer dans le chaos et la violence", a dit le chef de la diplomatie américaine, qui a souligné qu'il ne s'agissait pas, pour l'instant, d'une prise de pouvoir par les militaires.

John Kerry a toutefois appelé les nouvelles autorités à respecter le droit de tous à manifester pacifiquement.

Son numéro deux, le secrétaire d'Etat adjoint William Burns, est attendu dans la soirée au Caire, a annoncé un porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères.

APPELS AU CALME

Il s'entretiendra samedi avec le ministre égyptien des Affaires étrangères par intérim, Nabil Fahmy. Il pourrait aussi avoir une entrevue avec le général Sissi.

Les Frères musulmans, mouvement dont est issu Mohamed Morsi, ont condamné les propos de John Kerry. "Dire des choses pareilles, de la part d'un pays qui parle de démocratie et des droits de l'homme ! Nous espérons que les Américains vont revoir leur position", a dit Mohamed Ali Bichr, qui était ministre dans le précédent gouvernement.

L'émissaire de l'Union européenne, Bernardino Leon, qui se trouve dans la capitale égyptienne pour tenter d'apaiser les tensions, a déclaré jeudi que l'UE accepterait difficilement l'emploi de la force pour disperser les rassemblements pro-Morsi. Il a plaidé pour une solution politique impliquant les modérés des deux camps.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a exhorté le gouvernement à renoncer à l'usage de la force afin d'"éviter un autre bain de sang".

Le porte-parole de l'armée égyptienne, le colonel Ahmed Ali, a souligné que les militaires ne voulaient pas jouer de rôle politique et ne faisaient que "soutenir le peuple égyptien dans sa révolution".

Dans une interview au journal Al Charq Al Aoussat, il reconnaît le droit de manifester pacifiquement mais ajoute que les sit-in des pro-Morsi "ne s'inscrivent plus dans un cadre pacifique et dans de nombreux cas ont conduit à des actes de violence".

Le nouveau pouvoir a annoncé un plan de transition politique qui prévoit des élections législatives d'ici six mois, puis une élection présidentielle.

Vendredi, un dirigeant des Frères musulmans, Essam El Erian, a répété que la confrérie ne négocierait pas avec les nouvelles autorités.

"Pour convaincre le peuple que la démocratie est en train de se construire, il faut annuler le coup d'Etat militaire, fasciste et sanglant, et chasser tous ces fascistes", écrit-il sur internet.

Avec Angus McSwan et Noah Browning, Guy Kerivel pour le service français