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Soutien du pape aux "unions civiles" pour les couples homosexuels: le Vatican clarifie ses propos

Le pape François visite les tombes des papes décédés dans la nécropole de la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 2 novembre 2020.

Le pape François visite les tombes des papes décédés dans la nécropole de la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 2 novembre 2020. - Vatican Media - AFP

Fin octobre, le pape François avait défendu "une loi d'union civile" pour les personnes homosexuelles, qui ont "le droit à être couvertes légalement".

Dix jours après la polémique suscitée par le franc soutien du pape aux "unions civiles" pour les couples homosexuels, le Vatican est sorti de son silence pour préciser dans une note interne que François n'avait aucunement remis en cause le dogme du mariage entre un homme et une femme.

Dans une note interne envoyée en fin de semaine à ses seuls ambassadeurs ("nonces"), la Secrétairerie d'Etat - la plus haute administration du Vatican - a tenu a insister sur le fait que le pape n'avait pas changé la doctrine de l'Eglise catholique.

"C'est évident que le pape François a fait référence à certaines dispositions étatiques, certainement pas à la doctrine de l'Église, souvent réaffirmée au fil des années", selon la note, publiée notamment par le nonce au Mexique, l'archevêque Franco Coppola.

Le journal de l'épiscopat italien Avvenire a souligné lundi que la lettre aux nonces est destinée à circuler parmi les évêques du monde entier.

Un documentaire qui porte à confusion

Dans "Francesco", documentaire présenté mercredi 21 octobre à la Fête du cinéma de Rome, le pape François avait défendu "une loi d'union civile" pour les personnes homosexuelles, qui ont "le droit à être couvertes légalement".

"Les personnes homosexuelles ont le droit d'être en famille. Ce sont des enfants de Dieu, elles ont le droit à une famille", avait en outre déclaré le souverain pontife dans ce documentaire réalisé par Evgeny Afineevsky.

Les propos du pape - en réalité un montage de deux extraits inédits d'un entretien accordé en 2019 à une télévision mexicaine - ont fait craindre à certains catholiques traditionalistes que le pape était favorable au mariage homosexuel. Le cardinal ultra-conservateur allemand Gerhard Müller -ex-gardien du dogme au Vatican mis à la retraite par le pape en 2017- a affirmé avoir reçu des centaines d'appels de fidèles "perturbés". "Le pape n'est pas au dessus de la parole de Dieu", avait-il attaqué dans Corriere della Sera au lendemain de la sortie du documentaire, estimant que la reconnaissance juridique d'une union civile gay était proscrite pour les catholiques car elle pouvait être "un premier pas" vers le mariage homosexuel.

Dans sa note explicative, le Vatican juge que le montage du documentaire, qui ne comporte pas les questions posées, a pu "provoquer la confusion". La sortie du pape sur les unions civiles était une réponse à une question sur une loi promulguée voici dix ans en Argentine sur les mariages homosexuels. Dans sa réponse, le pape aurait aussi dit: "c'est une incohérence de parler de mariage homosexuel".

L'idée de cette missive aux ambassadeurs est venue du pape "pour clarifier sa position et répondre aux questionnements des fidèles", précise une source du Vatican, indiquant que François ne souhaitait pas répondre directement à "la pression des médias".

Des extraits censurés en 2019?

Reste que le Vatican n'explique toujours pas pourquoi ces extraits tirés d'un entretien réalisé par une grande experte mexicaine de la papauté ont pu éventuellement être censurés en 2019, pour ressortir ensuite dans le documentaire.

Depuis son élection comme pape, François avait déjà évoqué sans la rejeter la notion d'unions civiles gay. Dans le documentaire, il plaide toutefois avec une précision inédite en leur faveur. Son plaidoyer personnel met en exergue une rupture par rapport à un document officiel de la Congrégation pour la doctrine de la foi (le gardien du dogme au Vatican) de 2003, qui s'opposait à "une reconnaissance juridique des unions homosexuelles" pouvant être assimilées au mariage et parlait d'un "comportement déviant". Cette charge avait été signée à l'époque par son dirigeant, le cardinal allemand Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI.

S.B.-E. avec AFP