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Serge Atlaoui: les autres Français qui côtoient le couloir de la mort                          

Une chambre de la mort. (Photo d'illustration)

Une chambre de la mort. (Photo d'illustration) - Joël Nito - AFP

Alors que la France tente d'éviter de justesse l'exécution de Serge Atlaoui, un de ses ressortissants emprisonné depuis 2005 en Indonésie, et qui pourrait être le premier Français à être exécuté depuis plus de 30 ans, focus sur le sort d'autres concitoyens qui vivent, ou ont vécu, une situation similaire à l'étranger.

Plus le temps passe, plus l'espoir semble s'amenuiser pour Serge Atlaoui. Dans le couloir de la mort depuis son procès en appel en 2007, ce Français, arrêté en 2005 dans un laboratoire clandestin d'ecstasy en Indonésie, a vu son ultime recours porté devant la Cour suprême de ce pays être rejeté ce mardi.

Sauf miracle, que la France tente activement de décrocher sur le terrain diplomatique, cet artisan soudeur de 51 ans pourrait être très prochainement fusillé et devenir le premier Français à être officiellement exécuté depuis plus de 30 ans. Au-delà de ce cas très médiatisé, la France compte d'autres cas semblables à travers le monde. En voici une sélection.

De l'aveu de plusieurs associations, comme de la Ligue des droits de l'Homme interrogée ici en 2007 par Le Figaro, il est très compliqué d'établir avec précision le nombre de personnes en attente d'être exécutées à travers le monde. Il est ensuite encore plus difficile de les lister selon leurs origines. "Certains pays n'indiquent pas la nationalité des étrangers condamnés à mort", confiait à ce titre une source diplomatique proche du Quai d'Orsay interrogée en 2013 par le JDD.fr. Officiellement, le ministère français des Affaires étrangères ne communique presque pas à ce sujet. Certains cas sont toutefois très bien connus.

> Béatrice Saubin, condamnée à mort à 22 ans

Fan de voyage, passionnée par l'Asie, Béatrice Saubin passe la fin de son adolescence à parcourir le monde. Jusqu'à une rencontre, et un piège, qui allait donné un tournant dramatique à sa vie. Nous sommes en 1979.

Tombée amoureuse en Malaisie, son compagnon de l'époque lui offre une valise pour emporter quelques affaires et promet de la rejoindre à Paris, le plus rapidement possible. L'objet, doté d'un double-fond, contenait en réalité une importante quantité d'héroïne. A 20 ans, la jeune femme est arrêtée à la douane. Elle risque alors la peine de mort. Par pendaison.

Trois ans plus tard, en juin 1982, après six jours de procès, Béatrice Saubin est effectivement condamnée à la peine capitale. Une peine qui sera finalement commuée en dix ans de prison quelques mois plus tard. Quand elle recouvre la liberté, elle est âgée de 30 ans. Elle racontera son histoire et l'attente de la mort dans un livre, L'Epreuve, publié en 1993. Décrite comme "définitivement abîmée par dix ans de prison", Béatrice Saubin s'est éteinte en 2007, à 48 ans, à Paris.

> Chan Thao Phoumy

Depuis sa condamnation à mort, prononcée en 2010, aucune nouvelle de Chan Thao Phoumy. Ce Franco-Laotien a été reconnu coupable de production et de trafic de drogue par un tribunal de Canton, au sud de la Chine. Une information confirmée, à l'époque, par des sources diplomatiques françaises.

Tout comme pour le cas de Serge Atlaoui, cette affaire montre la strict fermeté de la justice chinoise en la matière: d'abord condamné à en 2005 à la prison à vie pour ces mêmes faits, Chan Thao Phoumy se voit rejugé cinq ans plus tard à la suite de l'apparition "d'éléments nouveaux", rapporte à l'époque l'Agence France-Presse (AFP). Sa peine passe de la perpétuité, à la mort. Il serait actuellement toujours en attente de son exécution.

> Claude Eric Maturana et Michaël Legrand

Ces deux affaires se sont déroulées aux Etats-Unis, et n'ont aucun lien entre-elles. Mais leurs particularités méritent qu'on se penche dessus. Le Français Claude Eric Maturana, né en 1957, a été en 1990 reconnu coupable du meurtre du jeune Glenn Estes, 16 ans, alors qu'il se trouvait en Arizona, aux Etats-Unis.

Condamné à mort cette même année, ce cas a provoqué une grande polémique à l'époque, le ressortissant français s'étant vu pronostiquer de "graves troubles mentaux". Or, la loi locale impose aux médecins de le soigner avant de pouvoir exécuter la peine capitale. Bien que traité quotidiennement avec de quoi être contrôlé, Claude Maturana ne guérira jamais. Pis, au fur et à mesure des années, son état ne fait que se dégrader. Jusqu'à ce qu'il décède d'une "mort naturelle", en 2002.

Michael Legrand a également été reconnu coupable d'un meurtre en 2001, en Louisiane. Mais au moment des faits, il n'était pas Français. Il n'avait même jamais mis les pieds dans l'Hexagone. Après plusieurs années passées dans le couloir de la mort, il obtient le droit d'être naturalisé français, grâce à un oncle par alliance qui l'avait adopté des années auparavant.

Quel intérêt? Devenu citoyen français, Michael Legrand dispose désormais de l'assistance consulaire française, qu'offre le Quai d'Orsay à tous ses ressortissants condamné à l'étranger. Pas de quoi échapper à l'exécution, qui est toujours prévue, mais de quoi retarder l'échéance en continuant à se défendre.

> Jean-Marc Thivind

Toute sa vie, Jean-Marc Thivind aura eu à faire à la justice. Après un premier passage en prison au début des années 90 pour un braquage, ce Strasbourgeois retourne derrière les barreaux quelques années plus tard, jugé coupable d'un trafic d'héroïne. Mais en 1995, il bénéficie d'une journée exceptionnelle de liberté pour se rendre au chevet de son père, mourant. Il en profite finalement pour réaliser une demande expresse de passeport, avant de prendre un aller-simple pour la Thaïlande. Le tout, en moins de 24 heures.

Celui qui ne remet alors plus un pied en France est soupçonné, quelques années plus tard, d'avoir tué un ressortissant allemand, également installé en Asie. De nouveau arrêté et détenu en 2007, il a été un temps condamné à mort en 2009. Mais lors de son procès en appel, en 2011, il est finalement acquitté. Une joie de très courte durée, comme la rapportait en 2012 les Dernières Nouvelles d'Alsace.

Le parquet thaïlandais décide alors de saisir la Cour suprême. Si de facto Jean-Marc Thivind peut bénéficier d'une liberté provisoire, il n'a pas les fonds nécessaires pour verser sa caution. Il peut rentrer finalement en France en février 2014 et est directement réincarcéré en prison, à Fresnes, en attente de son jugement. Il bénéficie, depuis, d'une liberté conditionnelle sous bracelet électronique.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV