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Royaume-Uni: une Britannique de Daesh réclame de la "compassion" pour rentrer avec son bébé

Shamima Begum, le 22 février 2015.

Shamima Begum, le 22 février 2015. - Laura Lean - AFP

La jeune femme est partie pour la Syrie en 2015. Là-bas, elle a eu trois enfants, dont deux sont morts de malnutrition et de maladie. Elle réclame de la "compassion" pour son nouveau-né et relance ainsi la question sur l'accueil des ressortissants jihadistes.

Son cas illustre le dilemme auquel sont confrontés plusieurs gouvernements européens. Une jeune Britannique qui a rejoint Daesh en 2015 - actuellement cantonnée dans un camp de réfugiés où elle vient d'accoucher - réclame ce dimanche de la "compassion" afin de rentrer au Royaume-Uni avec son bébé.

"Je viens d'accoucher, donc je suis vraiment fatiguée", a confié Shamima Begum à la chaîne de télévision Sky News.

"Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais"

Il s'agit du troisième enfant auquel donne naissance la jeune femme de 19 ans, originaire de Londres, depuis son départ vers la Syrie. Ses deux premiers bébés sont morts de maladie et de malnutrition.

"Après la mort de mon (autre) fils, j'ai réalisé qu'il fallait que je parte, pour le bien de mes enfants". Elle a dit craindre que son bébé "meure dans le camp" de réfugiés d'Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, où elle se trouve actuellement. "Je pense que les gens devraient avoir de la compassion pour moi, pour tout ce que j'ai vécu", a-t-elle encore déclaré. "Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais quand je suis partie."

La jeune femme a néanmoins affirmé qu'elle ne regrettait pas d'avoir rejoint la Syrie. "Cela m'a changée en tant que personne, cela m'a rendue plus forte, plus dure. Et j'ai épousé un homme que je n'aurais jamais rencontré au Royaume-Uni."

Les gouvernements européens doivent-il interdire le retour des ressortissants jihadistes pour des questions de sécurité ou leur permettre de revenir pour les traduire en justice? Interrogé sur ce cas, le chef du service de renseignement extérieur britannique (MI6), Alex Younger, a estimé cette semaine que les personnes ayant rejoint Daesh "ont probablement acquis des compétences et des relations qui les rendent potentiellement très dangereux". La jeune femme s'est toutefois défendue de représenter une menace. "J'étais juste une femme au foyer, j'ai passé quatre ans à la maison, j'ai pris soin de mon mari, de mes enfants."

"Assurer la sécurité"

Le ministre britannique de l'Intérieur, Sajid Javid, a publié une tribune dans le Sunday Times intitulée "Si vous fuyez pour rejoindre l'Etat islamique, j'utiliserai tous mes pouvoirs pour vous empêcher de revenir". "Ma priorité est d'assurer la sécurité du pays et je ne laisserai rien la compromettre", a-t-il affirmé.

"Les décisions que nous pouvons prendre incluent d'interdire l'accès au Royaume-Uni à des non-Britanniques, ainsi que retirer la citoyenneté britannique à des individus dangereux".

Il a néanmoins souligné que son ministère ne créerait pas d'apatrides, comme interdit par la convention de New-York du 30 août 1961, ratifiée par le Royaume-Uni.

Le ministre de la Culture, Jeremy Wright, ancien Attorney general (conseiller juridique du gouvernement), a lui souligné que Londres était "obligé" d'autoriser le retour des personnes n'ayant pas de double nationalité. "C'est une question de droit international", a-t-il déclaré à la BBC. "Nous devons nous préoccuper de la santé de ce bébé", et de celle de Shamima Begum, a-t-il ajouté. "Mais elle devra répondre de ses actes".

"Droit fondamental de revenir"

Samedi, le président américain Donald Trump a appelé les pays européens, et particulièrement le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, à "reprendre plus de 800 combattants de Daesh" capturés en Syrie "afin de les traduire en justice".

En France, le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nunez, a déclaré ce dimanche "avoir la faiblesse de considérer que ces gens-là doivent être jugés là où ils ont commis leurs exactions". Il a annoncé que la France avait déjà "accueilli près de 270 adultes" de retour de Syrie depuis le début du conflit.

A Berlin, une source au sein du ministère allemand des Affaires étrangères a souligné que "tous les citoyens allemands ont le droit fondamental de revenir en Allemagne". Elle a ajouté que le gouvernement "étudie les options" pour permettre à ses ressortissants de quitter la Syrie, "particulièrement pour les cas humanitaires". Le ministre belge de la Justice, Koen Geens, a quant à lui lui appelé a la mise en place d'une "solution européenne", précisant que Bruxelles était "en contact avec Paris, La Haye et Londres pour élaborer une position collective".

Ambre Lepoivre avec AFP