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Royaume-Uni: les voyageurs de l'étranger désormais soumis à une quarantaine contestée

Le prêtre Alistair Macdonald (R) arrive à l'aéroport de Heathrow, le 8 juin 2020

Le prêtre Alistair Macdonald (R) arrive à l'aéroport de Heathrow, le 8 juin 2020 - Adrian DENNIS, AFP

Toute personne arrivant au Royaume-Uni de l'étranger doit observer à partir de lundi une quarantaine de 14 jours afin d'éviter l'importation de nouveaux cas de coronavirus, une mesure jugée peu opportune et qui affole les secteurs aérien et du tourisme.

Cette quatorzaine, qui sera réexaminée par le gouvernement britannique toutes les trois semaines, concerne toutes les arrivées par terre, mer et air, que les voyageurs résident ou pas au Royaume-Uni.

Elle vise à éviter l'importation de nouveaux cas de la maladie Covid-19 alors que le pays a commencé à lever début juin les restrictions mises en place fin mars pour contenir sa propagation.

"Nous introduisons cette quarantaine parce que comme le nombre de nouvelles infections diminue (au Royaume-Uni), la proportion d'infections provenant de l'étranger augmente", a justifié le ministre de la Santé, Matt Hancock, sur la chaîne de télévision Sky News.

- Contrôles et amendes -

Des contrôles aléatoires seront mis en oeuvre et les contrevenants s'exposent à une amende de 1.000 livres (1.122 euros). Des exceptions sont prévues pour les transporteurs routiers, les personnels de santé, les cueilleurs de fruits ou les voyageurs en provenance d'Irlande.

Mais l'opportunité d'une telle mesure est discutée, certains mettant en avant que la priorité est d'améliorer la situation sanitaire du pays.

Il dénombre 40.542 morts de personnes testées positives au nouveau coronavirus - et même plus de 48.000 en incluant également les cas suspects -, pour près de 287.000 contaminations, selon le dernier bilan officiel, dimanche.

"Je pense que nous devrions vraiment continuer de baisser significativement le niveau (d'infections) dans ce pays" avant d'instaurer une quarantaine, a déclaré récemment sur la BBC le professeur Robert Dingwall, membre d'un sous-groupe du comité scientifique chargé de conseiller le gouvernement sur la pandémie.

Le service national des statistiques (ONS) a estimé à plus de 5.500 le nombre de contaminations quotidiennes fin mai en Angleterre. Et selon une étude des autorités de santé anglaises (PHE England) et de chercheurs de l'université de Cambridge, le virus accélère même légèrement sa propagation dans certaines régions depuis le début du déconfinement.

Le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance, a lui-même estimé, devant la presse, que la décision d'imposer cette quarantaine était plus politique que scientifique, bien que le gouvernement se targue de suivre scrupuleusement les avis scientifiques.

- Action en justice -

Mis à terre par la pandémie, les professionnels de l'aviation et du tourisme sont très remontés contre cette mesure.

Les compagnies aériennes British Airways, EasyJet et Ryanair ont demandé dimanche au gouvernement de renoncer à cette "quarantaine inefficace, qui aura un effet dévastateur sur l'industrie touristique britannique et détruira (...) des milliers d'emplois". Elles ont cosigné une lettre officielle adressée vendredi au gouvernement, étape préliminaire à une éventuelle action en justice.

"Des milliers d'Européens qui se rendraient normalement au Royaume-Uni en juillet et en août, pendant la haute saison, ne viendront pas parce qu'ils sont terrifiés par cette quarantaine", a expliqué le patron de Ryanair, Michael O'Leary sur Sky News lundi.

Les emplois de 25.000 personnes travaillant à l'aéroport londonien d'Heathrow, soit le tiers des effectifs totaux, sont en danger, a prévenu le patron de l'aéroport, John Holland-Kaye, dans le podcast du quotidien du centre des affaires londonien City AM.

La fronde s'est propagée jusqu'au sein des députés de la majorité conservatrice, qui craignent que le gouvernement ne sabote l'économie, déjà terrassée par la crise sanitaire.

Comme porte de sortie, le gouvernement de Boris Johnson réfléchit à instaurer des ponts aériens avec certaines destinations touristiques, comme la France ou l'Espagne, ce qui permettrait de contourner la quarantaine. Selon le Sunday Times, le dirigeant a prié son ministre des Transports de trouver une solution avant fin juin.

Martine PAUWELS, Londres (AFP), © 2020 AFP