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Primaires démocrates: Michael Bloomberg sous le feu de ses rivaux lors d'un débat tendu

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Le milliardaire, dernier arrivé dans la course à l'investiture démocrate, a été pris pour cible sur plusieurs sujets, dont sa fortune mais également son bilan à la tête de New York, dont il fut maire.

Michael Bloomberg s'attendait à être attaqué, mais sûrement pas avec une telle intensité et une telle vigueur. Mercredi, au cours du débat démocrate qui se tenait à Las Vegas en marge du caucus du Nevada de samedi, le milliardaire a été, à de nombreuses reprises, attaqué pour sa fortune mais aussi sur ses pans embarrassants du passé, sur lesquels il a peiné à répondre. 

Des attaques à répétition qui s'expliquent par la situation de certains candidats, dont la virulente Elizabeth Warren, qui jouait leur survie dans ces primaires. 

"J'aimerais parler de notre adversaire. Un milliardaire qui traite les femmes de grosses nanas et de lesbiennes à tête de cheval. Et non je ne parle pas de Donald Trump. Je parle de Michael Bloomberg", a lancé la sénatrice progressiste.

Alternative à Trump malgré les attaques

Dans la foulée, la même Elizabeth Warren l'a également accusé d'avoir "soutenu des politiques racistes" lorsqu'il était maire de New York, en référence notamment aux interpellations et fouilles arbitraires ("stop-and-frisk"), accusées d'avoir suscité une explosion des contrôles au faciès dans la ville. 

Michael Bloomberg s'est également justifié sur des accusations de sexisme émanant d'ex-employées. 

Face à ces attaques, le dernier venu dans la course à l'investiture démocrate a cherché à se présenter en démocrate le plus apte à gagner la présidentielle du 3 novembre. 

"Qui peut battre Donald Trump? Et qui peut faire le travail s'il arrive à la Maison Blanche? Je dirais que je suis le candidat qui peut faire ces deux choses", a-t-il affirmé.

"Les démocrates prennent un énorme risque si on ne fait que remplacer un milliardaire arrogant par un autre", a au contraire lancé Elizabeth Warren.

N'ayant pas affronté de débat depuis plus d'une décennie, Michael Bloomberg a parfois semblé en retrait, balbutiant, passant d'un ton hésitant à des accents plus fermes. Il s'est présenté en ancien élu capable de gouverner et en généreux philanthrope. Il est apparu trop ferme, parfois, au goût du public. 

Bloomberg et Sanders "divisent" 

Fort d'excellents résultats dans les deux premiers Etats qui ont voté, l'Iowa et le New Hampshire, Bernie Sanders, qui a lui aussi essuyé plusieurs salves de critiques, a désormais largement détrôné l'ancien vice-président modéré Joe Biden du sommet des sondages pour l'investiture démocrate. 

Pour rester en selle, l'ancien vice-président de Barack Obama doit d'ailleurs faire un bon résultat samedi dans le Nevada, puis surtout en Caroline du Sud le 29 février. Sous pression, il a offert mercredi une bonne performance lors du débat, mais sans faire d'étincelles. 

Egalement en perte de vitesse, Elizabeth Warren est elle clairement passée à l'offensive, éreintant non seulement le milliardaire Bloomberg mais aussi deux candidats modérés qui, le vent en poupe, menacent sa candidature: l'ex-maire de South Bend Pete Buttigieg et la sénatrice Amy Klobuchar.

Après ses réussites dans l'Iowa et le New Hampshire, Pete Buttigieg a lui tenté de se présenter, à 38 ans, en alternative entre deux figures "qui divisent": Bernie Sanders et Michael Bloomberg. 

"Incompétent" selon Trump 

Assidu aux réseaux sociaux, l'actuel occupant de la Maison-Blanche, Donald Trump, a semble-t-il suivi avec attention le débat et n'a pas manqué de poster plusieurs commentaires sur Twitter, qualifiant Bloomberg de "Mini Mike", en allusion à sa taille (1,70 m). 

"La performance de 'Mini Mike' Bloomberg lors du débat de ce soir était peut-être la pire de l'histoire des débats, et il y en a eu de très mauvaises. Il balbutiait, marmonnait, et s'est montré incompétent. Si cela ne le met pas hors course, rien ne le fera. Ce n'est pas si facile de faire ce que j'ai fait!", a-t-il écrit. 

"On se fiche" de savoir qui remportera l'investiture démocrate car "c'est nous qui allons gagner", a-t-il dit, le soir même devant plusieurs milliers de partisans réunis en Arizona.

Rendez-vous pris pour le Super Tuesday

Pour autant, cette entrée en demi-teinte de Michael Bloomberg dans la course à l'investiture ne devrait pas le pénaliser à long terme. Il faut dire que les échéances électorales arrivent plus tard pour le septuagénaire, qui a volontairement fait l'impasse sur les quatre premiers scrutins, dont le Nevada, pour se pencher sur l'important Super Tuesday du 3 mars prochain. Une stratégie rarissime dans l'histoire des primaires américaines.

Sans s'être encore présenté à une seule primaire, il a grimpé jusqu'à la troisième place des sondages nationaux. Ce qui pousse ses rivaux à l'accuser d'avoir "acheté" sa place dans la campagne présidentielle. 

"J'ai gagné beaucoup d'argent et je donnerai tout pour améliorer ce pays", a-t-il d'ailleurs rétorqué.
Hugo Septier avec AFP