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"Prêts à tout", de plus en plus de migrants tentent la traversée de la Manche au péril de leur vie

Ces traversées sont particulièrement dangereuses à cause de la densité du trafic maritime, des forts courants et de la fraîcheur de l'eau. La ministre britannique de l'Intérieur doit évoquer ce jeudi à Paris avec Christophe Castaner la lutte contre ces traversées clandestines, en augmentation depuis octobre 2018.

Ils sont 1473 à avoir tenté de rejoindre les côtes anglaises depuis le mois de janvier, au péril de leur vie, selon la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord. Le nombre de migrants qui ont essayé de traverser la Manche a doublé cette année, malgré la surveillance accrue et la dangerosité du détroit. A tel point que le sujet sera d'ailleurs au cœur d'une rencontre ce jeudi à Paris entre la ministre britannique de l'Intérieur et son homologue français, Christophe Castaner. 

Restée anecdotique jusqu'à l'automne 2018, cette traversée périlleuse est désormais en augmentation "lente mais constante", constatent les autorités judiciaires. Mercredi encore, 25 migrants, dont trois enfants, qui tentaient de rejoindre l'Angleterre à bord d'un semi-rigide, ont été secourus. Et vendredi dernier, le corps d'un Irakien âgé de 48 ans a été retrouvé au large de Zeebruges en Belgique, vraisemblablement parti d'une plage du nord de la France.

"Il s’est fait son propre gilet avec des bouteilles en plastique. Il n’avait aucune chance de rejoindre l’Angleterre, c’était perdu d’avance", explique ce jeudi sur notre antenne Loan Torondel, travailleur humanitaire, sur BFMTV.

"Vents violents", "courants importants"...

A la nage, ou sur des embarcations de fortune, le passage par la mer reste le moyen privilégié par les migrants qui évitent au maximum les contrôles à la frontière avec Calais. Seuls trente kilomètres séparent le Cap Gris-Nez, en France, et Douvres, en Angleterre, au point le plus étroit du détroit et s’y engager à la nage est très risqué.

Les passeurs achètent en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Belgique des petites embarcations qu'ils dissimulent dans le sable. Ils amènent ensuite leurs clients - qui peuvent payer jusqu'à plus de 13.000 euros - sur les dunes du Pas-de-Calais ou du Nord et les laissent ensuite se débrouiller pour traverser.

"Il y a souvent des vents violents, des courants importants, une température de l’eau qui est faible - actuellement elle est à 17-19°C. A ces températures-là, on estime que quelqu’un qui est en bonne condition physique peut tenir à peu près d’une douzaine d’heures à l’eau", détaille sur BFMTV Marine Monjard, lieutenant de vaisseau à préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord.

En cas de secours dans les eaux françaises, les migrants sont ramenés sur le littoral français, entendus par la police aux frontières pour s'assurer qu'ils ne sont pas des passeurs, puis libérés, sauf si la préfecture demande leur placement en centre de rétention.

"Bien sûr, il y a des réussites"

Malgré la dangerosité de la traversée, quelque 98 embarcations sont ainsi parvenues à rejoindre les côtés anglaises, avec à leur bord 1029 migrants, selon la préfecture du Pas-de-Calais. 

"Bien sûr, il y a des réussites, c'est d'ailleurs ce qui encourage le passage, ils savent que ça peut fonctionner", affirme le parquet de Boulogne-sur-Mer, qui a démantelé cette année huit filières spécialisées dans les traversées maritimes. "Le problème du Brexit est un argument de passeurs, ce n'est pas le Brexit qui constitue un élément nouveau."

L'intensification des tentatives serait liée à l'arrivée d'une "communauté iranienne qui n'avait pas trouvé sa place sur le Calaisis et le Dunkerquois, puisque les Afghans avaient pris le marché des poids lourds. Ils ont ensuite été rejoints par les Irakiens". D'après le ministère de l'Intérieur, elle s'explique par les "contrôles des passagers de plus en plus drastiques dans le tunnel et les ferrys". 

"Il leur reste quoi comme choix?"

Chez les associations, on évoque d'autres raisons: un "harcèlement policier", notamment à Calais où vivent plusieurs centaines de personnes et les messages des migrants, majoritairement iraniens et irakiens, qui ont réussi. "Les conditions (sur le littoral) sont affreuses", affirme à l'AFP Claire Millot de l'association Salam. "On comprend qu'ils soient prêts à tout."

"Il y a de plus en plus de gens déboutés, il leur reste quoi comme choix à part l'Angleterre? Le tri effectué en France met les gens en grande détresse", commente auprès de l'AFP Gaël Manzi, d'Utopia56.
Ambre Lepoivre avec AFP