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Poursuite des combats en Libye, la zone d'exclusion à l'étude

Insurgés libyens à Ras Lanouf, port pétrolier sur la route de Syrte. Les blindés et l'aviation ont intensifié leur offensive contre les rebelles mardi posant avec une urgence accrue la question de la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne par la co

Insurgés libyens à Ras Lanouf, port pétrolier sur la route de Syrte. Les blindés et l'aviation ont intensifié leur offensive contre les rebelles mardi posant avec une urgence accrue la question de la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne par la co - -

par Maria Golovnina et Alexander Dziadosz TRIPOLI/WASHINGTON (Reuters) - Les blindés et l'aviation libyenne ont intensifié leur offensive contre les...

par Maria Golovnina et Alexander Dziadosz

TRIPOLI/WASHINGTON (Reuters) - Les blindés et l'aviation libyenne ont intensifié leur offensive contre les rebelles mardi posant avec une urgence accrue la question de la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne par la communauté internationale.

Le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron ont discuté ensemble de cette option tout en convenant qu'une intervention devait disposer d'un large soutien international.

Britanniques et Français travaillent de concert au Conseil de sécurité des Nations unies pour proposer une résolution en ce sens dont l'idée sera examinée lors d'une réunion des ministres de la Défense des Etats membres de l'Otan jeudi et vendredi.

Face à la violence des combats et les risques de famine et de crise humanitaire en Libye, les gouvernements étrangers sentent la nécessité d'agir rapidement mais hésitent à passer des sanctions à une action militaire.

"Nous voulons que la communauté internationale soutienne cette zone d'exclusion aérienne", a commenté la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. "Je pense qu'il est très important que cela ne soit pas une initiative américaine", a-t-elle ajouté.

"Nous avons appelé le colonel Kadhafi à partir. Quand un dirigeant s'en prend à son peuple, c'est la fin", a-t-elle estimé sur la chaîne de télévision Sky News, précisant que l'initiative incombe à l'Onu.

OBJECTIFS COMMUNS

Le Conseil de sécurité avait autorisé l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Bosnie entre 1993 et 1995 afin de brider la puissance des aviations serbe et croate.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient imposé une mesure identique au-dessus du territoire irakien après l'invasion du Koweït en 1990, mais sans disposer d'une autorisation explicite de l'Onu.

Lors de leur conversation, Obama et Cameron ont évoqué plusieurs options pour la Libye, telles qu'une surveillance par des avions espions, la fourniture d'une aide humanitaire, l'application de l'embargo sur les armes et la zone d'exclusion aérienne.

"Leurs objectifs communs en Libye sont une fin immédiate de la brutalité et de la violence, le départ de Kadhafi du pouvoir aussi rapidement que possible et une transition respectant les aspirations du peuple libyen à la liberté", a indiqué la Maison blanche.

"Je pense que nous devons nous préparer à faire ce qu'il faut s'il (Kadhafi) continue à maltraiter son propre peuple", a commenté Cameron à la BBC évoquant la possibilité que le dirigeant libyen refuse de se retirer.

Américains et Britanniques doivent toutefois composer avec la Chine et la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité et disposant du droit de véto. Pékin et Moscou sont peu favorables à l'idée d'une zone d'exclusion qui signifierait des bombardements sur les systèmes libyens de défense anti-aérienne.

Pour les insurgés, cette disposition est jugée cruciale. "Nous remporterons la victoire si nous obtenons cette zone d'exclusion aérienne. Et si des mesures sont prises pour empêcher Kadhafi de recruter des mercenaires, il sera fini en quelques heures", a commenté Hafiz Ghoga, porte-parole du Conseil national libyen installé à Benghazi.

SIGNES DE DÉCOURAGEMENT

A l'Ouest, dans la ville assiégée de Zaouïah toujours tenue par les rebelles à une cinquantaine de kilomètres de Tripoli, les combats se sont poursuivis toute la journée.

"Les forces de Kadhafi utilisent des blindés. Elles ont aussi recours à des frappes aériennes sporadiques. Mais elles ne peuvent pas atteindre le centre de la ville qui est toujours sous le contrôle des révolutionnaires", a indiqué un habitant joint par téléphone.

"De nombreux bâtiments ont été détruits, y compris des mosquées. Entre 40 et 50 chars participent au pilonnage", a-t-il ajouté.

Sur le front oriental, des correspondants de Reuters ont fait état de quatre raids aériens des loyalistes contre des positions rebelles à Ras Lanouf, port pétrolier sur la route de Syrte, et dans ses environs.

L'euphorie révolutionnaire semble peu à peu retomber à mesure que s'affirme la contre-offensive de l'armée régulière. "Les gens meurent ici. Les troupes de Kadhafi ont des roquettes et des chars", a commenté un jeune homme de 21 ans, muni d'une simple mitrailleuse.

Le dirigeant libyen est apparu dans un hôtel de Tripoli où se trouvaient des journalistes de la presse étrangères et a accordé de brèves interviews à des équipes françaises et turques.

Mahmoud Djebril, qui dirige la cellule de crise du Conseil national libyen, a estimé que l'Union européenne doit reconnaître cette instance comme la seule légitime à représenter le peuple libyen.

Catherine Ashton, haute représentante de la diplomatie européenne, a reçu deux émissaires de l'opposition libyenne à Strasbourg mais rien n'a filtré des entretiens. Djebril doit s'exprimer mercredi devant le parlement européen.

Avec Caren Bohan et Phil Stewart à Washington, Pierre Sérisier pour le service français